Femmes et violence policière : réflexions féministes sur le pluralisme violent dans les favelas de Rio de Janeiro au Brésil
Article complet du #84 | La police à l’épreuve de la démocratie
Résumé
Cet article se penche sur la violence policière en contexte de « pluralisme violent » tel que défini par Arias et Goldstein (2010), dans une perspective féministe et intersectionnelle. Les résultats s’appuient sur des données qualitatives obtenues lors d’entrevues, de groupes de discussions et d’observations participantes dans le cadre de deux recherches de terrain menées dans treize favelas de la ville de Rio de Janeiro au Brésil auprès de quarante résidentes en 2016 et 2018. L’article développe deux arguments principaux. Premièrement, malgré l’invisibilisation des expériences des femmes afrodescendantes, celles-ci ne sont pas épargnées par la violence policière qui repose sur les rapports sociaux de classe, de race, de genre et de spatialité. Deuxièmement, considérant la récurrence des incursions violentes de la police, les femmes afrodescendantes doivent assumer une charge de travail supplémentaire, principalement en ce qui a trait au travail du care, qui continue d’être socialement dévolu aux femmes. Se protéger de la violence policière au quotidien s’articule ainsi fortement à une forme de care préventive (ou « dirty care ») qui alourdit et complexifie considérablement la vie quotidienne. Cet article propose de concevoir la violence policière comme un élément fondamental de la violence urbaine dans les favelas, elle-même reliée au contexte plus large de pluralisme violent qui caractérise nombre de « démocraties » en Amérique latine. Ainsi, l’éclairage féministe porté sur la violence policière a aussi pour ambition de contribuer à une compréhension du pluralisme violent qui prenne en considération la continuité des violences raciales et les rapports sociaux de genre.
Mots-clés : violence policière, pluralisme violent, femmes, favelas, Brésil
Abstract
This article examines police violence in the context of “violent pluralism” as defined by Arias and Goldstein (2010), from a feminist and intersectional perspective. The findings are based on two field studies conducted in 2016 and 2018 with 40 women residents of 13 favelas in the city of Rio de Janeiro, Brazil. Based on qualitative data obtained through interviews, focus groups and participatory observations, two main arguments are formulated. First, despite the invisibility of Afrodescendent women’s experiences, they are not spared from police violence, which is rooted in social relations of class, race, gender and spatiality. Second, given the recurrence of violent police incursions, women find themselves with an additional workload, particularly in the area of care work, which continues to be socially devolved to women. Protecting oneself from police violence on a daily basis is therefore strongly linked to a form of preventive care (or « dirty care ») that makes daily life significantly more difficult and complex. In the end, this article proposes to conceive police violence as a fundamental part of urban violence in the favelas, which is itself linked to the broader context of violent pluralism that characterizes many “democracies” in Latin America. Thus, the feminist perspective on police violence also aims to contribute to an understanding of violent pluralism that takes into account the continuity of racial violence and gender relations.
Keywords: police violence, violent pluralism, women, favelas, Brazil
Article complet du #84 | La police à l’épreuve de la démocratie