Devenir étudiant·e dans un territoire d’outre-mer Les mécanismes de la démocratisation ségrégative de l’enseignement supérieur en Polynésie française

Hugo Bréant

Article complet du #89 | L’enseignement supérieur en recomposition : entre institutions et parcours éducatifs

FR : Les dépenses publiques en matière d’éducation constituent l’un des premiers postes budgétaires en Polynésie française et ont permis de renforcer les infrastructures, de diversifier l’offre locale de formation et de démocratiser l’accès à l’enseignement supérieur. Cette massification de l’accès aux formations postbaccalauréat laisse cependant dans l’ombre la persistance de fortes inégalités. Dans le débat public local, le « retard historique » du système éducatif polynésien est souvent mis en avant pour expliquer ces disparités. À partir d’une enquête postdoctorale menée à l’aide de méthodes mixtes, cet article démontre que des mécanismes à la fois territoriaux, scolaires, genrés et sociaux se combinent pour expliquer cette démocratisation ségrégative. Ainsi, l’accès des bachelier∙ères polynésien·nes à des parcours d’études locaux (à Tahiti), nationaux (en métropole) ou internationaux (au Canada notamment) demeure encore très inégalement réparti dans l’espace social local. Au-delà de la question de l’efficacité des investissements publics, une telle perspective interroge le rôle de l’institution scolaire dans la reproduction des inégalités.

Mots-clés : accès à l’enseignement supérieur, démocratisation ségrégative, inégalités territoriales, mobilités étudiantes, Polynésie française

EN: Public expenditure on education is one of the largest budget items in French Polynesia and have strengthened infrastructure, diversified the local educational offer and democratized access to higher education. The massification of access to post-baccalaureate training leaves in the shade the persistence of strong inequalities. In the local public debate, the “historical delay” of the Polynesian education system is put forward to explain these disparities. Based on a post-doctoral survey conducted using mixed methods, this article demonstrates that territorial, educational, gendered and social mechanisms combine to explain this segregative democratisation. Thus, the access of Polynesian baccalaureate holders to local (in Tahiti), national (in metropolitan France) or international (in Canada in particular) study paths is still very unevenly distributed in the local social space. Beyond the question of the efficiency of public investments, such a perspective questions the role of the school institution in the reproduction of inequalities.

Keywords: access to higher education, segregative democratisation, territorial inequalities, student mobility, French Polynesia

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