Démocratisations ségrégatives et parcours éducatifs des bacs +5 : une étude pour trois générations de diplômés de bac +5
Article complet du #89 | L’enseignement supérieur en recomposition : entre institutions et parcours éducatifs
FR : Pendant la première décennie des années 2000, le nombre de diplômés de niveau master a augmenté considérablement en France. En se penchant sur l’accès à ce niveau de diplôme, le premier objectif de l’article était de mettre en évidence de possibles ségrégations liées à la diversification des parcours, notamment à une augmentation notable des trajectoires où figure un diplôme du premier cycle du supérieur technique, trajectoires où dominent les classes populaires et moyennes. Le second objectif était d’examiner la poursuite ou non sur le marché du travail de ces ségrégations ayant cours dans le système éducatif. À cette fin, trois enquêtes du Céreq de 2001, de 2007 et de 2013 pour des sortants du système éducatif de 1998, de 2004 et de 2010 ont été mobilisées, et 26 trajectoires de diplômés de niveau master ont été constituées. En fonction du parcours dans le supérieur et aussi dans le secondaire, les trajectoires s’avèrent fortement ségréguées selon l’origine sociale et le genre. Toutefois, les ségrégations liées à l’origine sociale dans le système éducatif ne se prolongent pas toujours sur le marché du travail, notamment à la faveur de plusieurs trajectoires où figure un diplôme du premier cycle du supérieur technique. Il s’agit néanmoins surtout de trajectoires masculines, et les ségrégations de genre demeurent élevées. Les résultats invitent à relier plus systématiquement les ségrégations dans le système éducatif à celles vécues sur le marché du travail. Ils interrogent également la poursuite de cette « relative » amélioration en matière de promotion sociale, alors qu’actuellement le nombre d’inscriptions en master diminue en France.
Mots-clés : enseignement supérieur, inégalités sociales, trajectoires d’études, genre, marché du travail
EN: During the first decade of the 2000s, the number of Master’s level graduates increased considerably in France. Looking at access to this degree level, the first objective of this paper was to highlight possible segregations linked to the diversification of pathways, in particular to a notable increase in trajectories involving a first cycle of technical higher education, trajectories in which the working and middle classes dominate. The second objective was to examine the continuation or not of these segregations in the education system into the labour market. To this end, three Céreq surveys from 2001, 2007 and 2013 for school leavers from 1998, 2004 and 2010 were used, and 26 trajectories of Master’s level graduates were constructed. Depending on the pathway in higher education and also in secondary education, the trajectories turn out to be highly segregated according to social origin and gender. However, the segregations linked to social origin in the education system do not always extend to the labour market, particularly in the case of several trajectories that include a first cycle technical higher education diploma. However, these are mainly male trajectories, and gender segregation remains high. The results call for a more systematic link between segregation in the education system and segregation in the labour market. They also raise questions about the continuation of this “relative” improvement in terms of social promotion, while the number of master’s degree enrolments is currently falling in France.
Keywords: higher education, social inequalities, educational trajectories, gender, labour market
Article complet du #89 | L’enseignement supérieur en recomposition : entre institutions et parcours éducatifs