Qui veut encore protéger les mineurs non accompagnés en France ? De l’accueil inconditionnel d’enfants en danger à la sous-traitance du contrôle d’étrangers indésirables
Article complet du #83 | Redessiner les contours de l’État : la mise en oeuvre des politiques migratoires
Résumé
Arrivés dans le courant des années 1990, les mineurs non accompagnés sont des individus de moins de 18 ans qui, après un parcours migratoire, se trouvent sur le territoire français sans leur représentant légal. Enfants en danger devant être pris en charge inconditionnellement par les services départementaux compétents, pourquoi ces mineurs sont-ils devenus les objets d’une politique du tri et du contrôle ? Comment ces considérations ont-elles pu s’inviter dans le champ de la protection de l’enfance ? Qui sont les acteurs impliqués dans ce basculement du parcours dédié aux mineurs non accompagnés ? Mineurs à protéger d’un côté et étrangers à contrôler de l’autre, cette population est perçue à travers des représentations bipolaires qui ont conduit à l’édification de frontières administratives, institutionnelles et symboliques jalonnant aujourd’hui le parcours de l’accueil de ces jeunes. Alors que leur minorité et leur isolement devraient suffire à justifier une prise en charge, le soupçon qui plane sur ces jeunes a fait de ces deux critères des données scrupuleusement vérifiées par les autorités. La contribution revient sur la logique de sous-traitance de la mission d’évaluation et de mise à l’abri ayant permis d’exclure ces mineurs du circuit traditionnel de la protection de l’enfance. Associations, organisations humanitaires, société civile, ministère de la Justice incarnent les nouveaux protagonistes d’un paysage de l’accueil, où les idéaux et les engagements en matière de défense du droit des enfants ont été relégués au second plan.
Mots-clés : mineurs non accompagnés, sous-traitance, protection de l’enfance, politique migratoire, discrimination, associations, contrôle, tri
Abstract
Arrived in the course of the 1990s, unaccompanied minors are individuals under 18 who, after a migratory journey, are on French territory without their legal representative. Children at risk to be cared for unconditionally by the relevant departmental services, why these minors have become the objects of a policy of sorting and control? How could these considerations have been invoked in the field of child protection? Who are the actors involved in this changeover of the path dedicated to unaccompanied minors? Minors to protect on one side and foreigners to control on the other, the bipolarity of representations that surrounds this population has led to the construction of administrative, institutional and symbolic boundaries that today mark the course of the reception of these youth. While their minority and their isolation should be sufficient to justify a care, the suspicion that hangs over these young people made these two criteria data scrupulously verified by the authorities. The contribution goes back to the logic of subcontracting the evaluation and shelter mission which made it possible to exclude these minors from the traditional circuit of child protection. Associations, humanitarian organizations, civil society, the Ministry of Justice, embody the new protagonists of a welcoming landscape where ideals and commitments to the defense of the rights of children have been relegated to the background.
Keywords: unaccompanied minors, subcontracting, child protection, migration policy, discrimination, associations, control, sorting
Article complet du #83 | Redessiner les contours de l’État : la mise en oeuvre des politiques migratoires