Point de vue de femmes et d’acteurs du milieu communautaire sur l’accès au logement à la sortie d’un contexte de violence : quand le spatial fix renforce la spirale de l’itinérance dans certaines régions administratives du Québec

Catherine Flynn, Simon Turcotte, Christophe Levesque, Pénélope Couturier, Julie Godin, Mélissa Cribb, Elie Fortin-Otis, Gabrielle Petrucci, Isabelle Marchand et Marie-Marthe Cousineau

Article complet du #87 | Inégalités d’appropriation du logement et de l’habitat

FR : Cet article présente les résultats de deux études semblables menées entre 2017 et 2020, au cours desquelles 68 entretiens de type récit de vie avec des femmes violentées ayant vécu une ou plusieurs situations d’itinérance ont été réalisés, ainsi que 17 groupes de discussion auprès d’intervenant·es communautaires oeuvrant auprès d’elles. Il expose une analyse féministe des obstacles rencontrés dans l’accès au logement dans certaines régions périphériques du Québec, au moment de quitter un contexte de violence conjugale. Il montre que la spirale de l’itinérance des femmes (Gélineau, 2008) peut être liée à leur fragilité économique à la sortie d’un contexte de violence, mais surtout aux inégalités (re)produites par le spatial fix. Les résultats illustrent 1) l’effet du développement économique, lequel est principalement axé autour des domaines traditionnellement masculins, sur le prix des logements, et 2) les difficultés à accéder, principalement pour les femmes seules, à un logement social. Par conséquent, les femmes tentant d’échapper à un contexte de violence sont contraintes 1) de se reloger dans un secteur éloigné des centres, loin des pôles de développement, renforçant du même coup leur précarité ; 2) de résider dans un logement vétuste ou d’être sujette aux abus d’un propriétaire ou d’un concierge dans les centres urbains régionaux ; ou 3) de retourner dans un contexte de violence.

Mots-clés : femmes, logement, spatial fix, études régionales, itinérance, violence faite aux femmes 

EN : This article presents findings from two similar studies conducted between 2017 and 2020. 68 lifecourse interviews were carried out with women who had experienced violence and one or more homelessness situations, as well as 17 focus groups with community workers. It suggests a feminist analysis of the obstacles encountered in accessing housing in remote regions of the province of Québec, when leaving a context of domestic violence. It shows that the spiral of women’s homelessness (Gélineau, 2008) can be produced by their economic fragility when they escape from a context of violence, which is reinforce by the inequalities (re)produced by spatial fix. Findings illustrate 1) the impact of economic development, which is mainly focused around traditionally male domains, on housing prices in development poles, and 2) difficulties in accessing social housing, mainly for single women. Consequently, women trying to escape a context of violence are forced to 1) relocate in a sector far from the poles, thereby reinforcing their precariousness due to problems of access to employment and resources; 2) being poorly housed in the development poles; or 3) making a return in a context of violence.

Keywords: women, housing, spatial fix, regional studies, homelessness; violence against women

Article complet du #87 | Inégalités d’appropriation du logement et de l’habitat