Les politiques publiques d’immigration francophone en Acadie du Nouveau-Brunswick : entre incomplétude institutionnelle et succès symbolique

Leyla Sall

Article complet du #83 | Redessiner les contours de l’État : la mise en oeuvre des politiques migratoires

Résumé

Confrontée au vieillissement de sa population et à son caractère rural affirmé, l’Acadie du Nouveau-Brunswick est devenue une communauté d’accueil d’immigrants francophones créée par le droit, le travail militant de la Fédération des communautés francophones et acadiennes (FCFA) et l’engagement des différents paliers de gouvernement à prendre des mesures positives pour assurer la survie et renforcer la vitalité linguistique et communautaire de l’Acadie.

Dans un tel contexte, l’immigration francophone est perçue, à la fois, comme une politique sociale distributive de nature linguistique et comme une panacée permettant la résolution de l’équation du vieillissement de la population, de la faible natalité, des risques d’assimilation linguistique et du déséquilibre démographique en faveur de la majorité anglophone.

Après plus d’une décennie de mise en oeuvre des politiques publiques d’immigration francophone, force est de constater l’incapacité de l’Acadie du Nouveau-Brunswick à émerger en tant que communauté d’accueil viable : elle se caractérise par une incomplétude institutionnelle pluridimensionnelle en matière d’immigration et ne profite que marginalement des retombées de la démocratisation de la ressource migratoire. En raison de ses caractéristiques sociétales et spatiales, la rétention et l’intégration d’une masse critique d’immigrants y équivalent à un défi aux « lois » de fonctionnement des flux migratoires.

Toutefois, les politiques publiques d’immigration francophone ne sont pas remises en cause. Elles bénéficient d’un succès singulier. D’une part, elles ont pour fonction d’atténuer les tensions linguistiques au niveau provincial et, d’autre part, elles réussissent à faire de l’Acadie du Nouveau-Brunswick une communauté d’accueil symbolique d’immigrants au même titre que la société anglophone majoritaire.

Mots-clés : Acadie du Nouveau-Brunswick, immigration francophone, politiques publiques, incomplétude institutionnelle, succès symbolique

Abstract

Confronted with its aging population and its deeply rooted rural characteristic, l’Acadie du Nouveau-Brunswick has become a host society for francophone immigrants though laws provisions, militancy of the Fédération des communautés francophones et acadiennes (FCFA) and positives measures designed to ensure its linguistic and community vitality.

In this specific context, francophone immigration is perceived as a distributive linguistic social policy and a panacea that can solve the equation of an aging population, low birth rate, risks of linguistic assimilation and demographic disequilibrium in favour of the English-speaking majority.

More than ten years after the implementation of francophone immigration public policies, l’Acadie du Nouveau-Brunswick is not emerging as a viable host society. Rather, it is characterized by a multidimensional institutional incompleteness when it comes to the issues of immigration. Therefore, it hardly benefits from the democratization of the migration resource. Because of its societal characteristics, integration and retention of critical mass of francophone immigrants amount to a challenge to the laws of migration flows.

Despite their failure, francophone immigration public policies have not been challenged. They enjoy a unique success. Firstly, they contribute to the easing of linguistic tensions and secondly they succeeded in making l’Acadie du Nouveau-Brunswick a host society like the Anglophone dominant society.

Keywords: Acadia of New Brunswick, Francophone immigration, public policies, institutional incompleteness, symbolic success

Article complet du #83 | Redessiner les contours de l’État : la mise en oeuvre des politiques migratoires