L’appropriation de l’habitat à l’épreuve de l’accompagnement en santé mentale : le cas des personnes vivant en logement accompagné en France
Article complet du #87 | Inégalités d’appropriation du logement et de l’habitat
FR : Cet article analyse, d’une part, le travail d’intermédiation locative, de soin et d’accompagnement à domicile à destination de personnes atteintes de troubles psychiques graves et, d’autre part, les difficultés d’appropriation de l’habitat vécues par ces personnes. Cette analyse s’appuie sur une enquête de terrain réalisée dans une métropole française au sein d’une équipe chargée d’accompagner des patient·es psychiatriques vivant dans des logements accompagnés, une structure combinant l’offre d’habitat aux soins et à des interventions socioéducatives. L’article montre que, si cette équipe cherche à « sécuriser » les cohabitations en essayant de prévenir et de réguler des pratiques d’habitation jugées déviantes (isolement à domicile, incurie, squattage, consommation de drogues, par exemple), les résident·es expriment des sentiments d’insécurité (au sens d’instabilité) et des difficultés d’appropriation qui sont associés tantôt à leurs trajectoires résidentielles morcelées et vulnérables, tantôt à leurs conditions de vie et d’habitation (précarité économique, surveillance de leurs modes de vie, incertitude quant à leur avenir en matière de logement). La prise en compte du point de vue des personnes concernées permet de voir comment des pratiques supposées favoriser l’inclusion sociale, dans et par le logement, de personnes stigmatisées peuvent en vérité organiser des mécanismes de régulation et de contrôle de leurs modes de vie à domicile, de leurs pratiques de mobilité quotidienne et, in fine, de l’exercice de leur citoyenneté.
Mots-clés : santé mentale, accompagnement, inégalités, appropriation, logement
EN : This article analyzes, on the one hand, housing and home support for people leaving with mental health conditions and, on the other hand, the difficulties of belonging and home-making that they face. This analysis is based on a field survey carried out in a French metropolis within a team delivering home-based care for psychiatric patients living in supported housing. Our results show that, while this team seeks to secure cohabitation, by trying to prevent and regulate housing practices that are considered deviant (home isolation, negligence, squatting, drug use, for example), residents express feelings of insecurity (i.e. instability) and show difficulties of taking possession of home that are associated with their vulnerable and fragmented residential trajectories, and with their living and housing conditions (economic deprivation, weight of cohabitation rules, uncertainty about their future housing situation). We seek to demonstrate, by integrating the point of view of residents, how practices that are supposed to promote the social inclusion of stigmatized people in and through housing can actually shape mechanisms for regulating and controlling their everyday living and mobility practices and, therefore, the exercise of their citizenship.
Keywords: home, belonging, mental health care, inequalities
Article complet du #87 | Inégalités d’appropriation du logement et de l’habitat