Accompagnement des jeunes en difficulté

Sous la direction de Céline Bellot et Patricia Loncle

Le contexte de crise économique, financière, fiscale et sociale présente de nouveaux enjeux pour la jeunesse tant en Europe qu’en Amérique du Nord (…)

 

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TABLE DES MATIÈRES

 

Céline Bellot et Patricia Loncle

Présentation du numéro

Article complet

 

Partie 1 – Accompagnement socioscolaire et socioprofessionnel vers l’emploi des jeunes


Jean-Michel Bonvin, Maël Dif-Pradalier et Emilie Rosenstein

Politiques d’activation des jeunes et modalités d’accompagnement. Le cas du programme FORJAD en Suisse

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L’article analyse les récents développements de l’accompagnement social à partir d’une étude approfondie du programme FORJAD (formation pour jeunes adultes en difficulté) permettant à de jeunes adultes inscrits à l’aide sociale suisse d’accéder à une formation professionnelle. À partir d’une étude comparant la nature et les modalités d’intervention de différentes figures professionnelles auprès de ces jeunes (assistants sociaux, professionnels des mesures d’insertion, coachs), nous questionnons la normativité de ces nouvelles formes d’accompagnement social et évaluons leur potentiel d’autonomisation réelle des bénéficiaires à l’aune de l’approche par les capacités développée par Amartya Sen.

This paper examines recent developments in social support and guidance, focusing on an in-depth study of the FORJAD program, which helps troubled youth receiving Swiss social assistance gain access to vocational training. With reference to a study comparing the nature and methods of intervention of various professionals (social workers, reintegration professionals, coaches) who work with these young adults, we raise some questions about the normativity of these new forms of social support and, using Amartya Sen’s “capabilities approach,” assess their potential for helping beneficiaries to become truly independent.

Léa Lima et Christophe Trombert

L’assistance-chômage des jeunes sous condition d’accompagnement. De quelques mécanismes du non-recours par éviction

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L’article se propose d’expliciter, à partir d’une enquête sur le principal dispositif d’assistance-chômage pour les jeunes Français (le Fonds d’aide aux jeunes), certains facteurs organisationnels et professionnels du non-accès des jeunes à l’aide sociale. Une partie de la non-connaissance, de la non-réception et finalement de la non-demande de droits et de services par les jeunes découle en effet de la mise en oeuvre pratique d’une économie morale de l’accompagnement : la stratégie de défense de la dignité professionnelle des conseillers en missions locales, d’une part, et les normes de solidarité publique, d’autre part, conduisent à privilégier, dans l’accès à l’offre d’aide sociale, les jeunes construisant une relation pacifiée et de long terme avec les professionnels. L’existence d’une relation d’accompagnement apparaît alors comme une condition de proposition et d’octroi de l’aide financière.

The aim of this paper is to make explicit certain organizational and professional factors that have the effect of disqualifying young people from social assistance, based on an investigation of the main unemployment relief program for French youth : the Fonds d’Aide aux Jeunes. Part of the reason why young people in France are not aware of, do not benefit from and do not assert their rights to services is the way a moral economy of support and guidance is implemented in practice : the strategy of defending the professional dignity of local youth counsellors, on the one hand, and the norms of public solidarity, on the other, mean that in facilitating access to social assistance, preference is given to youths who build peaceful, long-term relationships with professionals. The existence of a support and guidance relationship thus appears to be a prerequisite for the offering and awarding of financial assistance.

Johanne Cauvier et Danielle Desmarais

L’accompagnement éducatif des jeunes en processus de raccrochage scolaire à l’éducation des adultes : entre contrôle, service et relation

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L’article porte sur l’accompagnement éducatif des jeunes de 16-20 ans dans des programmes d’éducation des adultes. Il interroge d’abord le discours sur l’accompagnement. Les auteures y présentent ensuite une modélisation de l’accompagnement éducatif pour les jeunes à l’éducation des adultes à travers un schéma où se croisent deux axes : l’axe relationnel et l’axe des contenus. L’article fait également état des différentes postures pour l’enseignant ou l’enseignante qui accompagne. Enfin, à partir d’un corpus de six enseignants faisant partie d’une recherche-action entreprise depuis quelques années, certaines observations sont exposées afin d’illustrer la spécificité de l’accompagnement éducatif des jeunes québécois en processus de raccrochage scolaire dans un centre d’éducation aux adultes ou dans un organisme communautaire autonome.

This paper concerns educational support for 16- to 20-year-olds in adult education programs. After examining the support discourse, it presents a model of educational support for young people in adult education. The model can be conceived as a conceptual plan in which the two main axes—relational and content—intersect. It also represents the different positions of the supporting teacher. Lastly, with reference to a group of six teachers who have been part of an action research project for several years, some observations are presented to illustrate the specificity of the educational support for young Quebecers going back to school in an adult education centre or an independent community organization.

Annalisa Lendaro et Martin Goyette

Vous avez dit « continuité des services » ? Les professionnels de l’employabilité face aux catégories de l’immigration et de la jeunesse

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Au Québec, l’ensemble des acteurs concernés par la conception, le financement et la mise en oeuvre des politiques de la jeunesse semblent s’accorder sur une chose : l’objectif à viser est la « continuité des services », c’est-à-dire la complémentarité des programmes, qui permettrait au jeune, en fonction de l’évolution de ses besoins, d’entrer dans l’un de ces derniers sans se retrouver dans un « vide de droits ». Dans un contexte de pénurie de ressources financières et de compétition accrue entre les organismes d’accompagnement, l’article se propose de porter un éclairage sur les enjeux du processus de ciblage des populations à travers le cas des jeunes immigrants. Nous présenterons dans un premier temps le contexte institutionnel, pour ensuite mettre en exergue le rôle des professionnels de l’employabilité, dont les pratiques sont tiraillées entre les objectifs à atteindre et les cas spécifiques des usagers.

In Quebec, the various players involved in the design, funding and implementation of youth policies seem to agree on one thing : the key objective must be “continuity of services,” i.e., ensuring that programs complement one another so that young people, as their needs change, can enter one of them without running the risk of finding themselves in a “rights vacuum.” In a context of a lack of financial resources and increased competition among support organizations, this paper seeks to shed light on the issues involved in targeting certain populations, based on the case of young immigrants. We begin by presenting the institutional context and then examine the role of job-readiness professionals, who in practice find themselves torn between the objectives that have been set and the specific cases of individual users.

France Picard, Pierre Canisius Kamanzi et Julie Labrosse

Difficultés de transition au collégial : des politiques éducatives aux parcours des jeunes

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L’entrée aux études collégiales n’est pas synonyme d’intégration et de réussite pour tous. Le présent article porte sur une population étudiante fragilisée, inscrite dans un dispositif de transition au cégep (la session d’accueil et d’intégration – SAI), pour qui la persévérance aux études est incertaine. Deux cohortes étudiantes (2009, n = 977 et 2010, n = 966) ont été suivies du secondaire jusqu’à dix-huit mois après leur entrée au cégep. L’enquête a permis de cerner la morphologie de parcours étudiants débutant par la SAI, en soulignant les difficultés particulières, mais aussi leur atténuation au fil du temps pour une certaine partie de cette population étudiante.

In Quebec accessing higher education through CEGEP (preuniversity and vocational college) doesn’t necessarily imply integration and achievement for all students. This paper examines a vulnerable student population, enrolled in a CEGEP transition program (orientation and integration session, known by its French acronym, SAI), whose persistence is uncertain. Two student cohorts (2009, n = 977 and 2010, n = 966) were followed from high school until 18 months after they entered CEGEP through the SAI. The survey helped to determine the morphology of the various learning and educational pathways of students who began with the SAI, while highlighting specific problems as well as their lessening over time for a part of this student population.

 

Partie 2 – Accompagnement socioculturel et sociopolitique dans les quartiers


Éric Marlière

Les recompositions culturelles des « jeunes de cité » à l’épreuve des déterminismes sociaux et des effets du chômage, de la discrimination et de la ségrégation urbaine

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Enfants d’ouvriers et d’immigrés pour la plupart, les jeunes dits « de cité » sont les déshérités du monde ouvrier et de son système social. Depuis plus de deux générations, ces jeunes ont développé des modes de vie qui leur sont, en partie, spécifiques : entre « culture de rue », pratiques religieuses musulmanes et, pour contrecarrer le chômage et la précarité, entrée dans une petite délinquance de masse. Bien que les trajectoires sociales soient diverses chez les « jeunes de cité », ces derniers sont confrontés à des difficultés économiques et sociales auxquelles s’ajoutent les effets des discriminations et de la ségrégation urbaine qui en font irrémédiablement des « boucs émissaires ». En réponse à ces nombreux obstacles émerge chez ces jeunes un sentiment d’injustice unanimement partagé.

The young people who grow up in French low-income housing estates, most of them the children of workers and immigrants, are the disinherited of the working class and its social system. For over two generations, they have been developing their own specific lifestyles characterized by “street culture,” Muslim religious practices and, as a way of counteracting unemployment and job insecurity, participation in mass petty crime. While their lives can take a variety of paths, all these youths face economic and social hurdles, along with discrimination and urban segregation, that inevitably turn them into “scapegoats.” In response to so many obstacles, they develop a universally shared feeling of injustice.

Valérie Becquet

« Jeunes des quartiers difficiles » en service civique : du ciblage politique d’un public aux usages juvéniles

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Le service civique, créé par la Loi du 10 mars 2010, estun dispositif public d’incitation à l’engagement.S’adressant aux jeunes âgés de 16 à 25 ans,il leur propose de réaliser des missionsd’intérêt général pour unedurée de 6 à 12 mois en contrepartie d’uneindemnité de subsistance. Le cadrage politique et techniqueconduit à opérer un ciblage spécifique de lacatégorie des « jeunes des quartiersdifficiles ». L’article propose de revenir sur lescontours de ce public pour ensuite analyser, à partird’une enquête réalisée auprès desvolontaires de l’association Unis-Cité, leurs usages duservice civique.

Civic service, established in France by legislation on March 10, 2010, is a public program designed to promote social engagement. It offers 16- to 25-year-olds the opportunity to carry out projects of general interest for 6 to 12 months in exchange for a living allowance. The political and technical framing of the program has resulted in “youths from troubled neighbourhoods” being targeted specifically. Our paper reviews the characteristics of this population and then, based on a survey of volunteers of the Unis-Cité association, examines how these youths use the civic service program.

Stéphane Bonnéry et Fanny Renard

Des pratiques culturelles contre l’échec et le décrochage scolaires. Sociologie d’un détour

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L’article porte sur des dispositifs mis en place dans le cadre de partenariats entre l’Éducation nationale, des collectivités territoriales et des associations d’éducation populaire au gré de politiques de « lutte contre le décrochage scolaire » ou de « programmes de réussite éducative ». Répondant aux diagnostics officiels des difficultés scolaires, ces dispositifs proposent des activités artistiques aux élèves de primaire ou de collège. Nous montrons les difficultés que ces dispositifs rencontrent ainsi que leur caractère paradoxal au vu de la persistance des inégalités culturelles. Qu’apportent des activités pédagogiques de détour qui masquent les enjeux scolaires qui les sous-tendent ?

This paper concerns the programs set up in France within the framework of a partnership involving the Ministry of Education, local government authorities and popular education associations. These programs were set up in accordance with recent educational policy that wishes to fight school drop out and to ensure educational achievement for all. They are a response to expert opinions on academically challenged and low performing pupils at primary school and middle school by offering them artistic activities. We examine the obstacles these programs run up against, as well as their paradoxical character given the persistence of cultural inequalities. How can these educational activities of detour that obscure the underlying academic issues actually improve pupil’s performances ?

 

Partie 3 – Accompagnement socioclinique des jeunes de la rue ou en institution


Virginie Muniglia et Céline Rothé

Parcours de jeunes en grande difficulté : à l’interaction des logiques d’intervention professionnelles et des usages juvéniles de l’aide sociale

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La configuration de la solidarité publique envers les jeunes en difficulté d’insertion en France, oscillant entre vision familialiste et injonction à l’insertion professionnelle, fragilise particulièrement les jeunes déjà vulnérables du fait de difficultés d’insertion associées à une absence de soutien familial. L’article explore la façon dont le caractère faiblement protecteur de la solidarité publique pour les jeunes entre 16 et 25 ans induit une interdépendance forte entre la négociation des identités individuelles et le rapport développé au système d’aide. Il montre en effet que les histoires de vie difficiles, les recompositions identitaires qu’elles génèrent ainsi que la nature du réseau relationnel sur lequel les jeunes peuvent s’appuyer conditionnent la façon dont ils expérimentent la situation de précarité tout comme leurs modalités de recours à l’aide. Il met également en lumière l’incidence sur la relation d’aide de la rencontre entre logiques d’intervention professionnelles et logiques d’usage des jeunes bénéficiaires.

The various configurations of public solidarity with young people having trouble integrating into French society, oscillating as they do between a family-oriented perspective and calls for vocational integration, have a particularly destabilizing effect on youths already vulnerable due to integration problems stemming from a lack of family support. This paper explores the way the weakness of public solidarity with 16- to 25-year-olds leads to a strong interdependence between the negotiation of individual identities and the relationship that develops with the welfare system. It shows that hard lives, the blended identities they produce and the nature of the relational network where young people can find support all condition the way they experience their vulnerability and make use of available resources. It also highlights how the intersection between the professional logic of intervention and young beneficiaries’ logic of use of the system affects the helping relationship.

Annamaria Colombo

Défis et conditions de l’accompagnement de la sortie de la rue

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Comment comprendre que des programmes d’intervention aident certains jeunes à sortir de la marginalité, mais qu’ils ne représentent pas une aide significative pour d’autres ? Comment expliquer que certains jeunes soient demandeurs d’une aide, alors que d’autres, apparemment dans la même situation, semblent fuir toute relation d’aide ? À partir d’une recherche menée auprès de jeunes sortis de la rue, l’article montre que l’accompagnement de la sortie de la rue ne peut faire l’impasse sur le sens que les jeunes accordent à la relation d’aide, en fonction des attentes de reconnaissance qu’ils ont. Il propose de lire les enjeux qui se jouent aussi bien dans la demande que dans la non-demande d’aide sous leurs différentes formes, à la lumière des trajectoires spécifiques des jeunes.

Why do intervention programs help some young people get off the street, but make no significant difference in the lives of others ? Why do some youths seek assistance, while others apparently in the same situation seem to flee any helping relationship ? Based on an investigation of young people who managed to get off the street, this paper shows that social support to help exit street life cannot ignore the meaning that young people themselves attach to the helping relationship, given their expectations of recognition. It proposes interpreting the issues that underlie both the request and the non-request for assistance in their different forms, in the light of the specific paths the lives of these young people take.

Annie Fontaine

Le travail de rue : accompagner les jeunes au fil de leurs aléas existentiels et quotidiens

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Après avoir posé un regard sur le besoin d’accompagnement social des jeunes plus ou moins en rupture sociale, l’article décrit comment les pratiques d’action communautaire en travail de rue permettent d’explorer « in situ » leur vie sociale et intime, puis de mettre en oeuvre un accompagnement modulé à leurs préoccupations et aspirations suivant les aléas de leur vie quotidienne ainsi que de leurs enjeux existentiels et sociaux. Cette réflexion souligne aussi les paradoxes de cette logique de l’accompagnement qui participe d’une tendance à l’individualisation de l’intervention et à l’instrumentalisation de la relation de proximité.

After reviewing the social support needs of marginalized youths, this paper describes how community street work initiatives offer a means of exploring their social and personal lives in situ and of providing a form of support tailored to their concerns and aspirations and that can adapt to the ups and downs of their daily lives, as well as their existential and social issues. The paper also underscores the paradoxes inherent in the logic of this support, which follows a trend toward individualizing intervention and instrumentalizing outreach relationships.

Sue-Ann MacDonald

Les expériences méconnues des jeunes itinérants « à risque » : vivre et survivre

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Le but de l’article est de dévoiler les représentations des notions de risque chez les jeunes itinérants. Son objectif est de contribuer à la compréhension de la notion de risque concernant un groupe qui se dépeint lui-même comme « à risque » et évoluant dans un monde et une phase de vie définis comme incertains (Galland, 1993 ; Gilbert, 2004 ; Le Breton, 2005 ; Parazelli, 1999 ; Turz, 1993). Plus précisément, la recherche sur laquelle se base l’article s’intéressait à appréhender les constructions du risque que font les jeunes de la rue eux-mêmes en lien avec leurs identités en évolution, d’autant plus que ces jeunes sont définis comme un groupe à risque. Une sociologie de la jeunesse à risque prend de l’ampleur dans la littérature et oscille entre deux pôles : victimisation et déviance. Or les expériences des jeunes sont méconnues et peu considérées hors de ce pendule. L’article tente de combler ce vide.

The goal of this article is to explore conceptualizations of risk among homeless youth. It offers a wider lens into notions of risk by exploring more complex and nuanced understandings from their point of view and in conjunction with the evolution of their identities. This article argues that a sociology of risk has arisen in the literature to describe and categorize homeless youth’s experiences, and oscillates between two poles : victimization and deviance. However, while homeless youth have been identified as « at-risk » due to their young age, their marginalized status and the uncertain times in which we live (Galland, 1993 ; Gilbert, 2004 ; LeBreton, 2005 ; Parazelli, 1999 ; Turz, 1993), little is known about how youth perceive, negotiate and respond to risk in their everyday lives. This article is an attempt to respond to these unknowns.

Hugo Dupont

Des difficultés scolaires et familiales à la prise en charge totale : le cas des jeunes orientés en Institut thérapeutique, éducatif et pédagogique

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Certains enfants, adolescents et jeunes adultes socialement vulnérables présentent une déviance comportementale à l’école et une difficulté à entrer dans les apprentissages. Leurs difficultés familiales et scolaires étant interprétées sur le plan de la santé mentale, ils sont orientés vers des Instituts thérapeutiques, éducatifs et pédagogiques (ITEP) dont le fonctionnement peut être comparé à celui d’une « institution totale ». Nous faisons alors l’hypothèse que les critères qui légitiment l’orientation en ITEP d’un jeune sont construits de telle manière qu’ils permettent de répondre à une nécessité politique de contrôle social d’une population considérée comme socialement et juridiquement à risque.

Some socially vulnerable children, teens and young adults have behavioural troubles at school and struggle with learning difficulties. When their family and school problems are interpreted from a mental health perspective, they are referred, in France, to education and treatment facilities (Instituts Thérapeutiques, Éducatifs et Pédagogiques), which amounts in practice to “total institutionalization.” It is our hypothesis that the criteria that legitimize referral of a youth to such a facility are constructed in a way that helps to meet a political need for social control over what is regarded as a socially and legally “at-risk” population.