Voir les jeunes autrement

Sous la direction de Madeleine Gauthier et François de Singly

Une certaine saturation se fait sentir sous le couvert de théories qui présentent la jeunesse comme une période d’expérimentation, un âge d’exclusion du milieu du travail, un moratoire à la vie adulte, une période à risque, le prototype de l’individu moderne…

 

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TABLE DES MATIÈRES

 

Madeleine GAUTHIER et François de SINGLY

Présentation du numéro

Article complet

 

PARTIE 1 – Analyse et critique des représentations de la jeunesse


François de SINGLY

Penser autrement la jeunesse

Résumé / AbstractArticle complet

Devenir adulte n’est pas un objectif en soi, contrairement aux présupposés de bon nombre de sociologues de la jeunesse. C’est pourquoi la question des événements qui ponctueraient la fin de la jeunesse ne devrait plus constituer le travail central de ce domaine. Cet article propose une nouvelle perspective privilégiant les deux finalités de l’autonomie et de l’indépendance. Or, pour de nombreux jeunes adultes, l’accès à l’indépendance économique est retardé, voire impossible. L’autonomie devient difficile à mettre en œuvre entièrement du fait de ce décalage, étant donné les normes sociales de référence (qui associent ces deux dimensions pour l’âge adulte). C’est pourquoi les jeunes adultes sont devenus depuis quelques années un problème social et politique : l’État doit-il leur fournir des ressources économiques afin de leur garantir une simili-indépendance ? Et sous quelles formes ?

Thinking Differently About Youth
Becoming an adult is not an objective in itself, despite the assumptions of many sociologists of youth. Thus, the bulk of their work should not focus on the events marking the end of this period. This article advances a new perspective, focussing on the transition to autonomy and self-sufficiency. In effect, for many young adults, access to economic self-sufficiency is attained late, if at all. Because of this, autonomy then becomes difficult to achieve, given that social norms presume the two go together for adults. This explains why young adults have, in the last few years, become a social and political problem. The question is whether the state should provide economic resources so as to assure mem the impression of independence? If so, in what ways?

Madeleine GAUTHIER

L’âge des jeunes : « un fait social instable »

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« De quel âge parlez-vous ? » À partir de représentations de la jeunesse, l’auteure montre que cette période du cycle de vie constitue « un fait social instable ». Cette instabilité se reflète dans les limites d’âge imposées par l’organisation sociale, qui est elle-même toujours mouvante. Une question se pose alors : ces bornes remplaceraient-elles aujourd’hui des rites traditionnels de passage qu’on ne semble plus retrouver dans les sociétés contemporaines ? Resterait-il aussi quelques vestiges de ce qu’on nomme encore, dans certaines sociétés, des « classes d’âge » pour signifier une hiérarchisation des âges de la vie ? Dans chaque société, des lois contribuent à structurer la période du cycle de vie dont il est question en s’appuyant sur l’évolution des modes de vie et des mœurs, mais aussi sur une conception du lien social qui s’exprime dans la manière dont se fait l’intégration des jeunes à la société.

Youth’s Age : « An Unstable Social Fact «
« What age do you mean? » Analysing the ways that youth is represented, this article shows that this moment in the lifecycle is « an unstable social fact ». This instability is visible in the ways that social organisation, itself changing, imposes age limits. The question thus becomes, do such boundaries serve to replace the rites of passage that no longer exist in contemporary society? Are these the vestiges of what certain societies, in order to identify age-based hierarchies of life, call « age classes »? In each society, the law contributes to structuring the moment of « youth » in the life cycle, based on lifestyle and morals, as well as on the notion of the social bond, expressed in the manner by which young people are integrated into society.

Gilles PRONOVOST

Les jeunes et le temps

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L’exploitation des données canadiennes les plus récentes sur l’emploi du temps mène à conclure que l’on peut identifier trois grandes trajectoires chez les jeunes. La première a trait aux usages du temps, relativement spécifiques par rapport aux adultes : importance du temps scolaire, plus de temps libre consacré aux sorties et aux pratiques de sociabilité, davantage d’activités physiques et plus de temps consacré aux activités culturelles. La seconde a trait aux représentations du temps ; à mesure qu’ils avancent en âge, les jeunes s’insèrent progressivement et inéluctablement dans l’ordre temporel adulte; ils apprennent à devoir planifier leur temps, à devenir des bourreaux de travail, à manquer de temps pour leurs loisirs et même à devoir réduire leurs heures de sommeil. On peut ainsi parler de « culture à deux temps ». La troisième trajectoire a trait à la participation à la culture ; en observant la dynamique intergénérationnelle en ce qui concerne les médias et les pratiques culturelles, on constate que des processus importants de renouvellement sont à l’œuvre, portés en grande partie par les jeunes générations d’aujourd’hui.

Youth and Time
Analysis of the most recent Canadian time-use data leads to the conclusion that young people follow three main trajectories. The first involves a use of time relatively distinct from that of adults. School is more important, while more time goes to outings and sociability, physical exercise and cultural activities. The second involves representations of time. As they get older, young people progressively and inevitably adopt the time perspective of adults. They learn of the need to plan their time, to become work alcoholics, to lack time for recreation, and to cut back on sleep. One can thus speak of a « two time culture ». The third trajectory involves cultural activities. An examination of the intergenerational dynamic with respect to the media and cultural practices shows important changes are under way, carried in large part by today’s youth.

Karen EVANS et Andy FURLONG

Niches, transitions, trajectoires. De quelques théories et représentations des passages de la jeunesse

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Les auteurs retracent l’évolution des images utilisées pour analyser les interactions des jeunes avec la société et les séquences d’événements typiques du passage de l’adolescence à l’âge adulte. Durant les années 1960, dominées par les théories du développement, on parle de niches à combler dans la société et de « tâches » à accomplir au cours de la croissance pour accéder aux rôles adultes. Puis la complexité croissante des schemes de reproduction sociaux et l’allongement de la transition entre l’école et le travail font surgir — dans la lignée du fonctionnalisme — les notions de passerelle, d’itinéraire et d’avenue. Durant les années 1980, le terme trajectoire, à coloration structuraliste, est mis de l’avant pour signifier que les places sur le marché du travail — les destinations — sont largement déterminées par le jeu des forces sociales et que les acteurs sociaux individuels ont peu de prise sur les transitions qui jalonnent leur vie. Enfin, en même temps que le concept de réflexivité et les théories post-structuralistes apparaît, dans les années 1990, l’image de la navigation : les jeunes naviguent tant bien que mal sur une mer d’incertitude « manufacturée ».

Metaphors of Youth Transitions : Niches, Pathways, Trajectories or Navigation
This paper explores the evolution of metaphors for analysing and understanding young people’s interactions with their social milieu and typical sequences of events between adolescence and adulthood. Beginning with developmental perspectives in the 1960s and the concern with filling society’s niches, we highlight the linkages made with the fulfilment of normative growth tasks and successful integration into adult roles. With transitions becoming increasingly protracted and as patterns of social reproduction became more complex, bridges, routes and pathways to work later emerged as dominant metaphors. During the 1980s the metaphor of trajectory came to the fore, reflecting structuralist influences and implying that labour market destinations were largely outside the control of individual social actors. Finally, reflecting the emergence of reflexive and post-structuralist perspectives, in the 1990s, metaphors of navigation started to emerge and individuals came to be seen as negotiating their way through a sea of « manufactured uncertainty ».

Sébastien SCHEHR

Processus de singularisation et formes de socialisation de la jeunesse

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En s’appuyant sur l’individualisation croissante des carrières de vie, il s’agit dans le présent article de poser la question de la dissolution de la jeunesse ou des jeunesses en tant que catégories unifiées d’expériences, relevant d’un processus identique de socialisation. Le constat d’une différenciation des attitudes et des comportements juvéniles serait à comprendre comme tendance à la différenciation « absolue », c’est-à-dire comme singularisation des trajectoires et des biographies, ce processus venant se juxtaposer aux effets d’âge, de classe, de culture et de sexe. Il apparaît ainsi que, pour nombre de jeunes, il n’y a plus de centre unique de l’expérience, de fil conducteur biographique en garantissant la cohésion et le sens. Dans cette perspective — et à la lumière de certains modes d’être et d’agir — il n’y aurait plus une jeunesse (homogène) ni des jeunesses (sous-groupes hétérogènes), mais des jeunes (irréductibles).

Processes of Individualisation and Forms of Socialisation Among Youth
Paying attention to the increasing individualisation of life’s pathways, this article explores the reasons for the fragmentation of youth as a category of shared experience, flowing from a single socialisation process. Observed differentiation of attitudes and behaviours among young people can be understood as a movement toward « absolute » difference, that is an individualisation of trajectories and biographies. This process is juxtaposed to the effects of age, class, culture and gender. Thus, for many young people there no longer is a unique centre to the experience, a biographical thread guaranteeing cohesion and meaning. This perspective, informed by ways of being and acting, leads to the conclusion that no longer is there a homogenous youth, nor even heterogeneous sub-groups of youth. There are only young people.

 

PARTIE 2 – D’autres manières de décrire les transitions et l’insertion


Emmanuelle MAUNAYE

Passer de chez ses parents à chez soi : entre attachement et détachement

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En partant de l’événement de la première installation indépendante des jeunes après leur décohabitation, l’analyse des espaces quittés (la maison des parents) et des espaces investis (le nouveau logement) ainsi que des objets qui circulent entre ces lieux permet de suivre concrètement le processus d’individualisation des jeunes par rapport à la famille d’origine. Ce cheminement est caractérisé par une attitude ambivalente : une proximité maintenue avec la famille en même temps qu’une distance réclamée. Il y a partage entre le Soi « enfant », attaché à la famille d’origine, inscrit dans les objets, dans les lieux de la maison parentale, et le Soi «jeune adulte », en train de se construire et ayant besoin d’une rupture avec le monde familier pour se forger. C’est cet arbitrage continuel entre proximité et distance, et attachement et détachement, qui est au cœur du processus d’individualisation des jeunes.

Going from Your Parents’ Home to Your Own Home. Attachment and Detachment
This article follows the process of separation of young people from their parents. It does so by a concrete analysis of the young person’s first experience of leaving home, of the space left (the parental home) and the new space occupied (their new home), as well as of the objects which circulate between the two. Ambivalence characterises this transition. Closeness is maintained with the family, at the same time as distance is sought. Two selves exist. There is the « child » self, attached to the family and inscribed in the objects and space of the parental home. There is also the self of the « young adult », in the process of becoming and needing a break with the familiar world so as to create itself. The process of separation of young people from their parents involves a constant balance between proximity and distance, attachment and detachment.

Vincenzo CICCHELLI

Être pris en charge par ses parents. Portraits de la gêne et de l’aisance exprimées par les étudiants

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L’accès d’une fraction croissante de la jeunesse à l’enseignement supérieur et l’allongement de sa permanence au sein des institutions scolaires concourent à maintenir les jeunes adultes dans un état de dépendance à l’égard de leurs familles. Les parents continuent d’éduquer les jeunes, en leur demandant des comptes dans le domaine de la réussite scolaire et de la gestion des ressources monétaires allouées. De leur côté les étudiants se demandent comment apaiser la gêne, par quels moyens se définir des individus à part entière dans un régime de prise en charge de leur existence. Sont étudiés les effets de retirement de la socialisation familiale sur le sentiment d’autonomie des étudiants en suivant la façon dont ceux-ci se situent à l’égard de l’éducation dispensée par leurs parents d’une part et à l’égard de la signification du prolongement de la prise en charge d’autre part.

Being Taken Care of by Your Parents. Students’ Expressions of Limitations and of Comfort
With a growing proportion of youth in post-secondary education and the resulting prolongation of time in school, young people remain dependent on their families. Parenting continues, as parents oversee results at school and management of the money they give to the students. For their part, students wonder how to reduce the limitations, and how to become individuals while they are still under the care of their parents. This article examines the effects of the protraction of family socialisation on students’ feelings of autonomy. It does so by analysing the ways that they situate themselves with respect to their parents’ actions, on the one hand, and with regard to the meaning of this extended dependence on the other.

Marc MOLGAT

L’insertion résidentielle et les théories de la « modernité avancée ». Quelques enseignements de la comparaison entre quatre sociétés

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Selon les théoriciens de la modernité avancée, les transformations sociales et économiques récentes font en sorte que les individus sont confrontés à plus de risques et d’incertitudes tout en disposant d’un éventail de choix plus large pour mener à bien leur existence. La mise à l’épreuve de ces perspectives théoriques par l’étude du processus d’insertion résidentielle des jeunes au Québec, en France, en Espagne et en Allemagne permet de nuancer certains apports de ces théories. Dans chacune de ces sociétés, l’articulation différente de l’insertion résidentielle montre l’importance des rapports familiaux et de l’aide étatique sous-jacents à l’atteinte de l’autonomie. Cela touche la construction autonome de l’identité et des trajectoires, la mobilité et l’accès à la formation, conditions essentielles à l’exercice des choix individuels des jeunes dans le contexte actuel. L’analyse invite donc à la prudence dans l’intégration des théories de la modernité avancée aux études sur le passage à la vie adulte.

Young People’s Housing and Theories of « Late Modernity ». Lessons from a Comparison of Four Societies
According to theories of « late modernity », recent social and economic changes have resulted in individuals being confronted with more risks and uncertainties, at the same time as they confront a larger range of choices in constructing their lives. Such a perspective can be tested and then nuanced by studying the housing experiences of young people in Quebec, France, Spain and Germany. In each case, albeit differently, family ties and state support for the achievement of autonomy are important. The experience affects the autonomous construction of identity and trajectories, mobility and access to training, which are essential conditions for the exercise of individual choice by young people in the current situation. This analysis suggests prudence before incorporating theories of late modernity into studies of the transition to adulthood.

Claude TROTTIER

Questionnement sur l’insertion professionnelle des jeunes

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L’apport des recherches sur l’insertion professionnelle des jeunes est indéniable. Il subsiste cependant des zones d’ombre, et plusieurs questions restent en suspens. Plusieurs des problèmes qui y ont été abordés pourraient être posés autrement. Et certaines des données recueillies dans le cadre de travaux déjà effectués pourraient être interprétées de façon différente si on disposait d’outils conceptuels plus adéquats. On a parfois tendance à généraliser des conclusions qui ne s’appliquent qu’à une partie des jeunes, sans tenir compte de leur hétérogénéité. Dans d’autres cas, c’est le questionnement de départ ou la conceptualisation qui semblent incomplets. L’objectif de cet article est d’amorcer une réflexion sur la façon d’aborder les problèmes d’insertion, de les conceptualiser, de délimiter l’objet de recherche, de travailler à l’achèvement de sa construction et d’interpréter certains résultats de recherche.

Rethinking Young Peoples’ Entry into the Labour Force
There is no denying that research has shed a great deal of light on young people’s entry into the labour force. Nonetheless, grey zones still exist, and some questions remain without answers. Several problems that have been addressed might have been raised differently. In addition, certain data gathered in the course of these studies might have been interpreted differently, if adequate conceptual tools had been available. There is sometimes a tendency to generalise conclusions from a subset of young people and not take into account the full range of situations. In other cases, it is the original question or the conceptualisation which seem limited. The objective of this article is to launch a rethinking of the ways in which we raise the problems of labour force entry, to conceptualise them, to identify the research object, to work towards achieving its full elaboration, and to interpret certain research findings.

Stéphane BEAUD

Jeunes ouvriers bacheliers. Sur le déclassement des « enfants de la démocratisation »

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Cet article, fondé sur une enquête par entretiens réalisée en 1998 auprès de 25 jeunes d’une région industrielle de l’est de la France, vise à analyser le déclassement social déjeunes d’origine ouvrière qui ont suivi, souvent malgré eux, la vague de démocratisation scolaire des années 1985-1995. Différentes études de cas montrent à la fois leur incapacité à réussir des concours qui leur sont formellement accessibles, la manière dont ils se perçoivent comme des ouvriers de passage lorsqu’ils sont embauchés à l’usine, le redoublement du déclassement social par un déclassement dans la famille (les membres de la fratrie passés par le lycée professionnel peuvent avoir mieux réussi qu’eux) et le sentiment de dépréciation de soi lié à ce retour à l’usine qu’ils avaient voulu fuir par les études longues.

The Social Decline of the « Children of the Era of School Democratisation »
This article is based on a research study that interviewed 25 young people from an industrial region in eastern France in 1998. It seeks to analyse the social decline of young people of working-class origin who, often in spite of themselves, participated in the wave of school démocratisation between 1985 and 1995. Different case studies reveal their failure to pass the examinations which were formally opened to them, their view of themselves as only temporary workers when they find work in a factory, and a parallel social decline in the family, because family members who attended a professional lycée may have done better. The case studies also uncover a feeling of low self-worth related to the return to the factory they had sought to avoid by undertaking longer studies.

 

PARTIE 3 – Du rapport des jeunes à l’institution


Jean-François GUILLAUME

Des jeunes face aux institutions

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Un constat semble s’imposer à tout observateur des sociétés contemporaines : les jeunes générations, plus sensibles aux changements qui affectent les différentes sphères de la vie sociale, expérimenteraient de nouveaux rapports aux institutions traditionnelles, tiraillés entre l’attachement et le détachement aux repères qui ont valu pour ceux qui les ont précédés. Mais on peut considérer que la jeunesse n’apparaît en tant qu’objet singulier qu’à travers une grille de lecture « institutionnalisée », largement portée par les intervenants sociaux et les acteurs politiques, et où s’affirme avant tout le dessein d’un encadrement, voire d’une réappropriation, des pratiques juvéniles. H n’y aurait donc pas, dans les discours sur la jeunesse, de regard désintéressé, susceptible de considérer ses pratiques dans leur spécificité. Une approche sociologique de la jeunesse ne peut dès lors faire l’économie d’une réflexion critique sur les grilles de lecture communément admises et utilisées pour définir la condition contemporaine de la jeunesse.

Young People and Institutions
One statement seems evident to observers of contemporary societies : more sensitive to changes affecting the various spheres of social life, the younger generation could try out new relations with traditional institutions, caught between attachment to and detachment from the markers that served earlier generations. But youth appears as a unique object only within the « institutionalised » framework used by social workers and political actors wishing to supervise youth practices. Therefore, the discourse on youth can not provide an objective assessment, capable of understanding actions in their particularities. A sociological approach to youth can not afford to not undertake a critical assessment of the commonly used frameworks for defining the current situation of youth.

Patricia LONCLE

Les jeunes et les villes : continuité et renouvellement des politiques locales

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Cet article a pour objectif, à partir d’une analyse historique et locale, de comprendre la façon dont se structurent les acteurs (au sens de responsables et de professionnels politiques, administratifs et associatifs) de jeunesse et la manière dont cette structuration influe sur l’implantation des politiques publiques en direction de cette population. À partir de la comparaison des initiatives conduites pour la jeunesse dans deux villes françaises depuis la fin du XIXe siècle, il s’agit de mesurer l’influence des habitudes de concertation entre décideurs, bénévoles et professionnels sur les types de politiques mis en œuvre. Sont étudiés à la fois l’ouverture plus ou moins grande des lieux de concertation, les rapports de force qui se nouent entre les différents types de participants, les modes d’appropriation des politiques nationales par ces acteurs publics et privés et l’élaboration des réponses locales aux questions de jeunesse.

Young People and Cities. Continuity and Renewal in Local Politics
Using a historical and local analysis, this article seeks to understand the ways that youth-focused actors, that is those responsible for and expert in politics, administration and community action, organise themselves and the consequences of this organisation for policy interventions directed towards youth. By comparing initiatives directed toward youth since the 19lh century in two French cities it is possible to assess the influence of established patterns of collaboration among decision-makers, volunteers and experts on the kinds of policies put into place. The article examines the degree of openness of spaces of collaboration, the power relations created among the various types of participants, the ways national policies are taken up by these public and private actors, and the development of local responses to youth issues.

Bjenk ELLEFSEN et Jacques HAMEL

Citoyenneté, jeunesse et exclusion. Lien social et politique à l’heure de la précarité

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Les auteurs s’emploient d’abord à définir l’exclusion dans l’orbite sociologique. Sur cette base, ils proposent ensuite d’élargir la notion de citoyenneté en distinguant la citoyenneté abstraite et la citoyenneté pratique. Sur la lancée, ils envisagent cette dernière à la lumière de l’entrée dans la vie adulte pour démontrer que la citoyenneté prend également forme dans le sillage de l’insertion sociale. Après un rapide état des lieux, l’insertion et l’exclusion des jeunes diplômés sont illustrées par les résultats d’une enquête sur leur insertion professionnelle et sociale conduite à dix ans d’intervalle. Ils viennent passablement nuancer les thèses mises de l’avant par André Gorz et Pierre Bourdieu pour expliquer les ratés du travail salarié. Ces résultats génèrent enfin l’hypothèse selon laquelle l’exclusion s’exprime par des conditions et des valeurs qui font l’impasse sur le droit de cité.

Citizenship, Youth and Exclusion. Social Cohesion and Politics in the Era of Precariousness
The authors begin by denning exclusion in sociological terms. From there, they propose an expansion of the concept of citizenship, by distinguishing between abstract citizenship and practical citizenship. Next they consider this second form with respect to the transition to adulthood, in order to show that citizenship also takes shape in the process of becoming a member of society. After a brief overview, the integration and exclusion of young graduates are presented, using the result of research on their workplace and social integration carried out ten years later. The authors address and nuance the theories of André Gorz and Pierre Bourdieu in order to explain those who have failed at work. The results lead to an hypothesis that exclusion is an expression of situations and values which ignore citizenship rights.

Cyprien AVENEL

Les jeunes hommes et le territoire dans un quartier de grands ensembles

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En s’appuyant sur l’étude empirique d’un quartier populaire de grands ensembles, cet article décrit le rapport des jeunes garçons à leur cité dans la mesure où le territoire constitue une dimension essentielle de leur identité. Il souligne d’abord l’existence d’un rapport positif au quartier, montrant que ce dernier ne se réduit pas aux seuls facteurs de l’exclusion. Fortement attachés à leur cité, les jeunes y élaborent une sociabilité qui paraît si dense qu’elle offre le contrepoint à la vision anomique de la banlieue. Ils créent des espaces solidaires et sont les principaux acteurs de la vie collective. L’article montre ensuite que le quartier demeure cependant pour les jeunes un point d’ancrage ambigu, tout à la fois objet de protection et de mobilisation, mais aussi lieu d’un mécanisme d’enfermement. Le rapport au quartier est dominé par cette contradiction.

Young Men and Territory in a Neighbourhood of Large Apartment Buildings
Based on an empirical study of a poor neighbourhood composed of large apartment buildings, this article describes the relationship between young boys and their housing project as one in which space is an essential component of their identity. It underlines, first, the existence of a positive attachment to the neighbourhood, and shows that the latter is never confined to factors of exclusion. Strongly attached to their own housing project, these young people create a sociability which is so thick as to be a counterpoint to any vision of the anomie of such suburbs. They form spaces of solidarity and are the major actors in community life. The article then shows that the neighbourhood nevertheless remains an ambiguous anchor, being simultaneously an area of protection and mobilisation and a space of enclosure. The relation to the neighbourhood is dominated by this contradiction.

 

Note de synthèse


Isabelle AMROUNI

Le revenu des jeunes adultes : difficile à connaître, difficile à interpréter

 

Notes de lecture


Bjenk ELLEFSEN

Paul GRELL. 1999. Les jeunes face à un monde précaire. Récits de vie en périphérie des grands centres . Paris, L’Harmattan, 271 p.

Stéphanie GARNEAU

Madeleine Gauthier et Jean-François Guillaume (sous la direction de). 1999. Définir la jeunesse ? D’un bout à l’autre du monde . Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 270 p. (Coll. Culture et société).

Isabelle GIRAUD

Conseil du statut de la femme. 1999. Parce que la jeunesse concerne aussi les femmes. Propositions d’action en vue du sommet du Québec et de la jeunesse . Gouvernement du Québec, octobre, 27 p.