Politiques familiales et vies de femmes

Sous la direction de Renée B.-Dandurand et Agnès Pitrou

Les débats entourant l’État providence ou le Welfare State ne sont pas nouveaux. Ils deviennent particulièrement concrets lorsque des réductions de programmes sont annoncées ou mises en oeuvre, comme on l’a vu durant la dernièere décennie, à des degrés divers, au États-Unis, en Ontario, en France, en Allemagne et même en Suède.

 

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TABLE DES MATIÈRES

 

Agnès Pitrou et Renée B.-Dandurand

Présentation du numéro

Article complet

 

PARTIE 1 – Contexte sociétal et développement des interventions publiques concernant la famille


Denyse Baillargeon

Les politiques familiales au Québec. Une perspective historique

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L’histoire des politiques familiales au Québec peut se subdiviser en deux périodes: une première, qui s’étend du début du XXe siècle jusqu’aux années 1960, durant laquelle le soutien aux familles était principalement assuré par des institutions religieuses, et une seconde, amorcée avec la Révolution tranquille, où l’État a joué un rôle beaucoup plus actif, bien que nettement insuffisant. Les législations et les mesures mises en place depuis 1960 se caractérisent en effet par de sérieuses lacunes en ce qui a trait à la conciliation travail-famille, situation qui n’est pas près de s’améliorer compte tenu de la crise actuelle des finances publiques et de la remise en cause de l’État providence.

Family Policies in Quebec: A Historical Approach
The history of family policies in Quebec can be divided into two periods: the era from the early 20th century to the 1960s, when support for families was largely provided by religious institutions, and the period starting with the Quiet Revolution, when the state took on a far more active, albeit clearly inadequate, role. There are in fact serious shortcomings in the legislation and measures implemented since 1960 in terms of reconciling the spheres of work and family, a situation that offers little hope for improvement given the current crisis in public finances and the questioning of the welfare state.

Franz Schultheis

Vie familiale et raison d’État. Les deux Allemagnes : laboratoire d’une comparaison des politiques familiales

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Afin de mieux cerner le problème de la diversité historique et de l’enracinement des politiques familiales dans leur contexte culturel, l’article propose un regard comparatif sur la situation allemande avant et après la réunification intervenue en 1989. Ce cas particulier est présenté comme une sorte de laboratoire socio-historique permettant de mesurer l’impact des enjeux proprement politiques dans l’évolution des formes de régulation socio-politique de la famille et de réfuter les comparaisons anhistoriques des « welfare cultures » à base de stéréotypes interculturels pseudo-scientifiques. En même temps, ce cas national spécifique peut servir à une réflexion critique autour de la construction européenne et de ses enjeux sociaux et politiques.

Family Life and State Rationales. The Two Germanies: a Laboratory for Comparing Family Policies
To better grasp the problem of the historical diversity and the rootedness of family policies in their cultural context, this article compares the situation of Germany before and after the 1989 reunification. This particular example is presented as a sort of socio-historical laboratory for measuring how political issues have influenced the development of means of socio-political regulation of the family and to refute non-historical comparisons of « welfare cultures » based on pseudoscientific cross-cultural stereotypes. This specific national case can simultaneously help to foster critical reflection on the new Europe and related social and political issues.

Birgit Arve-Parès

Entre travail et vie familiale : le modèle suédois

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En Suède, la politique familiale se présente comme une politique de prévention et d’intégration sociale basée sur des principes d’égalité et de justice sociale. Elle place au premier rang la protection de l’enfant, l’objectif étant non pas de faire naître des enfants en plus grand nombre (même si la baisse du taux de fécondité a été enrayée à partir de 1990), mais de mettre à leur disposition des conditions favorables à leur épanouissement et à leur insertion. Le développement des équipements d’accueil de la petite enfance et les mesures permettant de concilier travail et vie familiale s’inscrivent dans cette perspective. Le congé parental, que les pères utilisent de plus en plus, renforce, dans les comportements et les mentalités, la prise en charge plus égalitaire de la responsabilité familiale par les hommes et les femmes, dans la société et dans la famille. La récession économique n’a pas infléchi la tendance, tout en faisant apparaître plus fortement la dépendance des politiques familiales par rapport aux politiques d’emploi et de régulation du marché du travail.

Between Work and Family Life: the Swedish Model
In Sweden, family policy is presented as a policy of prevention and social integration based on principles of equity and social justice. It prioritizes protection of the child, with the objective being not to encourage the birth of more children (although the decline in the fertility rate has been stemmed since 1990), but to provide favourable conditions for their blossoming and integration. This approach has prompted the development of child care facilities and measures enabling parents to reconcile work and family life. The growing use of parental leave by fathers is reinforcing, in both behaviours and attitudes, a more equal assumption of family responsibilities by men and women, in society and in the family. This trend has not been affected by the economic recession, which is increasingly underscoring how family policies are linked to employment policies and measures regulating the labour market.

Sheila B. Kamerman

Au coeur de la politique familiale américaine : les enfants, les femmes et le travail

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Cet article fait ressortir qu’aux États-Unis les mesures prises par les gouvernements à l’endroit de la famille composent une politique familiale à caractère implicite plutôt qu’explicite, s’inspirent d’une conception minimaliste du rôle des gouvernements face aux transformations sociales et démographiques, relèvent d’une approche qui consiste à cibler les familles pauvres avec enfants plutôt qu’à instaurer des programmes universels, mettent le travail en valeur tout en manifestant une ambivalence à l’égard du travail salarié des femmes, et accordent un rôle important au marché et au bénévolat. Ces mesures, dans leur forme actuelle, résultent d’une lente évolution, amorcée surtout depuis les années 1960. Il est peu probable qu’elles changent beaucoup à court terme. Pourtant, la transformation des rôles féminins et la situation toujours précaire des enfants, en particulier de ceux qui grandissent dans une famille monoparentale, exigerait des interventions beaucoup plus vigoureuses.

Family Policies in the U.S.: Children, Women and Work
U.S. family policy is implicit rather than explicit, stresses a minimalist role for government in responding to social and demographic change, is targeted selectively on poor families with children rather than taking a universal approach, stresses the importance of work but remains ambivalent about women’s paid employment, and emphasizes market and voluntary sector roles. These policies in their current form have evolved very slowly, largely since the 1960s. They are unlikely to change significantly in the short term. Yet the changes in women’s roles and the continued vulnerability of children, especially those growing up in single-parent families, calls out for a far more significant response.

Patrick Villeneuve

La réforme de l’aide sociale de 1996 : le pari de Bill Clinton

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En août 1996, le Président Clinton a signé la loi dite Personal Responsibility and Work Opportunity Reconciliation Act, qui transforme en profondeur le système de l’aide sociale aux États-Unis. Cette loi affecte très majoritairement les femmes, en particulier les femmes chefs de famille monoparentale et leurs enfants, qui sont représentés de façon disproportionnée parmi les familles pauvres dont les revenus ont subi d’importantes réductions au cours des quinze dernières années. L’article situe l’origine et la portée de cette loi dans le cadre des débats dont le Welfare a fait l’objet au cours des années récentes.

The 1996 Social Welfare Reform: Bill Clinton’s Wager
In August 1996 President Clinton approved the Personal Responsibility and Work Opportunity Reconciliation Act, which profoundly transforms the U.S. social welfare system. This legislation extensively affects women, especially those heading single-parent families, and their children, represented in disproportionately high numbers among poor families, who have seen considerable cutbacks in their income over the past fifteen years. The article places the origin and scope of this legislation in the context of widespread debate on welfare in recent years.

François Rouquet

Le sort des femmes sous le gouvernement de Vichy (1940-1944)

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Vichy a assigné à chaque sexe une place dans la société: les femmes devaient (re)devenir mères au foyer et s’occuper de leurs enfants, et les hommes subvenir aux besoins de leur famille. Mais la réalité sociale s’est toujours opposée, entre 1940 et 1944, au discours officiel fondé sur les valeurs du travail, de la famille et de la patrie, dans une imposture toujours grandissante. La politique familiale fut inspirée du Code de la famille né juste avant la guerre, sous la Troisième République. Cependant, les dispositions prises par Vichy avaient en commun de renforcer l’institution familiale plus que d’en protéger les individus. C’est le sens des très sévères mesures répressives contre les pratiques sociales mettant la famille en péril. En dépit d’une certaine continuité des structures familiales après la guerre, la philosophie familiale de Vichy divergeait radicalement de celle de la République puisqu’elle fondait une sorte de légitimité naturelle au conservatisme et à l’immobilisme social.

Women’s Lot under the Vichy Regime (1940-1944)
The Vichy government assigned distinct social roles to each sex: women had to (re)assume their maternal function in the home and look after their children, and men had to provide for their family’s needs. But from 1940 to 1944, the social reality was continually pitted against the official emphasis on the values of work, family and nation, marked by a growing gap between discourse and reality. Family policy was then inspired by the « family code » developed just prior to the war, under the Third Republic. But a common thread in Vichy policy was to place greater stress on strengthening the institution of the family than on protecting individuals. This was the rationale underlying highly repressive measures to counter social practices imperiling the family. Despite a certain continuity in family structures after the war, Vichy’s family philosophy radically differed from that of the Republic in providing a sort of natural legitimacy for conservatism and lack of social change.

Louise Toupin

Le féminisme et la question des « mères travailleuses ». Retour sur le tournant des années 1970

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Dans cet article, l’auteure entend soumettre à l’examen l’idée selon laquelle le féminisme aurait légitimé le modèle de la mère-travailleuse-salariée. Après un bref retour sur le contexte idéologique de la résurgence du féminisme sur la scène publique en Occident à la fin des années 1960, l’auteure estime qu’une partie seulement du mouvement a légitimé un tel modèle, alors qu’une autre partie, plus radicale, aurait plutôt — s’il faut parler en termes de légitimation — légitimé la révolte et la lutte des femmes contre leur double journée de travail et dénoncé le mythe de la libération par le travail salarié.

Feminism and Working Mothers: Reassessing the Turning Point of the 1970s
In this article, the author examines the notion that feminism legitimized the model of the paid working mother. After briefly reviewing the ideological context of feminism’s public resurgence in the West in the late 1960s, the author believes that only one part of the movement legitimized such a model, whereas another, more radical part is seen to have legitimized — if legitimization is the issue — women’s rebellion and struggle against their « double » work day and to have challenged the myth of liberation through paid work.

 

PARTIE 2 – Les femmes entre l’État, le travail et la famille


Renée B.-Dandurand et Christopher McAll

Welfare, workfare, wedfare : faut-il encore assister les mères seules ?

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La remise en question de l’assistance aux mères seules est à l’ordre du jour dans plusieurs pays occidentaux. Cet article présente, pour le Québec, les préalables historiques, les débats et les analyses qui ont entouré une réforme récente du programme d’assistance (Loi sur la sécurité du revenu) instaurant des mesures d’incitation au travail (du welfare au workfare). À l’aide de deux enquêtes auprès de mères seules assistées, il examine ensuite les conséquences d’une telle réforme sur et pour ces femmes et leurs enfants.

Welfare, Workfare, Wedfare: Should We Continue to Provide Welfare to Single Mothers?
Welfare for single mothers is currently being questioned in several Western countries. This article focuses on Quebec, looking at the historical background, the debate and the analyses centred around the recent reform of the welfare program (the Income Security Act) implementing work incentives (and thus moving from welfare to workfare). Using two series of interviews with single mothers on welfare, it then considers the consequences of such a reform for these women and their children.

Martie-Thérèse Letablier

L’activité professionnelle des femmes en France sur fond de pénuries d’emplois

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Au cours des quinze dernières années, un modèle d’activité professionnelle des femmes s’est consolidé. Il s’est développé sur l’effondrement de la valeur sociale du travail domestique et lui a substitué celle du travail salarié comme mode privilégié d’intégration sociale. La norme d’activité professionnelle continue s’est imposée à la majorité des femmes en France. Mais la progression de ce modèle se heurte à la pénurie d’emplois et se produit à un moment où le travail est en crise. Paradoxalement, alors que les femmes ont bénéficié depuis les années 1980 des rares créations d’emploi, leur situation ne s’est pas sensiblement améliorée; au contraire, de nouveaux clivages se sont substitués aux anciens. Elles sont particulièrement affectées par le chômage, par la précarisation des statuts d’emploi et par celle de leurs conditions de travail. Le travail à temps partiel est l’un des instruments de cette précarisation, à l’intersection des politiques de flexibilité des entreprises et de l’action publique contre le chômage et l’exclusion. La politique de partage du travail, en dépit de ses intentions louables, contribue à accentuer les clivages non seulement entre hommes et femmes mais aussi entre femmes.

Women’s Labour Force Participation in France in a Context of Job Shortages
Over the past fifteen years, a model of women’s labour force participation has been reinforced, based on the declining social value of domestic work and the substitution of paid work as the preferred means of social integration. The norm of continuous paid employment has been imposed on most women in France. But the progress of this model has been hindered by job shortages during a period of crisis in employment. Paradoxically, while women have benefited from rare cases of job creation since the 1980s, their situation has not significantly improved; on the contrary, new gaps have replaced old divisions. Women are especially affected by unemployment and precariousness in employment status and working conditions. Part-time work is one of the instruments of this precariousness, at the intersection of company policies of flexibility and public action against unemployment and exclusion. The policy of job sharing, despite its commendable aims, is helping to accentuate gaps not only between men and women, but also among women.

Romaine Malenfant

Cachez ce ventre… La grossesse en milieu de travail

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Avec la présence massive et continue des jeunes femmes sur le marché du travail, la grossesse en milieu de travail est devenue un événement avec lequel le monde du travail doit composer. Si les femmes peuvent arriver à rendre presque invisibles les efforts qu’exige la conciliation du travail et de la maternité, elles ne peuvent, par contre, laisser leur grossesse à la porte de l’entreprise avant d’y entrer. Par la rencontre du privé et du public qu’elle provoque, la grossesse en milieu de travail défie les acteurs sociaux et les appareils dans leur capacité de prendre en compte les besoins spécifiques des mères au travail.

Hide that Stomach… Pregnancy in the Workplace
With the massive and continuous presence of young women in the labour market, pregnancy in the workplace is something the working world must come to terms with. Although women may succeed in almost completely masking the efforts required to reconcile work and maternity, they can hardly leave their pregnancy at the door as they enter the workplace. In bringing together the public and private spheres, pregnancy in the workplace challenges the ability of social actors and organizations to consider the specific needs of working mothers.

Jeanne Fagnani

L’allocation parentale d’éducation: contraintes et limites du choix d’une prestation

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L’allocation parentale d’éducation, versée sans condition de ressources, est octroyée aux parents à la suite d’une naissance de rang trois ou plus, à condition qu’ils n’exercent aucune activité professionnelle ou qu’ils réduisent leur activité professionnelle et qu’ils aient travaillé au moins deux ans dans les dix ans précédant la naissance du benjamin. Une enquête montre que cette condition d’éligibilité empêche surtout des mères de milieux défavorisés d’y avoir accès. Parmi les femmes qui n’ont pas voulu cesser leur activité rémunérée et demander l’APE, les cadres et les professions intellectuelles, d’une part, et les ouvrières, d’autre part, sont surreprésentés par rapport aux bénéficiaires «actives» avant la naissance de leur benjamin. Les incertitudes quant aux conditions de retour à l’emploi, le chômage du conjoint et le faible montant de la prestation expliquent en partie les réticences de ces dernières. Enfin, quelques éléments d’explication du recours très limité à l’APE (dont le montant est alors réduit) associé au travail à temps partiel sont proposés.

The Child Benefit in France: Constraints and Limited Choices
The allocation parentale d’éducation (APE), provided regardless of means, is allocated to parents after the birth of their third and subsequent children, provided the parents are not working or are working fewer hours, and have worked at least two years during the ten years prior to the birth of their youngest child. One study shows that this eligibility condition primarily blocks economically disadvantaged mothers from access to this benefit. Among women choosing not to stop working and apply for the APE, managers and those in intellectual professions, on the one hand, and workers, on the other hand, are over-represented in relation to beneficiaries (working before the birth of their youngest child). Women’s reluctance to apply is in part explained by uncertainty as to the conditions for returning to work, spousal unemployment, and the low benefit amount. Finally, some explanations are suggested for the very limited recourse to the APE (allocated in correspondingly reduced amounts) by part-time workers.

Denise Lemieux

Les enfants qu’on a eus ! Les politiques sociales dans les stratégies de femmes de la trentaine évoquant leurs maternités

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En s’appuyant sur des récits de vie sur le désir d’enfant obtenus auprès de Québécoises dans la trentaine, récits où le projet d’enfant et les maternités déjà réalisées sont situés dans l’ensemble des trajectoires de vie, cet article examine la perception des politiques et mesures reliées dans les discours à la mise au monde ou à la garde des enfants, telles qu’elles sont évoquées autour d’une naissance réelle ou éventuelle. L’analyse qualitative des entrevues révèle que les projets d’enfant et les stratégies pour les réaliser s’inspirent d’une conception de la parentalité où l’affectif et le temps donné à l’enfant priment sur les aspects de coûts de l’enfant. Bien peu de mères ont pu bénéficier de congés de maternité, ne possédant pas le statut d’emploi qui y donne accès; par ailleurs, celles qui n’ont pu financer leur retrait d’emploi au moment d’une naissance avec leurs revenus ou celui d’un conjoint ont eu recours à des mesures sociales diverses.

Our children… Social policies in the strategies of women in their thirties describing their pregnancies
Based on life stories concerning the desire for a child obtained from Quebec women in their thirties, in which plans to have a child and pregnancies already experienced are situated within overall life paths, this article examines how policies and measures related to birth or child care are perceived by women describing an actual or planned birth. A qualitative analysis of the interviews shows how plans to have a child and strategies to bring this about are inspired by a vision of parenthood where emotional factors and time devoted to the child are more important than the costs of child-rearing. Very few mothers were able to take advantage of paid maternity leave, since they did not have the necessary employment status; moreover, those unable to afford unpaid maternity leave, with or without their spouse’s help, made use of a variety of social measures.

Michelle Duval

Des emplois dévalorisés, des services appréciés. Aide domestique et maintien à domicile des personnes âgées

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Le développement de services d’aide domestique pour favoriser le maintien à domicile des personnes en perte d’autonomie représenterait un certain bassin d’emplois pour une main-d’oeuvre sans qualifications professionnelles. Or de tels emplois, en plus d’être actuellement de mauvaise qualité, sont faiblement reconnus socialement. Pourtant, les femmes qui les occupent les trouvent intéressants et les personnes qui reçoivent les services les trouvent importants, comme le révèle l’examen des propos tenus par des travailleuses et par des bénéficiaires. Une telle valorisation, d’ordre subjectif et personnel, est étroitement liée à la reconnaissance sociale et professionnelle du travail d’aide par les aînés.

Undervalued Jobs and Much-Appreciated Services. Home Help and Home Care for the Elderly
The growth of home help services to facilitate home care for dependent persons would appear to represent a sizeable pool of jobs for a workforce lacking professional qualifications. But besides being of poor quality, such jobs are currently accorded little social recognition. And yet an analysis of the comments of the workers and service beneficiaries involved shows that the women performing these jobs find them interesting and that the individuals benefiting from the services consider them important. Such a positive value assessment, subjective and personal in nature, is closely linked to the elderly’s recognition of home care workers on a social and professional level.

Sheila M. Neysmith

Les soins à domicile et le travail des femmes : la force de l’habitude

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Le développement des programmes de soins de longue durée donne lieu, depuis quelques années, à un double processus de transformation du travail. D’une part, des tâches retirées à certaines catégories de salariés sont confiées à d’autres, si bien que l’on voit par exemple les hôpitaux et les établissements de soins pour malades chroniques procéder à la mise à pied de personnel auxiliaire, tandis que l’emploi augmente du côté des soins à domicile. D’autre part, le travail de soins non rémunéré des familles des bénéficiaires est intégré d’autorité au développement des services à domicile. À partir d’une recherche sur les auxiliaires familiales de la région de Toronto, l’auteur fait ressortir les perceptions du travail et du soin et les inégalités sociales (de race, de classe et de sexe) qui sous-tendent les programmes actuels de soins de longue durée.

Home Care: a Site for Competing Definitions of Women’s Work
Long-term care policy is a site where two processes of work transformation have occurred in recent years. One is the transferring of labour between different categories of paid workers, such as the laying off of aids in hospitals and chronic care facilities while the employment of home care workers is expanding. The other is the appropriation of the unpaid labour of family members as part of the development of home care services. Based on a study on home care workers in Toronto, this article teases out some of the understandings of work and care, including social inequities of race, class and gender, that underlie current long-term care policy.

 

Notes de lecture


Renée B.-Dandurand

Maureen Baker, dir. 1994. Les Politiques gouvernementales face aux familles canadiennes en transition. Ottawa, L’Institut Vanier de la famille, 168p.

Claude Martin

Diane Sainsbury, éd. 1994. Gendering Welfare States . Sage Publications.

Josée Bergeron

Maureen Baker. 1995. Canadian Family Policies: Cross-National Comparisons . Toronto, University of Toronto Press, 466 p. Anne Hélène Gauthier. 1996. The State and the Family : A Comparative Analysis of Family Policies in Industrialized Countries . Oxford, Oxford University Press, 232 p.

Josée Bergeron

Renée B.-Dandurand et Francine Descarries, dir. 1992. Mères et travailleuses : de l’exception à la règle . Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 214 p.

Marie-Hélène Saint-Pierre

Leroy O. Stone. 1994. Emploi et famille : les dimensions de la tension . Ottawa, Statistique Canada, Division des systèmes de soutien familiaux et sociaux, no 89-540F au catalogue.

Frédéric Lesemann

Margaret B. Neal, Nancy J. Chapman, Berit Ingersolldayton et Arthur C. Emlen. 1993. Balancing Work and Caregiving for Children, Adults, and Elders . Newbury Park, Sage, 292 p. Nancy Guberman, Pierre Maheu et Chantal Maillé. 1993. Travail et soins aux proches dépendants . Montréal, Les Éditions du remue-ménage.

Marie-Hélène Saint-Pierre

Lise Vogel. 1993. Mothers on the Job: Maternity Policy in the U. S. Workplace . New Brunswick, NJ, Rutgers University Press.

Marie-Hélène Saint-Pierre

Eileen Boris. 1994. Home to Work: Motherhood and the Politics of Industrial Homework in the United States . Cambridge, Cambridge University Press.

Renée B.-Dandurand

Kathryn Keller. 1994. Mothers and Work in Popular American Magazines . Westport, Conn., Greenwood Press.

Josée Bergeron

Paul Pierson. 1994. Dismantling the Welfare State ? Reagan, Thatcher, and the Politics of Retrenchment . New York, Cambridge University Press, 213 p.

Claude Martin

Agnès Pitrou. 1994. Les Politiques familiales. Approches sociologiques , préface de Lucien Brams. Paris, Syros.

Nadine Lefaucheur

Jacques Commaille. 1992. Stratégies des femmes. Travail, famille et politique . Paris, La Découverte, 190 p.

Agnès Pitrou

Femme et travail. Enjeux et perspectives de l’activité féminine en Suisse . Travaux réunis par Béatrice Despland. Lausanne, éd. Réalité sociale, 1991.

Claude Martin

H. Hirata et D. Senotier, éd. 1996. Femmes et partage du travail. Paris, Syros, collection « Alternatives sociologiques ».

Agnès Pitrou

Françoise Bloch et Monique Buisson. 1996. Faire garder ou garder les enfants : une affaire de femmes. Entre rétribution, valeur d’usage et valeur de lien. Ministère du Logement, CNRS, Université Lyon II.

Vincenzo Cicchelli

F. de Singly. 1993. Parents salariés et petites maladies d’enfance . Paris, La documentation française.

Agnès Pitrou

Collectif Ephesia. 1995. La Place des femmes. Les enjeux de l’identité et de l’égalité au regard des sciences sociales . Paris, éd. La Découverte, 740 p.

Jean-Noël Chopart

Faire ou faire faire ? Familles et services. Ouvrage collectif sous la direction de Jean-Claude Kaufmann. Presses universitaires de Rennes, 1996, 248 p.