L’insécurité. La peur de la peur

Sous la direction de Jean-Paul Brodeur et Dominique Monjardet

Depuis la fin des années 1960, le thème de l’insécurité est de plus en plus présent dans la recherche, dans les revues spécialisées et dans la presse. En 1989, la revue Autrement a consacré un numéro à ce problème, sous le titre « Obsession sécurité ». En 1993, la revue Déviance et société, à son tour, a ouvert ses pages à un débat sur l’insécurité. (…)

 

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TABLE DES MATIÈRES

 

Jean-Paul Brodeur

Présentation du numéro

Article complet

 

I. Positivité de l’insécurité


Jean-Paul Brodeur

La peur de la peur

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Dans une première partie, l’auteur présente un ensemble de distinctions relatives à l’insécurité, considérée d’abord comme un état puis comme une perception qui peut prendre la forme d’une préoccupation générale ou d’un sentiment d’insécurité lui-même susceptible d’être vécu comme peur informe ou peur concrète. La seconde partie du texte tente de démontrer que le sentiment d’insécurité est un phénomène qui jouit d’une existence propre et dont la réalité est irréductible à ce qu’il serait censé refléter ou à ce qui le produirait. Cette thèse est examinée à la lumière de cinq facteurs qui, pris ensemble, confèrent au sentiment d’insécurité sa réalité autonome : les insuffisances de l’étiologie, l’inversion de la causalité, l’évaluation des programmes d’intervention policière, l’exploitation politique du sentiment d’insécurité et l’autogénération de ce sentiment.

The many faces of fear

The author initially sets out a series of distinctions with regard to insecurity, viewed first as a state and then as a perception that can assume the form of a general concern or sense of insecurity, which may in turn be experienced as a vague or specific fear. The second part of the text attempts to show how the feeling of insecurity is a phenomenon that has a life of its own and wherein the reality cannot be reduced to what it supposedly reflects or has apparently caused it. This theory is discussed in light of five factors which together give the feeling of insecurity its independent reality: the inadequacy of etiology, inversion of causality, assessment of policework programs, political exploitation of the sense of insecurity and self-generation of this feeling.

Michel Anselme

TTLe lien sécuritaire : mettre en ordre le désordre quotidienTTTTTT

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L’article rend compte d’une recherche menée dans une cité HLM de Marseille sur le thème du sentiment d’insécurité. Cette recherche analyse les processus institutionnels et concrets à travers lesquels des accords partiels et conjoncturels peuvent être obtenus sur le sens à accorder à des faits liés aux troubles de l’ordre public ou à des conflits autour de l’accès à l’espace public. Or, le sentiment d’insécurité paraît demeurer insensible à la confrontation avec la réalité des faits. Dès lors, ce sentiment ne serait-il pas, par suite de l’effondrement des mécanismes de régulation de la vie collective, le seul moyen laissé aux populations agressées de rétablir sur un mode négatif la solidarité sans laquelle toute collectivité se désagrège ?

Trying to counter fear: creating order out of daily disorder

This article describes a study on the sense of insecurity in a Marseilles-area low-cost housing neighbourhood. The study examines the public initiatives and actual processes by which limited and situation-specific agreement may be reached on the meaning of certain acts associated with public disturbances or conflicts regarding access to public areas. The feeling of insecurity is apparently unaffected by factual reality. Subsequent to the collapse of social regulatory mechanisms, might this feeling not be seen as the only means groups under stress have to re-establish a form of solidarity needed to avoid the break-up of communities?

 

II. Ceux qui font peur


Didier Bigo

Terrorisme, drogue, immigration : les nouvelles figures de l’insécurité en Europe

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Des procédés rhétoriques permettent de fusionner des phénomènes aussi divers que le terrorisme, le trafic de drogue et l’immigration au point qu’ils paraissent ne constituer que les manifestations d’un seul et tentaculaire complot. Ces procédés résident par exemple dans l’énumération sous forme de listes d’événements très diversifiés et dans l’agrégation dans un même discours de faits, de situations et de phénomènes qui n’ont d’autre lien que leur proximité lexicale dans l’espace physique d’un texte. L’auteur illustre de plusieurs exemples la manière dont s’élabore ce nouveau discours sur la menace qui tend à globaliser et à exagérer la dangerosité des phénomènes étudiés.

Terrorism, drugs and immigration: the new faces of insecurity in Europe

Rhetorical devices can be used to meld phenomena as varied as terrorism, the drug traffic and immigration so that they appear to be manifestations of a single and widespread conspiracy. These devices may for example include listing a series of widely divergent occurrences and assembling in a single analysis facts, situations and phenomena that have no other link than their physical and lexical proximity within a text. The author uses several examples to illustrate the way this new analysis of threat is presented, which tends to generalize and exaggerate the danger of the phenomena under study.

Myriame El Yamani, Danielle Juteau et Marie McAndrew

Immigration : de quoi les Québécois ont-ils peur ?

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L’article se propose d’expliciter l’équivocité de la notion d’insécurité en analysant les cinq grandes peurs des Québécois face à l’immigration : peur d’être envahi, de se faire voler « sa job », d’être incapable d’intégrer les nouveaux arrivants, des affrontements interethniques, de la perte d’identité. Il apparaît que le propre de l’insécurité est de jouer avec des mots à double sens, de généraliser la peur en plusieurs lieux du social et de garder le caractère éminent et omniprésent de la menace. Il y a une impossibilité de fixer une cible à l’insécurité. L’article s’interroge notamment sur le rôle des médias dans la vulgarisation de ces peurs. Si les discours médiatiques ont réussi à désapproprier le corps social de sa possibilité de dramatisation, l’insécurité, avec ses multiples peurs, continue, elle, à animer une forme dégradée des rapports sociaux. C’est dans cette perspective que sont analysés les enjeux et les défis de l’immigration pour la société québécoise.

Immigration: what are Quebecers afraid of?

This article sets out to explain the ambiguity of the notion of insecurity by looking at « Quebecers’ five greatest fears regarding immigration »: fear of being overrun, of having their jobs taken, of being unable to integrate new arrivals, of intercultural conflict, of losing their identity. It is apparently characteristic with insecurity to use words with two meanings, to generalize fear into a number of social spheres and to repeatedly emphasize the prominent and omnipresent nature of the threat. It is impossible to establish a specific target for this insecurity. The article takes a particular look at the role of the media in spreading these fears. If media analyses have succeeded in robbing society of its capacity to judge, insecurity with its many fears is continuing to foster a debased form of social relationships. The issues and challenges of immigration in Quebec society are examined from this perspective.

Marc Alain

Les motards, hors-la-loi des temps modernes ? La construction d’un mythe d’insécurité

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C’est d’abord et avant tout en invoquant l’insécurité provoquée par le phénomène des groupes de motards que les policiers vont, dès 1947, mener à l’égard de ces groupes une offensive qui se poursuit encore partout en Amérique du Nord. Or, depuis très peu de temps, des éléments nouveaux au dossier permettent de mettre à l’épreuve cette réputation. L’article montre à quel point la réputation construite par les services de police à l’égard des motards semble de moins en moins résister à l’épreuve de ces faits. Pourtant les policiers continuent à s’acharner contre les motards. Est-ce à cause du degré de marginalité affiché par eux ? Ou cet antagonisme pourrait-il être l’expression d’un conflit culturel larvé entre deux clans qui se ressemblent nettement plus qu’il n’y paraît au premier abord ?

Motorcyclists: modern-day outlaws? Construction of a myth of insecurity

It was primarily in citing the insecurity generated by the phenomenon of motorcycle gangs that police launched their offensive against this group, beginning in 1947 and continuing up to the present day throughout North America. Just recently, that reputation has been tested by new aspects affecting this issue. The article illustrates the extent to which the reputation constructed by police forces regarding motorcyclists is increasingly being challenged by these facts. But police continue their efforts against motorcyclists. Is this due to the group’s marginal image? Or could the antagonism reflect a latent cultural conflict between two clans that are far more similar than it would first appear?

Mylène Jaccoud

Autochtones et insécurité : essai d’articulation

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Le rapport entre l’insécurité et l’autochtone est esquissé dans cet article par le biais d’une interrogation sur la construction de l’objet de peur. L’auteure renonce à approcher cette construction par le seul détour d’une peur du crime et suggère que l’autochtone a d’abord fait l’objet d’une multiplicité de constructions sociales avant d’émerger de façon souterraine puis collective en objet de peur. Cet essai d’articulation débouche sur l’idée que la construction sociale de l’autochtone en objet de peur est récente et qu’elle doit être appréhendée comme le signe d’un rétrécissement des rapports entre l’État et les Premières Nations, resserrement qui fait naître de nouveaux rapports conflictuels entre une marge devenue ou perçue comme une menace et les fondements de l’ordre économique, politique et social que l’État s’évertue à perpétuer.

Native people and insecurity

In this article, the relationship between insecurity and Native people is outlined by examining the construction of the object of fear. The author chooses not to approach this construction from the perspective of fear of crime alone, and suggests that Native people were initially the object of a number of social constructions prior to emerging, in an underground and then collective fashion, as an object of fear. This analysis leads to the notion that the social construction of Native people as an object of fear is a recent one and should be understood as a sign of an increasingly simplistic relationship between the State and the First Nations, which is creating new and conflicting relationships between a marginal group that has become and/or is viewed as a threat and the foundations of the economic, political and social order the State is striving to maintain.

Francis Bailleau

Politiques publiques et jeunes en difficulté. Une insécurité sociale programmée ?

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En cette période de mutations sociales, les politiques publiques en direction des jeunes en difficulté sont au centre de nombreux débats, qu’il s’agisse des politiques qui s’adressent aux jeunes repérés nominativement sous mandat (certaines politiques sociales, les politiques judiciaires, éducatives sous contrôle judiciaire, pénitentiaires) ou de celles qui visent un public plus large (les politiques de l’aide sociale à l’enfance, d’animation sociale et culturelle, de formation professionnelle, d’insertion sociale et professionnelle, de lutte contre la toxicomanie, de santé, de rénovation de l’habitat…), les secondes ayant pour objectif affiché d’éviter la prise en charge de certains jeunes par les premières. En centrant l’analyse sur les jeunes en difficulté aussi bien que sur les politiques visant à limiter les effets du rétrécissement du marché de l’emploi salarié pour les jeunes, l’article cherche à préciser les conditions dans lesquelles ces politiques se sont mises en place et à en mesurer les effets pour ces populations fragilisées.

Public policies and youth in difficulty: programmed social insecurity?

In this period of social change, public policies targeting youth in difficulty are the focus of numerous debates, whether involving policies for certain youths under State responsibility (particular social, legal, educational, correctional policies, etc.) or those addressing a wider population (policies on child welfare, social and cultural services, vocational training, social and professional integration, anti-drug strategies, health, housing renewal, etc.), with the second category clearly aimed at preventing the need to care for certain youths within the sphere of the first. By focussing its analysis on youth in difficulty and policies intended to limit the effects of a shrinking job market on young people, the article attempts to identify the conditions in which the policies were implemented and to gauge their impact on these vulnerable groups.

 

III. Ceux et celles qui ont peur


Marie-Marthe Cousineau

Personnes âgées et insécurité : le tournant des années 1990

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À la fin des années soixante-dix et au courant des années quatre-vingt, les études sur la peur du crime ont montré que, pourtant moins victimisés que d’autres groupes d’âges, les aînés se montraient cependant plus inquiets vis-à-vis du phénomène criminel et vis-à-vis des possibilités de victimisation. Leur mode de vie s’en trouvait affecté. Des programmes de sensibilisation et de prévention ont apparemment permis de redonner, au moins dans une certaine mesure, confiance aux personnes âgées. Cependant, les années quatre-vingt-dix voient surgir de nouvelles sources d’insécurité pour les personnes âgées. La menace ne leur est plus étrangère, elle émane de proches : les enfants, le propriétaire, l’intervenant en centre d’accueil. Quelles avenues de solution privilégier pour contrer ce nouveau fléau ? L’intervention pénale constitue-t-elle une solution ?

The elderly and insecurity: the turning point of the nineties

In the late seventies and during the eighties, studies on the fear of crime showed that although less frequently victimized than other age groups, the elderly were more worried by the crime situation and the possibility of becoming a victim. Their lifestyle was affected by this. Through awareness and prevention programs, the elderly were apparently able to regain their confidence, to some degree at least. But with the nineties, new sources of insecurity for older people emerged. The threat was no longer from outside, but from those close to the elderly: their children, landlords, nursing home workers, etc. What are the best means of countering this new plague? Are penal measures a solution?

Joane Turgeon et Maryse Rinfret-Raynor

La peur du crime chez les femmes et les différentes formes de violence qu’elles subissent

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Les sentiments d’insécurité des femmes face au crime semblent démesurés par rapport au nombre réel de crimes qu’elles subissent. Même si on reconnaît dorénavant que les femmes sont aussi souvent victimes de crimes que les hommes, il demeure difficile d’expliquer pourquoi elles ont plus peur du crime que les hommes. L’article propose une conception globale de la violence faite aux femmes. Si on tient compte des caractéristiques particulières des crimes contre les femmes et si on s’intéresse à la façon dont leur incidence est évaluée, la peur du crime des femmes devient beaucoup plus compréhensible. La peur du crime a des conséquences néfastes pour la santé mentale des femmes ainsi que pour leur qualité de vie. Ce constat pourrait suggérer le développement de programmes visant la prévention de la peur du crime chez les femmes. Cependant, les conséquences du crime étant beaucoup plus dévastatrices que celles de la peur du crime, il est important que le crime lui-même demeure la cible privilégiée de l’intervention.

Women’s fear of crime and the types of violence they face

Women’s feelings of insecurity regarding crime appear disproportionate to the actual number of crimes committed against them. Although it is now recognized that women are as frequently crime victims as men, it is difficult to explain why they fear crime more than men do. The article posits an overall conception of violence affecting women. In considering the particular nature of crimes against women and the way their occurrence is measured, it is much easier to understand women’s fear of crime. This fear has negative effects on women’s mental health and quality of life. This finding could influence the development of programs aimed at preventing women’s fear of crime. But since the effects of crime are far more devastating than the fear of crime, it is important that crime itself remain the main area targeted.

Nonna Mayer

Le vote Front national ou le syndrome de la peur

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Les préoccupations sécuritaires sont une des principales motivations du vote pour le Front National. Elles s’expliquent moins par des facteurs objectifs (victimation, exposition accrue à la violence) que par des facteurs subjectifs, un sentiment d’insécurité personnelle qui déborde largement le domaine du crime et de la délinquance. Quel que soit le risque (sida, atteintes à l’environnement), le niveau de peur des électeurs du FN est systématiquement plus élevé que la moyenne. Ces peurs s’inscrivent dans une vision pessimiste du monde, en relation avec un isolement social et politique marqué : repli sur le milieu familial, faible potentiel associatif, niveau culturel bas, manque de confiance dans les institutions, etc. Elles sont volontairement entretenues et exploitées par les dirigeants du FN, comme en témoignent sa presse, ses tracts, ses conseils aux militants. Mais une proportion croissante de Français voient dans ce parti un danger pour la démocratie et la peur même qu’il inspire est un frein à sa progression électorale.

The Front National vote or the fear syndrome

Security concerns are one of the main reasons people vote for the Front National. This is not so much due to objective factors (victimization, increased exposure to violence) as subjective aspects, a sense of personal insecurity that goes well beyond the sphere of crime and delinquency. Whatever the risks (AIDS, environmental damage, etc.), the level of fear among FN voters is consistently higher than average. Such fears form part of a pessimistic worldview, tied to a marked social and political isolation: withdrawal into the family, poor capacity for social relations, low level of culture, lack of confidence in institutions, etc. These fears are deliberately encouraged and exploited by FN leaders, as evidenced by FN press material, pamphlets and advice for activists. But a growing number of French men and women view this party as a threat to democracy, and the very fear it inspires is in fact hindering its electoral progress.

 

IV. Ceux qui contrôlent


Pierre Landreville

Insécurité, mesures communautaires et contrôle des communautés

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Alors que, depuis quelques décennies, on tente de promouvoir des mesures de réinsertion sociale et de mettre sur pied des mesures pénales autres que l’emprisonnement pour favoriser l’inclusion et la réintégration dans la communauté, d’autres forces poussent plutôt vers l’exclusion des délinquants et des marginaux au nom de la communauté que l’on veut protéger. Les groupes qui s’affrontent sur la scène sociale ont des motivations et des intérêts divergents. L’article analyse le contexte et les facteurs macrosociologiques en jeu ainsi que les motivations plus ou moins explicites des différents acteurs sociaux.

Insecurity, community measures and community control

Whereas for several decades there have been attempts to implement correctional measures other than imprisonment to reintegrate offenders into the community, other forces tend to exclude criminals and marginal populations in the name of the communities to be protected. These groups, now confronting one another in the social arena, have divergent motivations and interests. This article looks at the overall sociological context and factors involved and the more or less explicit motivations of the various social players.

Antoinette Chauvenet, Georges Benguigui et Françoise Orlic

Sécurité, insécurité et prisons

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Plus que dans toute organisation, la finalité, les objectifs, les moyens et les règles de fonctionnement de la prison sont définis à l’extérieur de celle-ci. Aussi le rapport entre sécurité, insécurité et prisons est-il directement relié à celui que la société entretient à sa propre sécurité ou insécurité. La prison en tant que lieu d’expulsion du corps social de ceux de ses membres qui mettent en cause sa sécurité est un objet de méconnaissance, un impensé. Pour cette raison même cet impensé favorise la production d’insécurité tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, et partant alimente les discours et les pratiques d’exclusion. L’article se fonde sur les résultats d’une recherche effectuée auprès de 300 surveillants de prisons françaises.

Security, insecurity and prisons

More than in any other organization, the ends, objectives, means and operational rules in prison are defined outside the institution. Thus the link among security, insecurity and prisons is directly associated with society’s own sense of security or insecurity. Prisons as the social group’s expulsion sites for those of its members who threaten its security are a blind spot for society. For this very reason, this lack of knowledge fosters insecurity both inside and outside prison walls and fuels the theory and practice of exclusion. The article is based on the results of a study involving 300 French prison guards.

Jean-Claude Bernheim

L’insécurité en prison

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La violence en milieu carcéral est une réalité difficile à mesurer, tout comme la violence en milieu libre, mais la violence est indubitablement sous-évaluée dans les deux cas. Sur la base des statistiques officielles, il ressort que les détenus, comme le personnel de garde, sont victimisés, les premiers nettement plus intensément que les seconds. En dépit de cette constatation, la victimisation en milieu carcéral ne suscite pas l’intérêt des pouvoirs politiques. Politiquement non rentable, la prise en considération de ce type de violence provoquerait indéniablement un questionnement sur son origine autant que sur le rôle de l’institution carcérale dans ses manifestations. Par conséquent, il n’est pas étonnant que les politiciens refusent de s’intéresser à ces questions sauf lorsque des événements spectaculaires suscitent le scandale ou l’indignation populaire.

Insecurity in prison

La violencia en el medio carceral es una realidad difícil de medir, así como la violencia en ambiente de libertad, pero indudablemente ambas están subvaloradas. Sobre la base de estadísticas oficiales, es evidente que los detenidos, así como el personal de guardianes, son victimizados, los primeros netamente mas que los segundos. A pesar de esta constatación, la victimización en medio carceral no suscita el interés de los poderes políticos. Políticamente poco rentable, la consideración de este tipo de violencia provocaría sin duda un cuestionamiento sobre sus orígenes así como sobre el rol de la institución carceral en sus manifestaciones. Como consecuencia, no es sorprendente que los políticos rehusen de interesarse en estos temas, salvo cuando sucesos espectaculares suscitan el escándalo o la indignación públicas.

Maurice Chalom

La police communautaire : vers un nouveau paradigme de la prévention ?

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Les milieux urbains sont aux prises avec de nouvelles formes de déviance et de criminalité pour lesquelles les pratiques policières usuelles sont de moins en moins efficaces. Face à ce sentiment de ne plus avoir de prise sur la réalité criminelle, les organisations policières repensent leurs stratégies. La police communautaire, qui se présente comme la solution la plus appropriée pour le maintien de l’ordre, la prévention et la répression du crime, se veut plus compatible avec les intérêts du public et s’efforce donc de faire participer la collectivité à ses stratégies. Collectivité et police sont ainsi cogestionnaires de la criminalité et coproductrices de la sécurité.

Community policing: toward a new paradigm of prevention

Urban areas are struggling with new forms of deviance and criminality against which standard police practices are increasingly ineffective. Faced with this feeling that they are losing their control over the crime situation, police organizations are reassessing their approaches. Community policing, presented as the most appropriate method to maintain order and prevent and check crime, is intended to be more in tune with public interests, and therefore attempts to involve the community in its strategies. The community and the police are thus co-managers of criminality and co-producers of security.

Dominique Monjardet

Entre ordre et délinquance, brève note sur l’insécurité policière

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Si la « bavure » policière est un incident, c’est au sens de l’incident critique, qui condense et permet donc d’analyser le fonctionnement d’ensemble du système en cause. L’auteur montre ainsi que la polarisation de la culture professionnelle des policiers sur la guerre contre le crime et celle du Prince sur le maintien de l’ordre public se combinent pour détourner la police de s’intéresser à la demande sociale de sécurité, quand elles n’engendrent pas elles-mêmes l’insécurité.

Between crime and order: a brief commentary on police insecurity

If police « foul-ups » are incidents, it is in the sense of critical incidents, which condense the functioning of the overall system in question and open it to analysis. It can thus be seen that focussing of the police’s professional culture on the war against crime and that of the State on maintaining public order together prevent the police from paying attention to public security, and even themselves generate insecurity.

 

V. Ceux qui rapportent


Georges-André Parent

Le réel fiction : les émissions « info-crime »

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Sous prétexte d’action communautaire et de partenariat avec la police, les médias télévisés propagent l’image d’une criminalité qui fait peur en dramatisant les crimes les plus spectaculaires et en encourageant les méthodes répressives traditionnelles de lutte contre le crime. Paradoxalement, alors que l’idée de police communautaire vise le développement de moyens de réduire le sentiment de peur et d’insécurité dans la société, les programmes télévisés de type Crime Stoppers, qui font l’objet de cet article, misent sur une collaboration communautaire pour dépister les auteurs de crimes, amplifiant du même coup le sentiment de peur et d’insécurité. Tous les efforts de la police communautaire sont ainsi neutralisés par l’action des médias.

True fiction: « Crime Stopper » shows

Under the pretext of community action and partnership with police, televised media are spreading the image of alarming criminal activity by dramatizing the most spectacular crimes and encouraging traditional, repressive crime-fighting methods. Paradoxically, whereas the idea behind community policing is to develop ways to reduce fear and insecurity in society, television shows like Crime Stoppers, examined in this article, count on community help to track down criminals, thus intensifying the sense of fear and insecurity. The overall efforts of community policing are thus neutralized by media activity.

Hugues Lagrange

Médias et insécurité

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Le criminel est l’équivalent du héros dans un autre ordre. C’est un être d’exception dont l’audace séduit. L’intérêt pour le crime est coextensif à cet attrait pour les comportements exceptionnels. La représentation médiatique de la délinquance remplit une fonction anthropologique discriminante qui spécifie la limite entre l’anormal et le normal et une fonction sociale qui transforme des faits individuels exceptionnels en expérience socialement significative. Les médias contribuent à cristalliser l’inquiétude par rassemblement d’une masse atomisée de craintes sur des objets identiques : les violences emblématiques. Mais ce sont des liens projectifs et non des liens organiques qui sont ainsi créés.

Media and insecurity

The criminal is the equivalent of the hero in another context, i.e. an exceptional individual with a captivating boldness. Interest in crime is linked to the attractiveness of exceptional behaviour. Media representations of criminality fulfil an anthropologically discriminating function that sets the boundaries between abnormal and normal, and a social function that turns exceptional individual actions into a socially significant experience: the media help to crystallize our worries by focussing a fragmented mass of fears on identical objects, i.e. emblematic violence. But the relationships thus created are projective rather than socially unifying.