Le travail : autres réalités, autres regards

Sous la direction de Céline Saint-Pierre et Gilbert de Terssac

L’objectif essentiel de ce numéro est de présenter des textes qui rendent compte des multiples facettes des transformations du travail telles qu’elles se présentent aujourd’hui à l’observateur du social en mutation. (…)

 

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TABLE DES MATIÈRES

 

Céline Saint-Pierre et Gilbert de Terssac

Présentation du numéro

Article complet

 

I. Le travail au coeur des mutations des sociétés industrielles


 

Outils techniques et modes de travail : nouvelles relations

 

Michel Freyssenet

La production sociale des techniques productives

Résumé / AbstractArticle complet

À partir d’enquêtes sur la conception des installations automatisées, l’auteur présente les principes, les présupposés, les représentations sociales et les objectifs qui orientent aujourd’hui les choix d’automatisation dans les entreprises. Les contre-performances enregistrées, ainsi qu’une expérience menée dans une usine de l’agro-alimentaire, permettent de penser un processus et une forme sociale d’automatisation qui seraient fondés sur la fiabilisation des installations par les équipes de conduite et de maintenance, et pourraient être à la fois performants et qualifiants. Deux conditions sociales, toutefois, sont à réunir.

The social production of production technologies

Based on studies on the design of automated facilities, the author presents the principles, presuppositions, social conceptions and objectives currently guiding firms’ automation choices. Instances of counterproductive performance and an experiment carried out in an agri-food plant are used to elaborate a process and social form of automation which are based on the operations and maintenance teams ensuring the facilities’s reliability, and which would be both effective and enskilling. Two social conditions are, however, jointly required.

Pierre Veltz

Faut-il parler d’après-taylorisme ?

Résumé / AbstractArticle complet

L’auteur endosse une définition du taylorisme comme théorie particulière de la productivité. Il montre que si ce modèle est déstabilisé en profondeur, certains de ses aspects, comme l’organisation du travail, ont peu bougé en France, et qu’aucune solution de rechange n’est encore clairement formulée. Certaines tendances démontrent cependant que nous sommes engagés dans un changement de modèle qui, s’il ne peut encore être qualifié de post-tayloriste, n’est pas seulement l’adaptation d’un modèle ancien, mais bien l’un des signes que notre époque serait celle d’une nouvelle bifurcation dans l’histoire de l’organisation industrielle.

Are we in a post-taylorism stage?

The author endorses a definition of Taylorism as a specific productivity theory. He shows that even if this model has been profoundly undermined, some of its elements, such as work organization, have undergone little change in France, and that no clear alternative has as yet been developed. However, certain tendencies demonstrate that the model is in the process of transformation, and if it is perhaps not yet a question of post-Taylorism, it is not only a matter of adapting the old model, but also, in fact, one indication that our era will represent a new junction in the history of industrial organization.

Éric Alsène

Les pratiques nouvelles de gestion du changement technologique

Résumé / AbstractArticle complet

Partant de l’idée que le processus même d’implantation de nouvelles technologies dans une entreprise influence le travail et son organisation, l’auteur étudie les pratiques nouvelles de gestion du changement technologique, sur la base d’un postulat bien précis : ces pratiques sont essentiellement des « modalités stratégiques d’accompagnement », qui peuvent être mises en oeuvre en complément de la stratégie proprement dite de changement technologique. Quatre expériences québécoises d’implantation de systèmes informatiques ont été étudiées en profondeur. Il appert que les responsables de la mise en place des changements technologiques ont effectivement géré ceux-ci de manière « nouvelle », notamment en investissant dans la formation et l’implication du personnel, sans aller jusqu’à les gérer de façon globale (par la mise en œuvre de toutes les modalités stratégiques d’accompagnement possibles).

New practices to manage technological change

Beginning with the concept that the very process of implementing new technology within a firm affects both the work and its organization, the author studies new practices to manage technological change, based on the specific postulate that these practices are essentially « accompanying strategic approaches », which can be applied to complement the actual technological change strategy. Four Quebec experiments in implementing information systems have been studied in depth. The results show that those in charge of effecting technological change actually managed this in a « new » way, particularly in terms of the investment in personnel training and involvement, without totally managing this change (through implementation of all the possible accompanying strategic approaches).

 

Savoirs et innovations techno-sociales

 

Pierre Doray et Claude Dubar

La formation en entreprise au Québec et en France : les enjeux actuels

Résumé / AbstractArticle complet

À partir d’une recherche comparative sur la formation en entreprise au Québec et en France, les auteurs analysent le développement de la formation et son articulation avec l’emploi et le travail, ainsi que la portée des formations innovantes dans les entreprises. Ils examinent les relations formelles entre la formation, l’entreprise et le travail, puis abordent les dimensions essentielles du développement de la formation en entreprise au Québec et en France. Ils terminent par un examen des liens entre le développement récent de la formation professionnelle en entreprise et la segmentation sociale.

In-house training in Quebec and French firms: current issues

Using comparative research on in-house training in Quebec and France, the authors analyze training development and how it is linked to the job and the tasks, as well as the scope of innovative in-house training methods. They examine the formal relationships between training, firms, and tasks, and move on to essential developmental aspects of in-house training in Quebec and France. They conclude by investigating connections between recent developments in in-house professional training and social divisions.

Denis Harrisson

La santé et la sécurité du travail : de nouveaux rapports à la lumière des mutations de la décennie 1990

Résumé / AbstractArticle complet

Partant des mutations du travail qui résultent des changements technologiques, des formes de prévention intégrées aux systèmes de gestion, des nouvelles formes d’organisation du travail et des rapports entre les experts scientifiques et le travail, l’auteur présente les innovations du travail qui modifient le rapport entre la sécurité, la santé et le travail.

Occupational health and safety: new relationships in the light of changes in the 1990s

Based on transformations in the workplace arising from technological change, preventive techniques integrated in management systems, new forms of work organization, and the approaches of scientific experts to the occupational field, the author presents work innovations which are creating new relationships between health, safety and the workplace.

 

Nouvelles formes du travail et mobilisation des compétences

 

Paul-André Lapointe

Trois figures du travail ouvrier dans les alumineries du Québec

Résumé / AbstractArticle complet

Sur la base d’une enquête approfondie réalisée dans les alumineries du Québec, l’auteur présente trois portraits d’ouvriers d’usines différentes. Il décrit les usines, les technologies qui y sont mises en oeuvre, puis les travailleurs : travail, perceptions, préoccupations et revendications. Ces portraits révèlent que l’évolution du travail ouvrier ne suit pas une trajectoire unique, même dans un contexte technologique similaire, voire identique. En effet, les choix de gestion et d’organisation effectués par chaque entreprise conduisent à des formes diverses de travail ouvrier et d’organisation du travail ouvrier.

Three workers in Quebec aluminium plants

Employing an in-depth study carried out in Quebec aluminum plants, the author provides portraits of three workers from different factories. He describes the plants, the technology implemented and the workers: their tasks, perceptions, concerns and demands. The portraits demonstrate that there is no one particular path for the evolution of work, even within a similar or indeed identical technological framework. Each firm’s organizational and management choices in fact lead to different forms of labour and work organization.

Juan José Castillo

Design organisationnel, formation et participation des travailleurs dans une usine de moteurs en Espagne

Résumé / AbstractArticle complet

Partant de l’idée de plus en plus admise que les technologies nouvelles peuvent se combiner avec différents modes d’organisation du travail, l’auteur présente les résultats d’une recherche sur les transformations du design du travail et des qualifications dans une usine de fabrication de moteurs en Espagne. Il analyse la place prise par la fonction « entretien » et les répercussions de ce changement, qui a mené à la réorganisation de l’entreprise autour des « groupes de projet » et des « cercles de qualité ». Il fait ressortir les contradictions que vit l’entreprise, entre une gestion de la main-d’oeuvre de type traditionnel (centralisée et rigide) et la nécessité de plus en plus forte de décentraliser cette gestion et d’utiliser les compétences des ouvriers avec flexibilité.

Work organization, training and worker involvement in a motor factory in Spain

Starting with the increasingly accepted notion that new technologies can be combined with a variety of work organization approaches, the author presents the results of research on changing work organization and qualifications in a motor-manufacturing plant in Spain. He examines the new status of the « maintenance » function and the impact of this change, which led to the firm’s reorganization around « project groups » and « quality circles. » He brings out the contradictions experienced by the firm, between traditional (centralized and inflexible) staff management and the increasing necessity to decentralize management and make versatile use of workers’ skills.

 

II. Transformations du travail et de ses approches


 

Processus sociaux et structuration du travail

 

Margaret Maruani

Les temps modernes de la discrimination

Résumé / AbstractArticle complet

S’appuyant sur des résultats d’enquête et sur des sources statistiques, cet article tente de situer la place des femmes sur le marché du travail à partir de deux interrogations : qu’est-ce qui, depuis trente ans, a fait s’envoler les taux d’activité féminine ? Qu’est-ce qui, aujourd’hui encore, fait tourner la discrimination ? Au coeur de ces interrogations, trois thèmes sont évoqués : la féminisation de la population active, la construction sociale de la déqualification féminine, la constitution de formes d’emploi discriminantes.

Discrimination in the modern era

Employing survey results and statistical sources, this article attempts to determine women’s status on the labour market by asking two questions: what has led to the sharp rise in the level of female activity over the past thirty years? And why is discrimination still occurring today? Three themes emerge from these questions: increased female involvement in the active workforce, the social bases of women’s deskilling, and the origins of discriminatory job types.

Céline Saint-Pierre et Monique De Sève

La division sexuelle du travail : un jeu de miroirs

Résumé / AbstractArticle complet

Les auteures examinent la pertinence de la problématique des rapports de sexe pour cerner la division sociale du travail dans les sociétés industrielles et pour évaluer, à l’aide de données d’enquête, l’investissement des femmes et des hommes dans l’orientation de leurs trajectoires professionnelles et familiales. Si les choses bougent du côté de la présence des femmes sur le marché du travail, celle-ci nécessite toujours des compromis du côté de la vie familiale. Compromis dont la nature s’est encore peu modifiée mais qui laissent apparaître une implication plus forte des hommes dans leur aménagement et la gestion de leurs retombées.

The sexual division of work: a game of mirrors

The authors examine the relevancy of the issues involved in sexual relationships to examine the question of the social division of work in industrial societies, and to assess, through the use of survey data, roles played by women and men in the evolution of their professional and family lives. If things are changing in terms of women’s presence on the labour market, this is still necessitating compromises in the area of family life. The nature of these compromises has as yet changed little, but there seems to be greater involvement on the part of men in how such compromises are organized and their consequences managed.

Sabine Erbès-Seguin

La centralité de la catégorie travail

Résumé / AbstractArticle complet

Le travail a longtemps été considéré comme l’expérience sociale centrale, et cette position semble aujourd’hui contestée. Mais est-ce bien le travail lui-même qui est mis en question, ou plutôt les définitions qui en sont données et les modes d’analyse de la relation de travail ? Une première série de difficultés conceptuelles vient du fait qu’on ne peut tenir pour acquises les définitions ni de l’entreprise, ni du contrat de travail. D’autre part, d’autres logiques sociales, ne découlant pas du salariat, sont à l’oeuvre dans la relation de travail et conjointement avec elle, en particulier le patriarcat et le pouvoir politique.

Le travail a longtemps été considéré comme l’expérience sociale centrale, et cette position semble aujourd’hui contestée. Mais est-ce bien le travail lui-même qui est mis en question, ou plutôt les définitions qui en sont données et les modes d’analyse de la relation de travail ? Une première série de difficultés conceptuelles vient du fait qu’on ne peut tenir pour acquises les définitions ni de l’entreprise, ni du contrat de travail. D’autre part, d’autres logiques sociales, ne découlant pas du salariat, sont à l’oeuvre dans la relation de travail et conjointement avec elle, en particulier le patriarcat et le pouvoir politique.

Work has long been viewed as the central social experience, and this status presently appears to be under debate. But is it really work itself which is being questioned, or rather the definitions accorded to it and the methods of analyzing work relationships? The first set of conceptual difficulties arises from the fact that the definitions of neither the organization nor the work contract can be taken for granted. Moreover, other forms of social reasoning, not ensuing from the employment issue, are at play in and simultaneously with the work relationship, particularly patriarchy and political power.

Dan Glenday

Culture et structuration des opinions politiques des travailleurs du papier

Résumé / AbstractArticle complet

Cette étude porte sur deux usines de pâtes et papiers situées, l’une en Ontario, l’autre au Québec, dans des villes de taille et de composition sociale comparables. L’usine ontarienne a été entièrement modernisée au début de la décennie. L’examen du processus de production et des tâches accomplies par les ouvriers des deux usines montre que les nouvelles technologies ont révolutionné le travail des ouvriers de la production ontariens, dont les fonctions diffèrent désormais de celles de leurs camarades du Québec; cependant, le travail des ouvriers affectés aux machines demeure le même dans les deux usines. L’auteur s’intéresse aux effets des changements technologiques sur la culture politique; il visait aussi à éclairer les similitudes et les différences d’opinions politiques entre Canadiens anglais et Québécois. Son enquête montre que la « classe sociale » ne peut à elle seule rendre compte des différences d’opinion entre les ouvriers enquêtés sur neuf sujets politiques importants.

Culture and structuring of political views of paper mill workers

This study focusses on two pulp and paper mills, one in Ontario and one in Quebec, located in cities of comparable size and social make-up. The Ontario mill was completely modernized at the beginning of the decade. An analysis of production methodologies and work tasks performed by workers in the two mills shows that the new technologies have revolutionized the workplace for the Ontario production workers, whose roles were henceforth changed from those of their fellow workers in Quebec; the papermachine workers’ tasks, however, remained the same in the two mills. The author examines the effects of technological change on the political culture, attempting in particular to illuminate similarities and differences in political attitudes between English Canadians and Québécois. His study demonstrates that « social class » is not the only factor accounting for workers’ attitudinal differences with respect to nine major political topics.

 

Régulation et codification du travail

 

Jean-Daniel Reynaud

La régulation sociale

Résumé / AbstractArticle complet

Sur le modèle d’une organisation, un système social peut être considéré comme un jeu de coopération défini par des règles spécifiques. Sur le modèle des relations de travail, les règles du jeu peuvent être considérées comme reposant à la fois sur la contrainte et sur le consentement, et comme le produit de deux sources de régulation — régulation autonome et régulation de contrôle — dont la rencontre a la forme d’une quasi-négociation et aboutit à une régulation conjointe, compromis toujours révisable plutôt que consensus définitif. L’institutionnalisation des règles et la création d’un tiers-garant changent la nature de la négociation, mais ne suppriment pas celle-ci.

Social control

In an organizational model, a social system may be viewed as a game of cooperation, defined by specific rules. In a work relationship model, the rules of the game can be seen as based on both constraint and consent, and as the product of two regulatory sources self-regulation and externally controlled regulation, that come together in the form of a quasi-negotiation, and lead to a joint form of control, which is a continually revisable compromise rather than a definitive consensus. Institutionalization of the rules and creation of third-party arbitration modify the nature of such negotiation, without, however, eliminating it.

Gilbert de Terssac

Travail et régulations sociales

Résumé / AbstractArticle complet

À partir de nos recherches dans les industries à hauts risques, cet article analyse les modes de combinaison des actions individuelles qui conduisent à l’obtention d’une certaine efficacité dans la production et étudie la formation du système de règles auquel obéissent les combinaisons qui se créent. L’hypothèse générale est que l’efficacité de l’entreprise dépend de sa capacité de mobiliser et de combiner les ressources individuelles, donc de sa capacité de reconstituer le système social de façon que cet acteur collectif soit porteur d’effets économiques, mais aussi d’effets avantageux pour chacune des parties en présence. L’analyse des régulations sociales, c’est-à-dire des confrontations et des compromis entre exécutants mais aussi avec l’encadrement, sert à vérifier cette hypothèse.

Work and social controls

Based on research in high-risk industries, this article examines how individual actions are combined to achieve a certain level of production efficiency, as well as how the system of rules governing the ensuing combinations is formed. The overall hypothesis is that the organization’s effectiveness depends on its ability to mobilize and combine individual resources, and thus on its ability to reconstruct the social system in order for this collective agent to produce economic consequences, and also consequences beneficial to all parties involved. The analysis of social controls, that is, confrontations and compromises between the operators, as well as with management, is employed to test this hypothesis.

Anni Borzeix

Quand parle le travail. Vers un nouveau domaine de recherche interdisciplinaire

Résumé / AbstractArticle complet

L’auteure montre que si on a beaucoup analysé la parole et les discours des travailleurs sur eux-mêmes, on a trop longtemps négligé leur dimension proprement langagière. Une série de mutations technologiques dans les entreprises reposant sur une part croissante d’échanges symboliques, le développement du management participatif et la croissance de la communication écrite militent en faveur de l’importance à accorder à l’analyse des échanges langagiers. Cette analyse fait appel à une approche interdisciplinaire fondée sur de nouvelles relations entre la linguistique (dans son versant science de la société) et les sciences du travail, et ouvre à de nouveaux objets de recherche.

The language of work. Towards a new field of interdisciplinary research

The author shows that while there has been a great deal of analysis on how workers talk about themselves, the strictly linguistic aspect of their speech has been neglected for too long. The series of technological changes in organizations associated with an increasing proportion of symbolic exchanges, developing participatory management and the expansion of written communication all argue for the importance of an analysis of linguistic exchange. This analysis calls for an interdisciplinary approach based on new relationships between linguistics (in its social science aspect) and the work sciences, and opens up new areas for research.

 

Le sens du travail : confrontation de lectures

 

Pierre Rolle

Mutations du travail, mutations de la sociologie ?

Résumé / AbstractArticle complet

La sociologie du travail s’est constituée en France, à la Libération, pour informer et conseiller l’action d’un État interventionniste, dont l’objectif premier était d’organiser l’industrialisation du pays sur une échelle et par des moyens nouveaux. Les principaux changements de la structure et du mode de reproduction de la population active se sont réalisés sans bouleverser le marché du travail, ni opposer les anciens salariés aux nouveaux, grâce à des codifications d’emplois unifiantes et contraignantes. La mission des sociologues était alors d’éprouver l’adéquation des tâches aux situations concrètes, de mesurer leurs effets, de préparer leur évolution, et donc de penser les mouvements de la qualification et des relations professionnelles. Aujourd’hui, où l’État français ne se propose plus d’accélérer l’industrialisation du pays, où il articule avec les entreprises sa fonction d’éducateur, où la classe des salariés se reproduit surtout à partir d’elle-même, reste-t-il un objet propre au sociologue ?

Changes in the workplace, changes in sociology?

In France, the sociology of work was created, with the Liberation, to inform and advise the actions of an interventionist state, whose primary objective was to organize the country’s industrialization on a new scale, based on new approaches. The principal transformations in the active workforce’s structure and reproduction methods were accomplished without disrupting the labour market, or creating confrontations between former and new salaried workers, due to unifying and restrictive job classifications. The sociologists’ role was then to test the appropriateness of tasks in concrete situations, measure their effects and prepare their evolution, and thus anticipate the changes in professional qualifications and relationships.

Alain Chouraqui

La coopération syndicats-centres de recherche : mieux comprendre et maîtriser les mutations

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La période actuelle de changements techniques, économiques et sociaux impose à tous ceux qui sont engagés dans l’action un effort de compréhension et de maîtrise des mutations. La recherche a de son côté besoin de mieux observer et analyser l’évolution rapide de certaines réalités de terrain. La coopération syndicats-recherche semble alors de plus en plus utile au progrès de la connaissance. C’est pourquoi cette coopération commence à se développer dans plusieurs pays. Durables et structurées, des formes nouvelles de collaboration accompagnent aujourd’hui des formes plus connues. Le cas de la première convention de collaboration scientifique signée en France entre syndicats et recherche publique permet d’analyser les apports et les limites d’une recherche conjointe.

Cooperation between unions and research centres: to better understand and control change

The current era of technical, economic and social transformations requires the effort to understand and control such change on the part of those involved. In research, there is a need to more effectively observe and analyze the rapid evolution of certain realities. Cooperation between unions and the research sector thus appears to be increasingly useful to the growth of knowledge, which is why such cooperation is starting to occur in a number of countries. New, lasting and structured forms of collaboration currently coexist with more well-known methods. The first case of a scientific collaboration agreement signed in France between unions and government research makes it possible to analyze the contributions and limitations of joint research.

Pierre Desmarez

Les comparaisons internationales

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Nombreuses sont les recherches qui, dans le domaine du travail, recourent à la comparaison internationale. Elles sont un apport indéniable à la connaissance des formes que peuvent prendre les activités de travail, en montrant notamment la relativité de régularités qui peuvent sembler « naturelles » quand on se limite au cadre d’un pays. L’auteur expose ces apports mais aussi les limites et les difficultés de la méthode, en s’efforçant de faire apparaître l’enjeu qu’elle représente pour les ambitions explicatives de la sociologie. Allant de l’entreprise à l’analyse sociétale, tout en soulignant l’importance des institutions intermédiaires (comme les branches d’activité) pour la compréhension des différences et des similitudes entre les nations, il élargit la problématique par des exemples empruntés à des recherches récentes. Enfin, remettant en question le statut privilégié accordé à la « nation » par les comparaisons internationales, il essaie de poser les principes de base d’une perspective qui dépasserait les limites des comparaisons classiques.

International comparisons

A great deal of research in the area of work employs international comparisons. Such comparisons make an undeniable contribution to knowledge on the various forms work activities can assume, especially by demonstrating the relative nature of regularities which may appear « natural » within the context of a particular country. The author examines these contributions as well as the limits and difficulties of this method, endeavouring to represent the issues involved in terms of sociology’s explanatory objectives. Moving from the organization to a social analysis, while stressing the importance of intermediary institutions (such as activity sectors) in understanding differences and similarities between nations, he expands the nature of the topic through examples derived from recent studies. Finally, in questioning the privileged status international comparisons accord to the « nation, » he attempts to formulate the basic principles for a viewpoint which goes beyond the boundaries of traditional comparisons.

Danièle Linhart

Une fumée sans feu

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À la demande des responsables de ce numéro, l’auteure prend comme point de départ de sa réflexion les analyses présentées dans les articles qui précèdent. Elle se demande s’il est juste de parler de modifications radicales du travail industriel et de la transformation parallèle des objets de recherche de la sociologie du travail. Elle constate que si les chercheurs se passionnent de plus en plus pour l’étude des changements dans l’entreprise, ils délaissent peu à peu les études sur le travail, où les choses évoluent fort peu. Elle montre combien il est réducteur de considérer la sociologie du travail comme une discipline accompagnatrice de la période taylorienne. C’est ce qu’auraient fait à tort bon nombre de sociologues du travail, dont la portée de l’analyse critique se trouverait ainsi affaiblie.

Smoke but no fire

At the request of the editors of this issue, the author based her reflection on the analyses presented in the preceding articles. She questions whether it is appropriate to speak of radical changes in industrial work and the parallel transformation of areas of study in the sociology of work. She notes that if researchers are becoming increasingly fascinated with the study of organizational change, they are gradually abandoning studies on work itself, where there is very little evolution. She shows how it is reductionist to view the sociology of work as a complementary discipline to the Taylorist era. That a fair number of sociologists in this area have apparently erroneously done so has effectively lessened the scope of their critical analysis.

 

Des auteurs nous parlent de leurs livres sur le travail


Colette Bernier, avec la collaboration de Catherine Teiger, Le Travail en mutation. Nouvelles technologies, qualification et formation dans les emplois du secteur tertiaire au Québec. Montréal, Éditions Saint-Martin, 1990, 168 pages

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Pierre Bouvier, Le Travail au quotidien, une démarche socio-anthropologique. Paris, PUF, 1989, collection « Sociologie d’aujourd’hui », 190 pages

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Jean-Pierre Durand, Joyce Durand-Sebag, Jean Lojkine et Christian Mahieu, L’Enjeu informatique : former pour changer l’entreprise. Paris, Méridiens-Klincksieck, 1986

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Guy Groux et René Mouriaux, La CFDT. Paris, Economica, 1989, 317 pages

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Yvette Lucas, Christophe Beslay et Jérôme Dihouantessa, Le Vol du savoir. Techniciens de l’aéronautique et évolution des technologies. Lille, Presses universitaires de Lille, 1989, 255 pages

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Diane-Gabrielle Tremblay, Économie du travail. Les réalités et les approches théoriques. Montréal, Éditions Saint-Martin et Télé-université, 1990, 544 pages

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Diane-Gabrielle Tremblay, L’Emploi en devenir. Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, collection « Diagnostic », 1990, 120 pages

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