Des recompositions du social éclaté

Sous la direction de Claude Martin et Gilbert Renaud

Ce numéro de la Revue internationale d’action communautaire est le fruit d’un lent processus de collaboration amorcé il y a un peu plus d’un an entre deux équipes de recherche, en vue de l’organisation d’un séminaire international sur le thème de « l’éclatement du social ». (…)

 

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TABLE DES MATIÈRES

 

Claude Martin et Gilbert Renaud

Présentation du numéro

Article complet

 

I. Du social en question : fragmentation et reconstruction


Gilbert Renaud

Éclatement du social et multidimensionnalité de l’être-ensemble

Résumé / AbstractArticle complet

Établissant d’abord que l’éclatement du social doit être saisi comme une notion et non comme un concept, cet article analyse la recomposition du social en cours, la plaçant sous la figure d’un Prométhée toujours actif qui achève la structuration technocratique du social. Par ailleurs, ce processus finit d’accomplir la saturation qui amène le social à un éclatement par implosion. La forme technocratique s’emballe et Prométhée s’épuise à la tâche. Cet épuisement permet cependant à Dionysos de faire sentir davantage sa présence sur la scène sociale, donnant ainsi lieu à un éclatement du social par explosion.

Break-up of the Social and Multidimensionality of the Being-Together

Establishing as a first step that the break-up of the social has to be understood as a notion and not as a concept, this article analyses the current reconstruction of the social, putting it under the figure of an always active Prometheus who achieves the technocratic structuring of the social. Moreover, this process completes the saturation that brings the social to a point of break-up by implosion. The technocratic shape gets carried away and Prometheus gets exhausted by the task. This exhaustion allows, however, Dionysos to make his presence felt more on the social scene, provoking thus a break-up of the social by explosion.

Didier Le Gall et Marc-Henry Soulet

Le social comme champ virtuel

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La problématique de l’éclatement du social, en posant l’unité comme paradigme, participe d’un effet d’institution qui appelle à la (re)construction du social. Reste à saisir à quoi ce mouvement peut aboutir. Les auteurs, après s’être efforcés de montrer les apories d’une appréhension du social comme objet clos et circonscrit, proposent un déplacement de la perspective. À leurs yeux, le social doit être saisi comme un champ, c’est-à-dire comme un espace d’articulation de logiques plurielles. La forme dans laquelle se condense cette articulation à un moment donné n’est que conjoncturelle et provisoire; elle traduit la nature profonde du social : un réceptacle d’attentions momentanées et d’interrogations diverses émanant de logiques irréductibles et résultant de dynamiques historiques sédimentées, qui néanmoins s’assemblent par des pontages toujours incertains et improbables pour donner matérialité et sens à une préoccupation collective et donc à un enjeu social.

The Social as a Virtual Field

The problematics of the break-up of the social, stating the unity as a paradigm, is part of an institution effect that requires the (re)construction of the social. Still remains to be understood towards what this movement may lead. The authors, after making an effort to reveal the rational difficulties of an apprehension of the social as a closed and limited object, propose a shifting of perspective. In their point of view, the social must be grasped as a field, that is as a linking space of plural logics. The form in which this point of articulation is condensed at a given moment is only due to circumstances and is provisional; it conveys the profound nature of the social: a receptacle of momentary attentions and of diverse questioning coming from irreductible logics and resulting from historical dynamics superposed, and yet linked by always uncertain and unlikely deckings so as to add materiality and sense to a collective concern and therefore to a social stake.

Michel Autès

Du social comme activité symbolique

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L’article est une introduction à une lecture sociologique du social comme activité symbolique, cette expression devant s’entendre dans un sens très large. L’auteur propose ensuite, à titre d’indications, cinq façons d’opérer cette lecture. Le travail social peut alors s’analyser comme un travail sur le lien social à partir des dispositifs du langage. La fin de l’article propose une interprétation du travail social comme agir communicationnel, au delà des aspects techniques et instrumentaux de son activité et des aspects stratégiques liés à son organisation.

About the Social as a Symbolic Activity

The article is an introduction to a sociological reading of the social as a symbolic activity, expression that should be understood in a very large sense. The author proposes, as an indication, five ways to carry out this reading. Social work can then be analysed as a work on the social link based on the language mechanism. The end of the article proposes an interpretation of social work as a communication action, beyond the technical and instrumental aspects of its activity and the strategical aspects of its organization.

Jean Lavoué

Reconsidérer les miettes du social

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L’éclatement du social se donnerait d’abord à lire dans la quasi-résolution de l’idéal moderne : l’autonomie du sujet. Ce n’est que secondairement qu’on le référerait encore aux fractures des groupes sociaux, voire aux aléas des processus de rationalisation recouvrant bientôt tout l’espace social. En fait, ce qui serait d’abord atteint, c’est la capacité pour l’individu, autonome mais seul, de se représenter comme sujet d’un groupe ou d’un corps social qui fasse sens pour lui-même et pour autrui. D’où l’urgence d’un travail symbolique de réinscription dans une réalité sociale signifiante auquel pourrait, entre autres, prétendre le travail social.

Reconsidering the Remnants of the Social

The break up of the social may be grasped first in the near resolution of the modern ideal: the autonomy of the subject. It is only secondarily that it could still be referred to the fractures of the social groups or even to the hazards of the rationalisation processes that will soon cover all the social space. In fact, what would be reached first is the capacity for the individual, autonomous but alone, to represent himself as the subject of a group or a social body that makes sense for himself and for others. This reveals the urgency of a symbolic work of reintegration in a signifiant social reality that could be, among others, the task of social work.

Jacques T. Godbout

Le social n’est pas un système de production

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Les sociologues n’échappent pas toujours au modèle économique dominant qui consiste à penser la société comme un système de production. Cela dit, des signes indiquent une certaine prise de distance par rapport au paradigme utilitariste. Cette rupture amène le sociologue au coeur du social, où il découvre que, loin d’éclater, le social est aussi tissé de réseaux centrés sur le don.

The Social Is Not a System of Production

The sociologists can not always get away from the dominant economic model that views the society as a production system. Thereupon, signs indicate a distance from the utilitarian paradigm. This break brings the sociologist to the heart of the social where he discovers that, far from breaking up, the social is also woven with networks based on donation.

Vincent de Gaulejac

La gestion institutionnelle des rapports sociaux

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La caractéristique principale des sociétés modernes est l’extraordinaire développement des organisations qui investissent, contrôlent, gèrent l’ensemble des registres de la vie sociale : les rapports sociaux sont essentiellement des rapports organisés, c’est-à-dire des rapports structurés par les organisations. L’auteur propose ici d’analyser les conséquences de cette recomposition. Si la société de classes liée au capitalisme industriel était une société rigide, hiérarchisée et répressive, la société duale qui se profile actuellement est éclatée, fragile et oppressive. D’un côté, elle tend à faire de l’individu son propre réfèrent en le renvoyant constamment à lui-même, à la nécessité de « s’auto-réaliser », de l’autre, elle met en place un maillage organisationnel de l’espace social pour maîtriser les conséquences de son développement.

The Institutional Management of Social Relations

The main characteristic of modern societies is the extraordinary expansion of the organizations that invest, control and manage the various registers of social life: social relations are essentially organised relations, that is relations structured by the organizations. The author proposes here to analyse the effects of this reconstruction. If the class society linked to industrial capitalism was a rigid, hierarchical and repressive society, the dual society that emerges presently is fragmented, fragile and oppressive. On the one hand, it tends to make the individual his own referent by constantly sending him back to himself, to the necessity of « self-fulfillment » and on the other hand, it sets up an organizational network of the social space in order to control the outcomes of its development.

 

II. Du social et de la sociologie : rapports et postures


Robert Castel

De l’intégration sociale à l’éclatement du social : l’émergence, l’apogée et le départ à la retraite du contrôle social

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Partant de l’idée selon laquelle l’éclatement ne prend son sens qu’au regard d’une unité antérieure, l’auteur pense que celle-ci est à rechercher dans la problématique du contrôle social. C’est donc à une étude généalogique de cette analyse unificatrice de l’appréhension du social qu’il nous invite, à l’aide d’un travail qui envisage, de manière plus complexe qu’il n’est coutume de le faire, l’émergence et le déclin de ce type particulier de montage mi-théorique mi-politique qu’a été le contrôle social. L’argument central de l’article est que l’actuel discrédit de la notion n’est pas à interpréter seulement à partir de l’affaissement d’une idéologie politique contestataire, mais d’abord comme symptôme d’une crise plus générale qui touche aujourd’hui tous les secteurs où l’État intervient sur la société, à partir de la mise en cause de la problématique de l’intégration qui a fondé notre conception du social.

From Social Integration to the Break-Up of the Social: The Emergence, the Peak and the Retirement of the Social Control

Starting from the idea that the break-up of the social only makes sense compared to a previous unity, the author thinks that this unity should be searched in the problematics of the social control. He invites us then to a genealogical study of such a unifying analysis of the apprehension of the social, helped by an approach that considers, in a more complex way than usual, the emergence and the decline of this particular type of half-theoric, half-political arrangement that social control has been. The main argument of the article is that the discredit of the notion should be interpreted not only as the sinking of an antiestablishment political ideology, but first as a symptom of a more general crisis that affects today all the sectors of society where the State intervenes on the basis of a questioning of the problematics of integration on which our conception of social was founded.

Claude Martin et Jean-Noël Chopart

Derrière l’éclatement : la permanence de la question sociale

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Cet article se propose d’analyser les conditions scientifiques et sociales de constitution d’un champ de recherches spécialisées sur les questions sociales en France. Après avoir exploré la signification que l’on peut accorder à la spécialisation au sein d’une discipline, les auteurs s’accordent un détour par l’histoire des sciences sociales pour montrer, d’une part, que la question sociale est au principe même de la constitution des sciences sociales, et, de l’autre, que les oppositions entre écoles de pensée, les querelles de méthodes, masquent, plutôt qu’elles n’expriment, le rapport constant de ces sciences à la demande sociale. Ce constat, tiré de l’histoire de la discipline, permet de lever les soupçons d’illégitimité qui marquent trop souvent les recherches consacrées aux questions sociales.

La question de la spécificité du champ s’épuise pour faire place à celle de la contribution des sciences sociales à une lecture de l’évolution de la société contemporaine. Un tel champ de recherche sur les questions sociales ne peut donc être réduit à l’étude des technologies de l’intervention. Systèmes de régulation et de normativité visant la conservation ou la restauration du lien social semblent en définitive être les objets à construire pour ce champ.

Behind the Break-Up: The Permanency of the Social Question

This article proposes to analyse the scientific and social conditions that make up a research field specialized in social questions in France. After examining the meaning that we could attach to specialization inside a discipline, the authors take a detour by the social sciences history in order to show, on the one hand, that the social question lays at the very heart of the making up of the social sciences and, on the other hand, that the oppositions between schools of thought, the method’s quarrels, mask rather than express the constant relation between these sciences and the social demand. This acknowledgement, taken from the discipline’s history, allows to remove all suspicions of illegitimacy that mark too often the research on social questions.

The question of the specificity of the field becomes exhausted to give way to that of the contribution of the social sciences to a reading of the evolution of contemporary society. Such a research field on social questions can not thus be reduced to the study of intervention technologies. Regulation and normativity systems aimed at maintaining or restoring the social link seem to be in fact the objects to construct in this field.

Jacques Ion

Social, société et sociologie

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L’article entend indiquer, d’abord, combien l’objectivation d’une représentation de la société est indissociable des « problèmes sociaux » au sens restreint que se pose cette société; et, simultanément, comment la constitution d’une discipline savante, la sociologie, est tout autant inséparable, malgré ses dénégations, des travaux empiriques effectués dans la tradition des « enquêtes sociales ». À partir de ces prémisses est proposée une rapide analyse de la sociologie spécialisée du social, qui aboutit à réfuter l’idée de crise à propos de cette sous-discipline.

Social, Society and Sociology

This article means to show first how much the objectivization of a representation of the society is indissociable of the « social problems », in a restricted sense, that face that society; and, simultaneously, how the constitution of a learned discipline, Sociology, is all the same inseparable, despite its denials, from the empirical works carried out in the tradition of the « social surveys ». Based on these premises, a short analysis is proposed of the specialized sociology of the social that ends up in refuting the idea of a crisis in that sub-discipline.

Didier Renard

À la recherche du social perdu, ou le maniérisme du déclin

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Il y a crise du social en ce sens que les modalités de financement du secteur sont obsolètes et que leur inévitable transformation est douloureuse, ou encore dans le sens que l’appauvrissement général de la société retentit plus visiblement sur la situation de ceux qui y étaient déjà le plus mal intégrés. Mais ces changements n’ont rien que de normal. Quant aux savoirs, aucune frontière naturelle ne sépare leurs aspects institutionnels de leurs aspects intellectuels. Le sentiment de leur éparpillement va de pair avec le morcellement des institutions qui les symbolisent. Mais cet émiettement a toujours existé et l’on peut émettre quelques craintes vis-à-vis de l’idéal du paradigme unificateur. La domination intellectuelle d’une idée s’accompagne trop souvent de la domination institutionnelle de ceux qui la soutiennent pour qu’on puisse appeler de telles situations de ses voeux. Alors de quelle crise des savoirs parle-t-on ? Les sciences sociales n’ont-elles pas toujours connu cet éclatement ? Cette prétendue crise pourrait plutôt participer du continuel mouvement des idées, sans qu’il faille y voir aucune rupture qualitative. Peut-être même la tendance est-elle à plus d’unité qu’il n’y en eut jamais.

In Search of a Lost Social, or the Mannerism of the Decline

There is a crisis of the social in the sense that the modes of financing of the sector are obsolete and that their inevitable transformation is painful, and also in the sense that the society’s general empoverishment affects more visibly the situation of those that were already the most badly integrated. But these changes are only normal. As for the knowledge, no natural frontier separates their institutional aspects from their intellectual aspects. The feeling that they are scattering goes hand in hand with the splitting up of the institutions that symbolize them. But this dispersion has always existed, and also we could point to some fear about the ideal of a unifying paradigm. Because the intellectual domination of an idea is often accompanied by the intellectual domination of those that support it, we can not wish for such a situation. So which crisis of knowledge are we talking about? Have not the social sciences gone through that break-up yet? That so-called crisis could rather partake of the continuous evolution of ideas, and involve no qualitative break. Maybe the trend is to even more unity than was ever the case.

Alain Médam

Saisir ce qui saisit

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À l’instar des sciences de la nature, la quête d’une transcendance explicative occupa longtemps les sciences de l’homme et de la société. Le réel se voyait ainsi figé, mis en forme et en grille. Mais nous n’en sommes plus là : nous sommes dans le bain social! Or l’objet ici n’est pas neutre et il se rappelle au souvenir des constructions surplombantes. De sorte que ce qui change peut-être, ce n’est pas tant le social — en substance — que notre rapport problématique au social, et son rapport à nous. L’approche en quelque sorte compte tout autant que l’objet. Et à la différence de l’explication surplombante, l’implication semble constituer la voie du dépassement de ce qui nous dépasse et elle ouvre la voie d’un renouvellement du sens même du geste investigateur.

To Grasp What Grips

Following the example of the natural sciences, the search of an explanatory transcendence has for a long time occupied the sciences of man and of society. The reality was thus set rigidly, formalized and placed in a grid. But we are not there any longer: we are in the social boat! But the object here is not neutral and it questions some dominating constructions. In such a manner that what maybe changes is not so much the social—in substance—as our problematic link with the social and its relation to us. In a way the approach counts as much as the object. And unlike dominating explanations, implication seems to take us beyond all that surpasses us and it opens the way of a renewal of the very meaning of the investigative act.

Claude Javeau

La pratique sociologique entre les illusions de la méthode et les mirages de la technique

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Les sciences sociales ont repoussé « la condition humaine » hors de leur champ de compétence. Seules ont fini par compter des « déterminations » élaborées sur le mode de causalités « démontrées » selon des manipulations mathématiques. Cette façon de faire empruntée aux sciences de la nature a vite recherché à ces démonstrations des applications « pratiques », au bénéfice, pour faire bref, de diverses modalités de contrôle social. Aux sciences sociales est désormais dévolue une finalité technique, à savoir « résoudre les problèmes sociaux ». Cela signifie gérer et contrôler divers espaces sociaux de manière rationnelle, ou qui se veut telle. Ce qui fait problème, à notre époque, c’est la réduction de ces sciences au simple rang de recettes de consolidation, de replâtrage ou de réforme ponctuelle de l’ordre social existant.

The Sociological Practice between the Illusions of the Method and the Mirages of the Technique

The social sciences have pushed « the human condition » away from their field of competence. Only the « determinationse » laborated according to a « demonstrated » causality mode with the help of mathematical manipulations end up being of relevance. This way of doing borrowed from the natural sciences has soon found for these demonstrations « practical » applications for the benefit, in short, of diverse modalities of social control. Since then, a technical purpose has been given to social sciences, that is « to solve the social problems. » This means to manage and control different social realities in a rational manner, or that claims itself as such. What represents a problem at our time is the reduction of these sciences to the rank of recipes of strenghtening, patching-up or selective reform, of the existing social order.

 

III. Du social géré : la recomposition politique


Frédéric Lesemann

Éclatement ou recomposition du social ? Quelques réflexions à partir de la situation du Québec et d’ailleurs…

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S’accommodant mal de l’idée d’un « éclatement du social », l’auteur cherche à reconstituer la genèse québécoise de la vision d’une crise de l’État providence. Après avoir interrogé cette perspective, l’article s’oriente vers l’analyse des transformations qui marquent le secteur social pour mettre en évidence la recomposition en train de s’y opérer. Cette recomposition émerge notamment de la prolifération de groupes communautaires qui posent la question de l’articulation entre des pratiques sociales autonomes et les services étatiques. C’est ainsi que le social se recomposerait à la manière de ce que plusieurs appellent le « Welfare Mix ».

Break-Up or Reconstruction of the Social? Some Questions Arising from the Situation in Quebec and Elsewhere…

Not accepting totally the idea of a « break-up of the social, » the author seeks to reconstitute the genesis of the Quebecer vision of a crisis of the Welfare State. After addressing that perspective, the article turns towards the analysis of the transformations that influence the social sector in order to bring to the fore the reconstruction that is going on. This reconstruction arises particularly from the proliferation of community groups that address the question of the linking between autonomous social practices and state services. The social would in this way be reconstructing itself, in a manner that some call the Welfare Mix. »

Pierre Valarié

La décentralisation du social ou le social « négocié »

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La décentralisation se donne en France, dans le discours de ceux qui l’ont décidée et la mettent en oeuvre, comme une opération de sauvetage des solidarités de proximité que trente années d’hyper-centralisme sous la Cinquième République avaient brisées. Afin d’éviter l’éclatement — voire la mort — du social, le politique se « met dans tous ses états » pour réintroduire des enjeux dans un social devenu trop fonctionnel. Force est de constater que cette réponse partielle à la crise du social porte en elle les germes de cette crise et qu’elle en implique la reproduction. Ainsi posé, l’éclatement du social et les différentes crises qui sont à son origine, crise de l’État, crise des savoirs, apparaissent comme des nécessités absolues à un nouveau mode de production du « social » basé sur la négociation et le « marché ».

The Decentralization of the Social or the « Negotiated » Social

The decentralization appears in France in the words of those that have decided and implement it as a rescue operation of the closeness solidarities that thirty years of hyper-centralism under the Fifth Republic had destroyed. In order to avoid a break-up—or perhaps the death—of the social, the political sphere « got all worked up » so as to reintroduce some stakes in a social that had become too functional. We are thus compelled to notice that this partial answer to the crisis of the social bears within itself the seeds of this crisis and it implies its reproduction. Thus stated, the break-up of the social and the different crises that are at its origin—crisis of the state, crisis of the knowledge—appear as absolute necessities for a new mode of production of the « social » based on negotiation and the « market. »

Jacques T. Godbout

Des grandes solutions pour des petits problèmes… À propos de la décentralisation

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À première vue, le rapport de la commission Rochon représente une rupture importante par rapport à l’approche centralisatrice qui prévaut dans le réseau public des affaires sociales. Mais ce constat ne résiste pas à l’analyse et l’on peut se demander si la Commission n’a pas opté pour le maintien du statut actuel, plutôt que pour une décentralisation politique polymorphe prenant appui sur un dynamisme réel mais variable selon les régions et se rapprochant davantage de la démocratie représentative. Cette dernière approche ne suppose pourtant aucune modification structurelle uniforme et radicale du système actuel, mais elle correspond néanmoins à ce que chaque milieu, chaque région, souhaite et se sent capable d’assumer.

Big Solutions for Small Problems… About the Decentralization

At first sight, the Rochon Commission report represents an important break in relation to the centralizing approach that prevails in the public network of social affairs. But this finding does not stand up to analysis and we are allowed to ask ourselves if the Commission has not opted for the uphold of the current status, rather than for a polymorphous political decentralization resting on a real dynamism but varying from region to region and coming closer to representative democracy. The latter approach does not imply any uniform and radical structural modification of the system, but it fits with what every milieu, every region, wishes for and feels capable to take on.

Paul R. Bélanger

Santé et services sociaux au Québec : un système en otage ou en crise ? De l’analyse stratégique aux modes de régulation

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Le système de santé et de services sociaux est-il en otage, prisonnier de divers corporatismes, ou en crise, prisonnier de ses propres objectifs et formes institutionnels, et incapable de se renouveler autrement qu’en accentuant les traits qui l’ont conduit à ses propres limites ?

Conclure que le système est en otage, comme le fait la commission Rochon, découle du recours à l’analyse stratégique, qui permet de rendre compte des jeux d’influence des divers groupes sociaux mais non pas de délimiter l’aire de jeu des acteurs. Or, les grands paramètres du système socio-sanitaire québécois sont : un rapport de consommation providentialiste fondé sur la consommation individuelle et passive, articulé d’une part à une division du travail quasi tayloriste, qui privilégie un mode d’intervention biomédical, et d’autre part à des contrats de travail où les médecins sont des entrepreneurs privés autonomes alors que les salariés sont exclus de toute intervention sur la gestion mais fortement protégés par des clauses rigides de définition de postes et de sécurité d’emploi. Il n’y a pas de solutions à la crise du système hors de la prise en considération simultanée de ces paramètres.

Health and Social Services in Quebec: A System Taken Hostage or in Crisis? From Strategic Analysis to Regulation Modes

Is the health and social services system taken hostage, prisoner of diverse corporatisms, or in crisis, trapped by its own institutional goals and forms, and unable to renew itself otherwise than emphasizing the features that have conveyed it to its own limits?

To conclude that the system is taken hostage, as does the Rochon Commission, follows from the recourse to strategic analysis which allows to express the influence interplays of diverse social groups but not to delimit the scope of the actors interplay. However, the general parameters of the Quebequer socio-sanitary system are as follow: a relationship of welfare consumption based on individual and passive consumption, structured on the one hand on a nearly taylorist labour division that favours a biomedical mode of intervention and, on the other hand, on work contracts where the doctors are private autonomous entrepreneurs whereas the salaried employees are excluded from any intervention on the management but strongly protected by rigid clauses defining positions and job security. There is no solution to be found to the crisis of the system without taking into account these parameters simultaneously.

Jocelyne Lamoureux

La commission Rochon : le communautaire, encore et toujours à la marge

Résumé / AbstractArticle complet

Sous quel mode et dans quelle perspective, la commission Rochon a-t-elle traité la problématique du « communautaire » ? Afin de répondre à cette question, cet article scrute d’abord les mémoires présentés par une douzaine de groupes communautaires lors de la première phase de consultation qu’a effectuée la commission Rochon. De plus, l’article fait part des principaux constats d’une recherche menée dans le cadre des travaux commandés par la Commission, portant sur les pratiques sociales situées à la jonction des services institutionnalisés et des services et actions communautaires. Enfin, dans un deuxième temps, l’auteure analyse les principaux textes publiés par la Commission en regard de la problématique du communautaire.

The Rochon Commission: The Community Sector, Still and Always on the Fringe

Under what mode and in which perspective did the Rochon Commission deal with the problematics of the « community sector »? In order to answer this question, this article examines first the reports presented by a dozen community groups during the first consultation stage carried out by the Rochon Commission. Also, the article shows the major findings of a research conducted as a work commissioned by the Commission and dealing with the social practices standing at the junction of the institutionalized services and the community services and actions. Finally, the author analyses the major texts published by the Commission in relation to the community sector problematics.

Claude Nélisse

Les réflexions du travail : propos sur les recherches et synthèses critiques de la commission Rochon

Résumé / AbstractArticle complet

Ce texte est une invitation expresse à la lecture du Programme de recherche de la commission Rochon, qui est d’une qualité remarquable que l’on peut faire valoir en trois points. D’abord sa démarche est pleinement scientifique en ce sens qu’elle respecte l’ensemble des critères tenus pour constitutifs des sciences sociales. Ensuite son objet est neuf : les diverses formes du travail socio-sanitaire considéré en lui-même. Et finalement ses résultats sont démocratiques : ce sont des réflexions qui expriment, à leurs manières, les débats et positions à l’oeuvre dans le champ socio-sanitaire lui-même.

The Thoughts of Work: Remarks on the Researches and Critical Syntheses of the Rochon Commission

This text is a formal invitation to the reading of the « Program of Research » of the Rochon Commission that appears of an outstanding quality, from three points of view. First, the approach is fully scientific in that it respects all the criteria that constitute social sciences. Then, its object is new: the diverse forms of the socio-sanitary work considered in itself. Finally, its results are democratic: the thoughts express, in their own way, the debates and the positions at stake in the socio-sanitary field itself.

 

Débat


Présentation

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Danièle Fournier et Nancy Guberman

Quelques défis pour le mouvement des femmes au Québec

Résumé / AbstractArticle complet

Après être passé de la lutte idéologique à l’organisation de services, le mouvement des femmes fait aujourd’hui face aux limites de ces services, malgré toute leur pertinence et leur richesse. Confronté à différentes attaques à l’heure où les problèmes des femmes ne manquent pas, le mouvement doit régénérer ses perspectives analytiques afin d’assurer un nouveau tremplin aux luttes à mener.

Some Challenges for the Women’s Movement in Quebec

After passing from ideological struggle to the organization of services, the women’s movement faces today the limits of these services, in spite of all the relevance and the richness they conceal. Confronted to different attacks at a time when there is no lack of problems of women, the movement must regenerate its analytical perspectives in order to ensure a new springboard for the struggles to carry on.

 

Notes de lecture


Luc Theriault

Gabriel Gagnon et Marcel Rioux, À propos d’autogestion et d’émancipation, Québec, IQRC, 1988, 190 p.

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Jocelyne Lamoureux

L. Jalbert et L. Lepage (dir.), Néo-conservatisme et restructuration de l’État, Montréal, PUQ, 1986

L. Jalbert et L. Beaudry (dir.), Les Métamorphoses de la pensée libérale : sur le néo-libéralisme actuel, Montréal, PUQ, 1987

N/A Résumé / Abstract Article complet