Éducation populaire, culture et pouvoir

La forte demande d’éducation et de formation permanentes qui s’est manifestée au cours des dernières années, en particulier à la suite de la promulgation de lois qui dans plusieurs pays l’ont directement favorisée, a été accompagnée d’une tendance à une institutionnalisation croissante de ce type d’éducation. (…)

 

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TABLE DES MATIÈRES

 

Le comité de rédaction

Présentation du numéro

Article complet

 

Éducation populaire, culture et pouvoir


 

Belgique

Section préparée par Gentile Manni et Anne-Marie Thirion

 

La politique culturelle de la Communauté française en Belgique (Table-ronde)

Résumé / AbstractArticle complet

Une table-ronde à laquelle ont participé des représentants du Ministère de la Culture, d’organismes privés et de groupes militants s’est réunie récemment en Belgique pour examiner les modifications récentes de la législation en matière d’Éducation permanente.

Les débats permettent de dégager les diverses caractéristiques les politiques étatiques, en particulier en ce qui concerne le système dit des « conventions ». Il s’agit de contrats à durée limitée mais renouvelables que le Ministère passe avec des groupes dans le but de permettre à des initiatives du domaine de l’action culturelle de se développer sans trop de contraintes institutionnelles.

Parmi les enjeux de la politique culturelle, les participants s’interrogent sur la possible rencontre entre deux conceptions de l’action culturelle : la première liée aux luttes syndicales avec une base ouvrière, l’autre plus autogestionnaire, soutenue par les intellectuels. Interrogation également sur l’imposition administrative d’un pluralisme politique et religieux qui met en cause l’autonomie des groupes. Interrogation enfin sur l’utilisation possible des « conventions » comme stratégies de changement social et culturel.

The cultural Policy of the Francophone Community in Belgium (Round Table Discussion)

A round-table discussion involving representatives from the Department of Culture, private organizations and grass-root groups was held recently in Belgium to examine the recent changes in the Continuing Education legislation.

The discussions centered around the various caracteristics of State policy, particularly concerning the so-called « contract system ». Short-term, renewable contracts are offered by the government to groups in order to encourage various cultural initiatives in a setting relatively free from bureaucratic constraints.

Among the stakes involved in the cultural policy is the question as to whether it is possible to marry two different philosophies of cultural action: one being closely linked to trade-union action amongst workers; the other self-management oriented and more broadly supported by intellectuals. Administrative regulations requiring a political and religious pluralism in all groups was also considerably discussed in the light of the danger that this could compromise the independence of the groups involved. The last major point of discussion centered around the possibility of using these government contracts as a part of a strategy for social change.

Jac de Bruyn

Naissance d’un mouvement de base en Flandre

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Les origines des Wereldscholen (Écoles mondiales) remontent à la décision de groupes de militants du mouvement ouvrier, du mouvement étudiant et du mouvement Tiers-monde, à la fin des années ’60, de partager leurs expériences et de rechercher les possibilités de susciter une nouvelle conscience critique.

Wereldscholen a débuté comme une alternative d’école. Des groupes sont constitués qui se réunissent régulièrement dans des cycles de formation. Il s’agit d’un travail de conscientisation à partir des problèmes concrets de l’environnement, de l’école, des immigrés, des vieillards, des jeunes, de la reconversion économique, de l’exploitation du Tiers-monde.

Le mouvement se définit comme mouvement politique. Il est doté d’un journal et organise de nombreuses sessions de formation.

The Birth of a grass-roots movement in Flanders

The origins of the Wereldscholen (World Schools) go back to the late sixties when a group of trade-union members, students and people involved in Third-World issues, decided to share their experiences and to develop a new critical consciousness.

Wereldscholen started as an alternative school. Concientization programmes were offered to groups on a regular basis on such subjects as the environment, the school system, immigration, old people, young people, alternative economics and Third-World issues.

The movement recognizes the political nature of its work and now publishes a newspaper as well as offering different kinds of educational programmes.

F. Tilman

Le Grain : groupe de recherche et d’action pédagogiques

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Le Grain regroupe des praticiens de l’action éducative en recherche d’une pratique pédagogique progressiste. Le groupe cherche à accorder priorité à l’éducation populaire, à mettre au point progressivement une pédagogie de libération des groupes dominés caractérisée par un va et vient constant entre l’action et la réflexion, à promouvoir une orientation politique autogestionnaire posant le problème du pouvoir à petite et à grande échelle.

L’article illustre et concrétise ces diverses orientations.

« The Seed »: A Pedagogical Research and Action Group

« The Seed » is a group of educators seeking to develop progressive pedagogical practices. The goals of the group are: to accord a priority to popular education; to develop a pedagogy of liberation that can integrate action and reflexion; to promote a self-management political orientation that questions power on the small and large scale.

The article gives examples of these orientations.

Emilia Jimenez Martinez

Possibilités de conscientisation à partir d’un cours de couture

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Un groupe de femmes immigrées turques et marocaines a été constitué dans un quartier populaire défavorisé de Bruxelles en vue de fournir à ces femmes l’occasion d’une réflexion et d’une action à partir de leurs problèmes et de leurs besoins. C’est autour d’un cours de couture que ces femmes se sont rassemblées, seul moyen de sortir de chez elles, de rencontrer un groupe sans pour autant provoquer dès le début une rupture brutale avec le milieu de vie et les coutumes habituels.

L’article décrit le cheminement du groupe, les prises de conscience aussi bien des participantes que de l’animatrice et les résultats obtenus.

Conscientization Possibilities Offered by a Sewing Course

A group of turkish and marocain women living in a low-income neighbourhood in Bruxelles was set up with the goal of providing these women with the opportunity to reflect and act on their own problems and needs. A sewing course was offered as a « legitimate » means for these women to leave their homes and to meet other women, without immediately provoking a brutal rupture with their customary environment and habits.

The article describes the development of the group and the consciousness—raising that occured of the women as well as the teacher.

F. Fierens, A. Modave et G. Remion

Les pivots culturels et les soirées du Quart-monde

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Le Mouvement international « Aide à toute détresse » (ATD) travaille avec les sous-prolétaires et tente de les mobiliser contre l’exclusion qu’ils subissent. Deux types d’action, en particulier, s’inscrivent dans un processus d’éducation populaire du Quart-monde : les « pivots culturels » et les « soirées du Quart-monde ».

Dans le premier cas, il s’agit de rassembler des familles d’un même quartier à partir d’une action éducative avec leurs enfants. Ce lieu de rencontre est « culturel » dans le sens où s’y déroulent diverses activités de lecture, d’artisanat, de musique, de danse, etc. Les enfants, et à travers eux les familles, y font un double apprentissage de socialisation et de connaissances.

Dans le second cas, des sous-prolétaires se rassemblent pour lutter contre l’enfermement qu’ils subissent en faisant l’apprentissage de la prise de parole, de l’expression collective de leur dynamisme et de leur compétence. Ces interventions sont enregistrées et constituent un vaste recueil de paroles d’un peuple condamné au silence et qui, ainsi, sort peu à peu de son isolement.

« Cultural Pivots » and Fourth-World Meetings

The international movement « Aid for All Wants » works with the severely underprivileged in an attempt to overcome the social exclusion of which they are victims. Two types of action constitute an important part of the popular education programme for the Fourth World.

The first consists of bringing families of the same neighbourhood together around the issue of their children’s education. These gatherings are cultural in the sense that various activities such as oral readings, craftwork, music, dance etc… are offered. The children, and indirectly, their families are thus engaged in a double learning process of socialisation and knowledge.

The second type of activity is offered to groups of underprivileged persons fighting to overcome loneliness and isolation. By learning to express themselves in a group they are able to develop their awareness of their qualities and personal dynamism. Their discussions are tape-recorded and constitute a tangible expression of the possibility to overcome the silence and loneliness that has been their lot.

Paul Thielen et Michèle Hotat

Boutiques de science et troc de savoirs

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Depuis quelques années les sciences et les techniques sont entrées dans le champ des luttes. Tout groupe menant une action à long terme se heurte tôt ou tard aux sciences et aux techniques. Dans les domaines de la santé, de l’énergie, du rapport au corps, de la psychiatrie, de l’économie internationale, des transports, on ne peut se contenter d’évidences spontanées. Ou bien les groupes s’approprient des connaissances et des techniques ou ils deviennent rapidement inefficaces dans leurs luttes.

Mais comment accéder à ces connaissances, comment diffuser ces savoirs ? Dès lors se pose le problème des rapports entre les savoirs scientifiques et les savoirs populaires liés à des expériences et à une représentation propres de la réalité vécue par les milieux populaires. Aider à structurer, à révéler les savoirs populaires est une première étape de l’intervention. Confronter les savoirs avec le savoir scientifique concernant un même sujet en est une seconde. De là peut se dégager une articulation spécifique qui deviendra la base d’une mobilisation populaire efficace, par exemple dans le cadre de comités de défense, qu’il s’agisse de problèmes de pollution, de bruit, etc.

Les « boutiques de science » du « réseau Galilée » sont ainsi à la fois des centres de documentation et une infrastructure de formation et d’intervention.

Science Shops and Knowledge Swapping

Over the last few years, science and technology have increasingly been seen as important stakes in the struggle for change. All groups attempting long-term action have to tackle this aspect of their struggle sooner or later. Whether it be concerning health, energy, body knowledge, psychiatry, international economic relations or transportation, intuitive knowledge is not sufficient. Either the groups are able to master technical knowledge or they rapidly become ineffectual.

But how can one obtain this knowledge and how can it be shared? A key to answering this question would seem to lie in understanding the relationship between scientific knowledge and popular knowledge as it is related to particular representations of people’s daily life. To help to structure, to reveal the richness of popular knowledge is a first step. To compare and confront popular knowledge with scientific knowledge on the same question is a second. In this way, a specific articulation of knowledge can be a crucial support for effective action of « defense committees » concerning pollution, noise etc…

The « Science Shops » of the « Galileo Network » offer documentation centers and an infrastructure for education and action.

 

France

Section préparée par Guy Saëz et Elisabeth Maurel

 

Guy Saëz

Où en est l’éducation populaire en France ?

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On ne peut donner une définition acceptable de l’éducation populaire aujourd’hui en France car elle se présente comme une réalité insaisissable, sans réelle unité au plan des pratiques, sans autonomie politique ou idéologique, sans visibilité indiscutable. L’éducation populaire a perdu les traits de mouvement social qu’elle avait dans l’après-guerre pour devenir soit animation socio-culturelle (action communautaire) soit formation permanente. Ces deux grandes catégories de pratiques constituent deux domaines stables et autonomes qui sont devenus les points de référence de toutes les pratiques éducatives et culturelles distinctes de celles transmises par l’institution scolaire.

L’article décrit de façon synthétique les transformations récentes de l’éducation populaire en France.

Popular Education in France

It is impossible to give an acceptable definition of popular education in France at the present time because it is « unknowable ». There are no universally accepted methods or experiences, no political or ideological independence and no clear social or legal status. Popular education is no longer the social movement that it was in the post-war period. Instead, it has tended to become either socio-cultural animation (community action) or continuing education. These two main branches now constitute stable and independent reference points for all educational and cultural action that goes on outside the formal education system.

The article synthetizes the recent changes in popular education in France.

Jacques Hédoux

Le centre régional de formation en milieu ouvrier (CREFO)

Résumé / AbstractArticle complet

Le CREFO, mis sur pied en 1972 par trois mouvements d’éducation populaire est une centrale syndicale (CFDT) forme des travailleurs socialement et culturellement parmi les plus défavorisés, dans la région Nord-Pas-de-Calais, en France.

Cet organisme est chargé d’organiser des formations décidées et conduites par les travailleurs. Il a su retrouver ce qui peut faire la force de l’éducation populaire : son alliance avec les syndicats ouvriers; il réaffirme les valeurs de l’éducation populaire : réduction des inégalités sociales et culturelles et autonomisation des travailleurs.

L’article expose les structures de fonctionnement de l’organisme, les problèmes reliés à son financement, les activités de formation qu’il dispense, le travail pédagogique qu’il effectue.

The Regional Center for Workers Education

The Regional Center for Workers Education (CREFO) which was set up in 1972 by three different popular education groups and one of the major national trade-union organizations (CFDT), works with some of the poorest workers in northern France.

CREFO organizes programmes that are decided upon and run by the workers and has succeeded in creating the vital link between popular education and the workers movement. Its objectives are to fight social and cultural inequality by increasing independent thinking in these areas.

The article describes the way the organization works, its financial problems and the educational programmes and methods that are offered.

Peuple et Culture — Auvergne

Intervention culturelle et éducation populaire

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L’Association Peuple et Culture de l’Auvergne, région du centre de la France, tente des expériences de création et de diffusion de spectacles de petite taille en vue de favoriser le développement culturel de la région auvergnate sans recourir à des moyens financiers dont la communauté régionale risquerait de perdre le contrôle.

Quatre axes de travail caractérisent l’Association: (1) créer un lieu de rencontre pour le public, les créateurs et les responsables d’associations culturelles;(2) inciter à la création;(3) aider à la diffusion des créations dans la région;(4) recencer les créateurs régionaux de toutes expressions.

Plus de 100 spectacles et rencontres ont déjà été organisées depuis 1977.

Cultural Action and Popular Education

The People and Culture Association in the Auvergne region of (central) France is attempting to offer original, small-scale cultural events that can be controlled and financed by the people in the area.

The association has four main objectives: (1) to create a meeting place for the public, the artists and local cultural associations;(2) to encourage local artistic creation;(3) to help local distribution of cultural products;(4) to identify all kinds of local artists.

More than 100 events and meetings have been organized since 1977.

Guy Saëz

La vie associative et les cultures populaires : idéologie ou renouveau ?

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Le « renouveau » associatif est lié en France à un discours sur la « perte de sens », la crise des valeurs. La politique d’action culturelle a été marquée par cette crise : dans un monde sans âme, seule la culture « supplément d’âme » permettait de survivre. Ces idées ont guidé les politiques culturelles jusqu’à une période récente. Pourquoi accorde-t-on aujourd’hui une si grande place à la « vie associative » et aux « cultures populaires » comme fondements de nouvelles politiques ?

L’association semble répondre à toutes les attentes dont ne peuvent se charger des institutions politiques classiques trop massives et complexes. Mais célébrer les associations c’est mettre un terme aux politiques consistant à couvrir le territoire d’équipements culturels trop coûteux et aussi trouver dans une population de nouvelles ressources de sociabilité, appuyées davantage sur la vie communautaire au plan local.

L’insistance sur les phénomènes de normalisation et de quadrillage social qu’installent les politiques socio-culturelles ont entraîné un intérêt accru pour les « résistances » à ce nouvel ordre, et donc pour les « cultures populaires ». Ainsi le combat de l’après-guerre pour l’Éducation populaire s’est-il transformé en volonté de sauvegarder les cultures populaires.

Comment les animateurs culturels vont-ils pouvoir revivifier ces « cultures populaires » dont ils affirment la spécificité et les prendre pour objet d’une politique culturelle ?

Associative Life and Popular Culture: Ideology or a Fresh Start?

The resurgence of the theme « associative life » in France is related to concern about a « loss of identity », a « crisis in values ». The cultural action policies have been affected by this crisis. In a world that has lost its soul, the reasoning goes, only culture, in the broad sense, as a kind of earthly soul, can enable us to survive. These ideas have oriented cultural policy until recently. Why is so much attention now being paid to « associative life » and « popular culture » as a basis for new policies.

Face-to-face associative life seems to be able to meet the needs that the complexity and immensity of traditional political institutions leave unanswered. At the same time, this new theme could be a way to put an end to policies that seek to endow all regions with an expensive cultural infrastructure. Perhaps it can discover new resources of sociability that will flourish on the community level.

The emphasis on normalisation and supervision that socio-cultural policy engenders has stimulated interest in the forms of « resistance » to this new order and thus for « popular cultures ». The post-war struggle for popular education for example, now expresses itself as a desire to preserve and protect popular culture.

How will cultural animators be able to reinfuse new life into these popular cultures which they claim to be specific and how can they be made into goals of cultural policy?

Jean-François Pedone

Clubs de prévention et rééducation populaire à Bergaville

Résumé / AbstractArticle complet

Communément on définit la « délinquance » à partir de catégories psychologiques, occultant du même coup les rapports sociaux. Mais plutôt que de parler de « délinquance », ne faut-il par parler de culture populaire dans sa résistance à l’acculturation que tentent de réaliser les classes dominantes ?

L’analyse du fonctionnement d’un club d’adolescents, du rôle des animateurs de prévention, de la municipalité de Bergaville à propos d’un incident opposant des jeunes et un éducateur à la police et de la destruction du local des loisirs permettent d’illustrer la position contradictoire des animateurs de prévention dans leur rôle d’agents de normalisation sociale.

Prevention Centers and Popular Re-education at Bergaville

Delinquancy is often defined in psychological terms which has the effect of masking the importance of social relationships. The author suggests that « delinquancy » can better be understood as a form of class resistance to the acculturation practises that the dominant classes try to impose.

A juvenile’s club as well as the role of social workers and the municipality are analysed in the light of a confrontation which ended in the destruction of the recreational center. This situation, in which the youth and a social worker were pitted aginst the police, serves to illustrate the contradictory polition of social workers (prevention officers) in their role as socializers.

 

Québec

Section préparée par Frédéric Lesemann

 

Monique Ouellette

L’éducation populaire au Québec : penser les pratiques

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Il y a une grande diversité d’activités d’éducation populaire au Québec. Cependant, en 1978 des organismes engagés dans des activités éducatives auprès des milieux populaires se sont donnés une définition de l’éducation populaire « autonome » qui insiste sur la prise de conscience collective relative aux conditions de vie et de travail et sur la transformation de ces conditions

Les groupes d’éducation populaire sont sans cesse confrontés aux initiatives de l’État dans leur domaine qui, par exemple, substitue ses propres services bureaucratisés aux services collectifs créés par les milieux populaires, ou encore brouille la distinction entre son rôle de surveillance de l’application des lois et celui de promoteur des intérêts des milieux populaires qui revient aux organismes autonomes que ceux-là se sont donnés. Ainsi beaucoup d’organismes étouffent progressivement à cause de la création de « groupes populaires » parallèles. En outre les organismes subissent, via leur financement, une tentative constance et croissante d’intégration par l’État. Enfin, plus insidieuse est l’obligation faite par le Ministère de l’Éducation tant aux syndicats qu’aux organismes populaires de se conformer pour le financement de leurs programmes à des normes qui sont celles du système scolaire.

Malgré cette situation, l’éducation populaire est bien vivante. Elle doit demeurer au service et sous le contrôle des milieux populaires, faite par eux pour transformer leur situation sociale..

Popular Education in Quebec: Thinking Through our Experiences

There is an immense variety of popular education activities in Québec but in 1978 a certain number of organizations active in this area elaborated a common definition of « independent » popular education which emphasizes the necessity of a collective consciousness concerning working and living conditions and their transformation.

Popular education groups are continually confronted with State action which tends, on the one hand, to undercut their collective actions by substituting bureaucratic services and on the other hand to blur the distinction between surveying the application of laws and fighting for class interests. Many groups are progressively smotherd by « parallel citizens’ groups ». As well, popular education groups are continually under pressure to integrate and co-ordinate their activities with those of the State. More insidious is the obligation imposed by the Department of Education to conform to school-system norms in order to obtain financing.

In spite of this situation, popular education is alive and well. It must continue to serve popular interests, to remain under their control and oriented towards social change.

Institut canadien d’éducation des adultes

Les méthodes d’éducation populaire

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Un séminaire consacré aux méthodes d’éducation populaire a réuni une dizaine d’éducateurs populaires. Il s’agissait d’analyser les postulats de base qui sous-tendent les pratiques éducatives, de voir où mènent concrètement les méthodes utilisées.

Methods in Popular Education

A group of educators involved in popular education met to discuss their common experiences. They sought to analyse the postulates that underlie their educational work and to evaluate the impact of the methods used.

Jean Panet-Raymond

Le Manifeste du mouvement A.C.E.F.

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L’Association coopérative d’économie familiale (ACEF) est née de la volonté des mouvements syndical, coopératif et populaire québécois de défendre les travailleurs endettés et d’offrir des cours sur le maintien du budget familial, mais également de se préocuper de la consommation en général.

En 1978, l’ACEF a redéfini l’endettement comme champ de lutte prioritaire, consciente que l’endettement est causé par l’insuffisance de revenu et les coûts croissants des biens et services. Quatre mécanismes accentuent l’endettement : la désuétude planifiée, la publicité, le crédit et les méthodes de vente. L’essentiel de cette analyse est exposé dans le Manifeste du mouvement ACEF qui a été conçu comme un instrument d’éducation et de mobilisation populaires.

The ACEF Movement manifesto

The Cooperative Association of Family Economy (ACEF) was set up through the joint efforts of the trade-union, cooperative and citizens movements in Québec in order to defend workers in debt and to offer courses on family budgeting and consumer issues in general.

In 1978, the ACEF movement centered its priorities around the issue of consumer debt caused by insufficient revenues and rising costs of goods and services. Four mecanisms leading to debt are emphasized: planned obsolesence, advertising, credit facilities and sales methods. Their analysis is elaborated in the ACEF Movement Manifesto which was designed to be used as an instrument for both education and action.

R. Cadotte, M. Desjardins, L. Forest, R. Gendron et C. Noël

La pédagogie progressiste à l’université : l’expérience de la Maîtresse d’école

Résumé / AbstractArticle complet

La Maîtresse d’école est un groupe de pédagogues qui, depuis 1975, dans le cadre de la formation universitaire des enseignants au Québec s’efforce de promouvoir une « pédagogie progressiste » qu’il définit en ces termes : « lier l’école à la réalité quotidienne de la majorité, soit principalement les travailleurs ».

En 1978-79, la Maîtresse d’école a entrepris l’élaboration, avec des enseignants en formation, d’un cahier de pédagogie progressiste. Le cahier est consacré aux conditions de vie des travailleurs des mines d’amiante de Thetford-Mines au Québec.

L’article, outre la présentation de groupe, relate les démarches concrètes de préparation du cahier, les rencontres avec les travailleurs, leur syndicat, les visites sur place, le processus de production de cet instrument pédagogique et l’accueil accordé au cahier par les enseignants locaux qui doivent l’utiliser dans leurs classes.

« Schoolmarm »: an experience in radical education

« Schoolmarm » is a group of educators which seeks to develop a radical alternative to teacher training at the university level in Québec. Their objective is to relate school education to the daily reality of workers, who constitute the majority of the population.

In 1978-79, « Schoolmarm », in collaboration with a class of teachers-in-training produced a teaching manual for traditional subjects (French, math, etc…) but based on the experiences of asbestos miners in a nearby mining town.

This article explains the objectives of « Schoolmarm » as well as the steps involved in the preparation of the manual: discussions with the workers, their union, visits to the mine, etc… Reaction by teachers in the mining town are also reported.

Michel Brais et Michel Lemay

Les Trésors Oubliés, du théâtre populaire par des personnes âgées

Résumé / AbstractArticle complet

Dans le cadre du Service d’éducation des adultes d’un Collège d’enseignement et professionnel (CEGEP) du Québec, une expérience de théâtre populaire a pris forme. Elle origine d’un groupe de personnes âgées de 50 à 70 ans qui s’est donné une formation en théâtre. Ce groupe est issu de l’Association 3R : Réagir, Revivre, Réussir qui a produit un manifeste sur la situation économique des retraités, sur le logement, etc.

La démarche d’apprentissage du groupe de théâtre, les premières représentations sont décrites ici. Les thèmes principaux sont : « l’isolement dans nos problèmes », « mes problèmes sont nos problèmes », « l’organisation et les revendications », etc.

Les Trésors oubliés ne visent pas à devenir les porte-parole des personnes âgées, mais plutôt à amener les spectateurs à se reconnaître dans l’expression de la réalité que livrent les acteurs, à prendre en main leur parole pour en faire un outil de réappropriation du pouvoir communautaire.

Forgotten Treasures: Popular Theatre by the Elderly

The Adult Education programme at Rosemount College has developed a project of Popular Theatre. The project evolved out of a group of elderly people who were interested in learning about theatre. The group was originally brought together by a socio-cultural organization that produced a manifesto concerning the economic situation of retired people.

The learning processes of the theatre group and their first presentations are described here. The main themes are: « Living our problems alone », « my problems are our problems » « our organization and demands ».

The « Forgotten Treasures » are not seeking to become spokespeople for the elderly but rather to create a situation in which the audience an picture itself in the reality that the actors protray. For them, theatre is a way to express their own situation in a community perspective.

Lorne Huston

Débats et discours dans l’éducation politique

Résumé / AbstractArticle complet

Le problème de la formation politique des militants est souvent réduit à un problème de méthode : comment transférer le savoir des formateurs qui détiendraient ce savoir à des militants qui auraient tout à apprendre ?

Sans nier l’importance des questions pédagogiques, l’auteur s’interroge plutôt sur la signification sociale du rapport de ceux-qui-savent à ceux-qui-ne-savent-pas. Faire de la formation, rédiger des textes, ce n’est pas seulement développer la lutte contre l’ordre capitaliste; c’est aussi créer des processus de gestion. Au-delà des questions pédagogiques, il y a la question du pouvoir social des formateurs et les formes de collusion et de résistance qu’il engendre chez les participants. Le discours des formateurs, aussi juste soit-il sur la plan politique, peut être investi d’un pouvoir social qui a pour effet de confirmer la séparation entre formateurs et militants, surtout si ce discours s’appuie principalement sur des références théoriques ou historiques.

Si l’analyse des oppositions à l’intérieur d’un groupe de formation ne se réduit pas à une analyse de l’exercice du pouvoir et ne saurait remplacer une analyse politique des différents points de vue, une simple analyse des lignes politiques en présence est loin d’être suffisante pour comprendre les oppositions qui se manifestent.

Analyses and Voices in Political Education

Problems encountered in political education are often seen in terms of errors of political analysis or in terms of educational methods. Without denying the importance of these questions, the author is more concerned about the social significance of the relationship that exists between those who « know » and « those who don’t » Organizing discussions or writing position papers is not only a way to fight capitalism, it is also « management ». Pedagogical questions are embedded in social relationships in which the power of educator and the consequent forms of collaboration and resistance on the part of the participants must be analysed.

The author makes the distinction between the « analyses » of the political situation by the various actors and the « voice » with which they speak; the latter reflecting their position in the social situation. While the « analysis » of the educators may be correct, the « Voice » conferred to them by their position can have the effect of reinforcing the gap between educators and participants especially when the analysis is based upon theoretical or historical references.

The analysis of conflicts within political education groups must certainly include a careful political evaluation of the different points of view but at the same time an analysis of the political « lines » involved cannot reveal a full picture of the nature of these conflicts.

Gaston Pineau

Éducation populaire autonome et universités : une contradiction motrice ?

Résumé / AbstractArticle complet

L’Université est coupée de 90% de la population. À la frontière lointaine des universités et des milieux populaires, quelques universitaires et représentants des milieux populaires tentent de définir les modalités d’une intégration de leurs activités. Telle est la fonction de l’« atelier de promotion collective » de la Faculté d’Éducation permanente de l’Université de Montréal.

L’atelier tente de rejoindre les milieux populaires par une participation à leurs luttes tant en milieu syndical qu’en dehors des milieux de travail. Dans ces derniers, des interventions ont eu lieu dans les domaines de l’habitation, de la santé, de la défense des libertés.

L’article discute ensuite des rapports entre l’éducation populaire autonome, les intellectuels et les organisations.

Independent Citizen Education and Universities: A Dynamic Contradiction?

Universities are cut off from 90 p.c. of the population. On the fringe of their respective environments, a few university adminstrators and a few representatives of citizens groups are trying to find a way to work together. At least such is the goal of the Collective Advancement programme of the Continuing Education Faculty of the University of Montreal.

The programme seeks to establish a presence in the community by participating in struggles both through the union and outside the workplace. In the latter case, joint-action has been possible in the housing, health and civil-rights areas.

The article goes on to discuss the relationships between independent citizen education, intellectuals and institutions.

Réal Charbonneau

Des centres d’éducation populaire administrés par des comités de citoyens et financés largement par une commission scolaire

Résumé / AbstractArticle complet

Actuellement à Montréal, six centres d’éducation populaire sont financés par la Commission des écoles catholiques de Montréal (CECM). Ces centres sont des organismes de milieux populaires qui leur appartiennent et sont orientés selon leurs intérêts et leurs besoins. Ils tentent de rejoindre les petits salariés, les chômeurs, les assistés sociaux, les ménagères, en vue d’une action communautaire.

L’article rapporte l’histoire de ces centres d’éducation populaire, décrit leurs conditions d’existence juridique et financière, ainsi que leurs principales activités de formation.

Popular Education Centers administered by Citizens’ groups and largely financed by a School Board

At the present time, there are six Popular Education Centers in Montréal financed by the Montréal Catholic School Board. These centers are organisations that are controlled by citizens in working-class areas to meet the needs and interests of these areas. They seek to attract low-income workers, the unemployed, people on welfare and housewives in an attempt to orient them towards community action projects.

The article describes the history of these Popular Educational Centers, their legal and financial status as well as the main educational projects.

Jacques Godbout

Professionnalisme et pouvoir des usagers

Résumé / AbstractArticle complet

Plusieurs établissements de services prônent actuellement la notion de « prise en charge » par les usagers des services eux-mêmes. L’article vise à montrer que pour que cette notion devienne une réalité, il est indispensable que l’usager ait du pouvoir. Sinon le processus de prise en charge aboutit au bénévolat, c’est-à-dire à un résultat contraire, puisque le bénévolat c’est l’usager au service du professionnel-producteur de services.

Dans les faits, il semble que très souvent on veut bien « faire participer » les usagers à une expérience professionnelle, mais on s’oppose au partage du contrôle. Toutes sortes de raisons idéologiques ou pratiques sont invoquées pour éviter que les usagers prennent du pouvoir, même lorsque les structures les y invitent. Car cette prise de pouvoir est menaçante pour les professionnels : les usagers pourraient en arriver à se demander qu’elle est leur utilité.

Mais, sans pouvoir aux usagers, il ne peut y avoir de relations dynamiques usagers-producteurs et de transformations de la pratique qui remettent en cause la fonction de producteur.

Professionalism and « Client Power »

Many service institutions proclaim the necessity for clients themselves to administer the services offered. The authors suggests that if this idea is to become reality, the « clients » have to have power, otherwise they are just unpaid helpers for the professionals.

In practice, it seems that while client participation is desired, power sharing is not. All kinds of idological or practical reasons are given to avoid a real transfer of power because, after all, if clients really run the institutions, they might question the usefulness of professionals.

However, without client power, there can be no dynamic relationship between clients and professionals and thus no significant change in the latter’s role.

Jean-Marie Gourvil

Une version technocratique de l’animation sociale : le B.A.E.Q.

Résumé / AbstractArticle complet

Le Bureau d’aménagement de l’Est du Québec a élaboré un vaste plan de développement d’une région défavorisée du Québec, caractérisée par l’importance accordée à l’animation sociale, à l’éducation populaire, à la participation des populations.

L’article met en évidence le caractère intégrateur de l’idéologie de développement mise de l’avant par le B.A.E.Q., des stratégies d’implantation de politiques modernisatrices pour le territoire concerné. L’article rapporte également les témoignages de dépossession culturelle de représentants de la population soumise à l’offensive d’aménagement du B.A.E.Q.

A Technocratic version of social animation: the BAEQ

An important development project elaborated by the Eastern Québec Development Office (BAEQ) is particularly notable in that it stresses the importance of social animation, popular education and citizen participation.

This article points out the integrative character of the development ideology proposed by the BAEQ to the extent that its strategy is to implement modernization policies in the area. Examples given by local leaders of the « cultural expropriation » engendered by the project are also mentioned.

 

Mali

 

Jules Savaria

« Apprendre pour mieux s’organiser ». Une expérience d’alphabétisation au Mali

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Depuis 1975 se déroule dans la zone sud du Mali un projet d’alphabétisation caractérisé par une volonté d’insérer les apprentissages de base dans un plan de développement économique et social géré par des organisations villageoises populaires.

L’auteur discute du bienfondé d’une alphabétisation dans les langues nationales; il insiste sur la nécessité de définir la fonctionnalité de l’alphabétisation par rapport aux chances objectives de l’utilisation de cet apprentissage qui sont directement liées à la proximité (ou non) des villages des zones de développement et de modernisation. Enfin l’auteur soutient qu’il est indispensable d’accorder une attention suffisante au rôle des organisations locales, relais des stratégies d’alphabétisation.

Les trois dimensions : formation — animation — organisation sont inséparables. L’éducation n’est pas à elle seule moteur de changement. L’efficacité des programmes de formation dépend directement de leur lien aux transformations du système économique et social.

« Learn in order to organize »: Litteracy Experiences in Mali

A literacy project in southern Mali is underway since 1975 with the goal of integrating basic knowledge into a plan of social and economic development by local village organisations.

The author discusses the merits of a literacy project in the local languages. He emphasizes the necessity of determining whether the language is likely to be used or not. This depends on the proximity of development and modernization zones. The author suggests that it is essential to pay attention to the role of local organisations if literacy programmes are to succeed.

Three dimensions of such a programme are inseparable: education, animation and organisation. Education in itself is not a motor of development. The effectiveness of these programmes is directly related to the possibility of change in the social and economic system.

 

RUBRIQUE : le développement, les politiques sociales et la crise


 

France

 

Bruno Jobert

La critique libérale du Welfare State en France

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On assiste en France à une remise en cause des politiques de services collectifs à laquelle contribuent certains « nouveaux » sociologues et économistes qui contestent vivement les principes mêmes de la sociologie « critique ». Dans cette perspective, la croissance de l’État ne résulte pas de changements dans la domination mais de la tendance des bureaucraties à renforcer leur influence. Il en résulte une nouvelle conception de l’ordre social qui a, à son tour, des implications pour les politiques sociales.

L’auteur examine ces dernières dont les caractéristiques sont celles d’un retour à l’économie de marché et d’un désengagement corrélatif de l’État. On oppose maintenant les impératifs de la justice productive et de la liberté aux aspirations à l’égalité exprimées par le Welfare State. L’État providence a échoué. L’individu doit prendre ses responsabilités.

Les stratégies témoignent d’un effort de réintroduction de la logique capitaliste dans les politiques sociales. La recapitalisation du social est recherchée à la fois par la subordination accrue de la politique sociale à la politique économique et par la recherche d’un nouveau partage entre le public et le privé dans le domaine des dépenses sociales.

The Liberal Critique of the Welfare State in France

The collective services offered by the State in France are being seriously questioned. The so-called new sociologists and economists, who vehemently contest the postulates of « critical » sociology, play an important part in this new trend. According to this « new » point of view, the growth of the State is not related to changes in the forms of domination but rather to the tendancy for bureaucracies to increase their influence. This leads them to revise postulates on the social order in which we live and the corollary implications for social policy.

The author examines these latter implications wich involve returning to market regulation of social life and consequent reduction of State intervention. The imperatives of productive distribution and individual freedom are seen as contradictory with social equality as sought by the Welfare State. The State-Provider has failed. The individual must assume his responsibilities.

These strategies indicate a tendancy to reintroduce capitalistic logic in the determination of social policy. This means that social policy is subordinated to economic policy and a new division of social costs between public and private institutions.

 

Pérou

 

Albert Meister

Du développement à la gestion des populations : la variante péruvienne

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Le « développement » a été inscrit comme un objectif dans d’innombrables plans nationaux et a servi de légitimation à la prise et au renforcement du pouvoir de la part des élites nationales nouvelles et à leur volonté proclamée de transformer leurs pays « pauvres ». Après deux décennies d’espoirs, de projets audacieux et d’échecs retentissants, on se trouve conduit à envisager le développement comme le solde positif (au sens comptable) du système de domination interne et international, le résultat d’une plus ou moins saine et habile gestion de la population et des autres ressources.

Il faut donc cesser d’analyser le développement en termes d’objectifs d’un plan national pour le considérer plutôt comme un sous-produit de la gestion des élites nationales, nécessaire au renforcement de leur pouvoir, à leur durée, à l’accroissement du leurs privilèges.

L’analyse du cas péruvien, en particulier l’importance du rôle des classes moyennes urbaines et celui du socialisme au pouvoir permettent à l’auteur d’illustrer sa critique du « développement ».

Development and Population Management: the Peruvian Variation

« Development » has been set as an objective in countless National Plans and has served to legitimate the power of new elites and their proclaimed dedication to change their « poor » countries. After two decades of hope, of audacious projects and resounding failures, one is tempted to see development as the positive side on a balance sheet of a system of national and international domination. Development is the result of more or less competent management of population and other resources.

Development should no longer be analysed in terms of the objectives of a national plan but rather as a by-product of management by national elites useful in the sense that it reinforces their power and privileges.

The case analysis of Peru presented here, which focusses on the role of the urban middle classes and socialism as a form of exercising power, permits the author to illustrate his critique of « development ».