Survivances et modèles de développement

Sous la direction de Jacques Fisette, Mumpasi Lututala, Victor Piché et Denis Tognide

À un moment où le tiers-mondisme est remis en question, on peut s’interroger sur la pertinence d’un numéro thématique portant sur le Tiers monde. En effet, si le Tiers monde n’existe pas, pourquoi en parler? (…)

 

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TABLE DES MATIÈRES

 

Jacques Fisette, Mumpasi Lututala, Victor Piché et Denis Tognide

Présentation du numéro

Article complet

 

I. Politiques d’État et stratégies de survie : l’enjeu du logement


Licia Valladares

Les initiatives d’autoconstruction dans les villes du Tiers monde : revue de la littérature

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Les initiatives d’autoconstruction dans les villes du Tiers monde sont moins originales qu’on l’imagine généralement; elles remontent au XIXe siècle dans plusieurs pays occidentaux. En ce qui concerne les expériences récentes dans les pays du Tiers monde, les organismes internationaux ont commandé plusieurs études d’impacts afin d’évaluer les conséquences sociales et physiques de ces programmes alternatifs de logement. Cet article fait l’historique de ces initiatives d’autoconstruction, passe en revue les études d’impacts auxquelles elles ont donné lieu, et enfin nous livre l’essentiel des réflexions critiques du milieu universitaire sur différentes expériences concrètes.

Self-Help Housing in Third World Cities: A Review of the Literature

Self-help housing is not as new to Third World cities as one might think and it goes back as far as the 19th century in many Western countries. In more recent experience in Third World countries, international organizations have commissioned numerous studies in order to evaluate the social and physical impact of this type of alternative housing system. This article traces the history of self-help housing, reviews the impact studies it has generated and gives a rundown on the main ideas found in academic analyses of actual self-help housing projects.

Simon M. Fass

Le logement des ultra-pauvres : théorie et pratique en Haïti

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Il est particulièrement difficile de définir des politiques et programmes de logement efficaces lorsqu’on s’adresse à deux catégories particulières de la population : les ultra-pauvres et les gens qui travaillent pour leur propre compte. Dans certaines villes du Tiers monde telles que Port-au-Prince, ces groupes constituent une partie importante de la population. Pour les ultra-pauvres, les conditions de logement sont fonction du prix des denrées de base alors que pour les travailleurs autonomes, elles sont influencées par la nécessité de consacrer des ressources à la production plutôt qu’à la consommation. L’utilisation efficace des ressources dans le but d’améliorer les conditions de logement de ces catégories de population suppose des normes de qualité et des critères d’évaluation qui ne sont pas très différents de ce que ces ménages considèrent déjà comme satisfaisant.

Housing the Ultra-Poor: Theory and Practice in Haiti

Third World cities like Port-au-Prince contain low-income populations so poor or so heavily engaged in generating income from self-employment that planners may find it difficult to design policies and programmes that can make an appreciable difference in the way these people house themselves. For the ultra-poor, housing characteristics are shaped by the price of food. For the self-employed, the characteristics are shaped by the need to use resources to produce rather than to consume earnings. Efficient planning for shelter improvement in such cases requires design standards and measures of progress which do not differ too much from what these households may already regard as satisfactory.

Juan F. Schoemaker

Pauvreté et procréation dans les bidonvilles d’Asuncion

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Cherchant à approfondir le thème de la démographie de la pauvreté, l’auteur met en question un postulat du mouvement de planification familiale selon lequel le niveau élevé de fécondité des pays sous-développés est l’effet de l’irrationalité et de l’absence d’attitude « moderne » en matière de procréation. Selon lui, la fécondité est plutôt, pour les femmes et les familles concernées, une stratégie de survie. Les enfants sont vus comme des « fournisseurs de temps »; leur participation aux activités domestiques libère les adultes d’une grande partie de ces tâches et leur permet de se consacrer à des activités plus rentables. En examinant cette hypothèse auprès des femmes marginales d’Asuncion (Paraguay), l’auteur conclut que plus la situation économique est grave, plus les femmes favorisent, consciemment, une famille nombreuse. Cependant, des tendances indiquent une baisse du niveau de fécondité des marginaux, en raison de l’utilisation de contraceptifs chez les femmes plus jeunes.

Extreme Poverty and Fertility: Demographic Study of a Marginal Population

It has been noted in a number of works that the urban marginal population has a markedly higher fertility level than more privileged social strata. This tendency has usually been attributed to behaviors that are traditional, irrational and imbued with a fatalistic attitude characteristic of marginal population groups, the heirs of countrified behavior models. And it is these attitudes and behavior models that prevent them from having a more « modern » view of life, which is why they hesitate to practice birth control. This school of thought has been the more or less explicit doctrine of the family planning movement and it has in large part contributed to the development of policies and programs by international organizations working in the area of population issues. But in our opinion this concept is at best empirically inaccurate and at worst, clearly biased in its ideological content, which deflects attention from the real causes of poverty and underdevelopment. In this essay we take on the first aspect; that is, its empirical validity. On the basis of a recent study we will show that far from being irrational, the reproductive behavior of marginalized women is part of a logical and coherent strategy designed to strengthen the chances of survival of the family group.

Richard Bergeron

La restructuration de l’habitat au Burkina-Faso : un moyen pour la révolution

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Un des moyens d’implanter la révolution au Burkina-Faso (ancienne Haute-Volta) a consisté à restructurer les secteurs d’habitat spontané de la capitale, Ouagadougou, où loge 60 % de la population. Pour résoudre les problèmes d’habitat des couches populaires, le régime burkinabé a misé sur une approche collective au logement, visant à faire émerger une conscience collective de l’habitat. Mais des blocages ont empêché sa stratégie de se réaliser : blocages au point de vue de l’interprétation des objectifs par les résidants, blocages liés à l’ampleur des ressources humaines, techniques et logistiques nécessaires à l’entreprise, mauvaise allocation des ressources, gaspillage. Plus fondamentalement, c’est le projet collectif d’habitat, l’émergence d’une conscience collective de l’habitat, qui risque de ne pouvoir se réaliser : qu’adviendra-t-il de la révolution burkinabé si elle devait échouer sur une composante aussi critique de sa stratégie ?

TTTTTeng

One method of securing the revolution in Burkina Faso (formerly Upper Volta) was the restructuring of spontaneous housing areas in Ouagadougou, the capital—areas that housed 60% of the population. In an effort to solve the housing problems of the poor, the Burkina-bes regime promoted a collective approach to housing, with the aim of creating a collective consciousness around the housing issue.

But obstacles came in the way of this strategy and it never came to fruition. There were problems because of the way the goals were interpreted by the residents and also because of the amount of human, technical and logistical resources required for the project. The result was faulty allocation and subsequent wastage of resources.

 

II. Urbanisation et situations de crise


Réginald Martel

Impasse et solutions alternatives : entrevue avec René Dumont par

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Au cours de l’entrevue, René Dumont commente des thèmes présents dans son livre le plus récent, Pour l’Afrique j’accuse (paru en 1986 chez Plon, à Paris), ainsi que dans son oeuvre en général. Ayant constaté l’échec des projets agricoles et industriels en Afrique, René Dumont porte plusieurs accusations : 1) contre le système économique dominant, qui fait que seuls les produits agricoles des pays du Tiers monde sont véritablement soumis à la loi du marché; 2) contre le système économique dominant, qui a exporté le modèle de développement des pays occidentaux en Afrique et financé sa mise en place; 3) contre les responsables politiques locaux, qui permettent l’exploitation des campagnes par les villes et ont longtemps nié la nécessité du contrôle des naissances. Pour remédier aux graves problèmes que connaît l’Afrique et éviter de nouvelles catastrophes, René Dumont propose des solutions qui supposent la participation active et la connaissance pratique des intervenants, paysans comme coopérants. Il privilégie la décentralisation des décisions et des équipements : que chaque village ait sa digue, son puits et son programme de reboisement; que l’on prenne des mesures appropriées pour empêcher le bétail de circuler librement. La solution à long terme pour l’Afrique réside dans la reprise en main de l’agriculture par les paysans; la première révolution agricole, encore à faire, sera basée sur le fourrage, l’élevage intensif et la traction animale.

TTTTTeng

In this interview, René Dumont comments on the themes of his most recent book, Pour l’Afrique j’accuse (Éditions Plon, Paris 1986) and on his work in general. Having witnessed the failure of agricultural and industrial projects in Africa, Dumont makes these accusations: (1) against the dominant economic system which subjects agricultural products from Third World countries to the law of the market—supply and demand; (2) against the dominant economic system for the development model copied from Western nations, which it has advised, applied and financed in Africa; (3) against local political leaders because they allow the exploitation of rural areas by cities and because they have persistently denied the need for birth control.

As a cure for the serious problems faced by Africa and a prevention measure against new catastrophes, René Dumont proposes solutions that involve the active participation and practical knowledge of field workers—rural inhabitants and cooperants alike. He favors decentralization of decision-making and equipment: each village should have its own dike, well and reforestation program; appropriate measures should be taken to halt the free circulation of livestock. The long term solution for Africa rests in the reappropriation of agriculture by the local rural people themselves, beginning with the first agricultural revolution—a revolution based on forage, intensive livestock-raising and animal traction.

Chantal Rondeau

Paysannes du Sahel et stratégies alimentaires

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Pour saisir les stratégies déployées par les Sahéliennes face au déficit vivrier, il faut d’abord comprendre pourquoi les femmes créent leurs propres stratégies et à partir de quelle situation elles les développent. La non-mixité des sociétés africaines et le patriarcat sont des données indispensables pour saisir pourquoi ces paysannes possèdent des stratégies différentes de celles des hommes. L’étude des différents facteurs explicatifs du déficit vivrier facilite la compréhension de la situation dans laquelle vivent ces paysannes et surtout de ce par rapport à quoi elles réagissent. L’analyse des stratégies élaborées par les Sahéliennes se divise en deux parties : les stratégies individuelles et les stratégies collectives, c’est-à-dire celles qui concernent les associations formelles ou informelles de paysannes. La conclusion porte sur la question suivante : les Sahéliennes sont-elles porteuses de pratiques alternatives de développement ?

Rural Sahelian Women and Food Strategy

The strategies used by Sahelian women to counteract the food crop deficit can best be understood if we first examine why women create their own strategies and the circumstances under which they are developed. Awareness of the patriarchy system and separation of men and women in African societies is essential to understanding why rural women use strategies different from those of their male counterparts. Studying the different factors behind the food crop deficit sheds light on the living conditions of Sahelian women and on the things they have to deal with. The analysis of strategies adopted by Sahelian women is divided into two parts—individual strategies and collective strategies or those involving formal or informal women’s groups. The conclusion focuses of the following question: Are Sahelian women offering practical development alternatives?

Lelo Nzuzi

Le déclin de la ville négro-africaine

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Cet article porte sur la ville négro-africaine et sur les deux époques de son mode de production, soit la période qui précède la « balkanisation » et celle qui la suit. Cette réflexion mène à un examen de quelques pratiques urbanistiques se rapportant à l’armature urbaine, au modèle de structuration régionale depuis les ressources agricoles, et à l’urbanisation intensive. L’auteur constate que toutes ces pratiques, transposées consciemment ou non sur le sol négro-africain, sont devenues désuètes après les indépendances, car elles se butent aux réalités locales. Une brève conclusion permet de dégager un certain nombre de questions sur les pratiques urbanistiques postcoloniales. En vue d’éviter de nouvelles erreurs de conception, il est suggéré de repenser une nouvelle ville authentiquement négro-africaine qui pourrait s’appeler Afrikaville, car le décalage entre les modèles proposés et les forces en présence subsiste encore aujourd’hui.

The Decline of the Negro-African City

This paper deals with the African city and its mode of production, principally the periods before and after the « balkanisation ». It examines various urbanistic practices such as that of urban network, regional organisation as related to agricultural resources, and intensive urbanisation. The observation is that after independence all these practices transposed whether consciously or not on negro-African soil have become outdated since they conflict with the local context. A brief conclusion allows us to pose a number of questions on these post-colonial urbanistic practices. In view of avoiding future errors of conception, one would suggest a new urbanistic practice for the construction of an authentic negro-African city that one may call Afrikacity, since the discrepancy between the proposed model and the present structures exists yet today.

Mumpasi Lututala

Population et développement en Afrique : les enjeux migratoires

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L’idée qui ressort de la littérature sur la problématique population-développement est que le développement de l’Afrique et du Tiers monde en général est impossible sans la modernisation préalable des comportements procréateurs, c’est-à-dire sans une limitation des naissances. Il faut remarquer, cependant, que les avis sont moins tranchés en ce qui concerne les migrations. Que ce soit par les planificateurs économiques, par les décideurs politiques ou par les populations, la place et le rôle des migrations dans le processus de développement sont perçus de façon très ambiguë. Cet article examine quelques-uns des enjeux qui expliquent cette ambiguïté, et conclut que ces enjeux handicapent toute tentative d’intervention sur le phénomène migratoire.

Population and Development in Africa: The Migration Issue

The major idea being expressed in the literature on population and development is that development in Africa and the Third World in general is impossible without first modernizing reproductive behavior—for example, adopting birth control. It must be noted, however, that opinions are less clear-cut on the issue of migration. There is a lot of ambiguity about how the role of migration is seen in the development process on the part of economic planners, political decision-makers and the people themselves. This article examines some of the questions at stake which explain the confusion around the migration phenomenon and which create stumbling-blocks to attempts at migration policy.

Daniel Hiernaux Nicolas

L’État et le territoire : bilan de trois sexennats de politiques urbaines et régionales au Mexique (1970-1985)

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La crise économique est particulièrement grave au Mexique aujourd’hui. Elle s’explique sans doute par la conjoncture internationale (chute des prix du pétrole), mais aussi par un certain nombre d’orientations internes données au développement durant les dernières décennies, en particulier par le modèle du « développement stabilisateur ». L’article analyse plus précisément l’évolution des politiques d’aménagement du territoire depuis 1970, sous chacun des trois sexennats qui se sont succédé. L’auteur montre l’émergence des préoccupations pour les questions d’aménagement et les difficultés de mise en oeuvre des politiques de décentralisation économique et administrative. Il constate l’importance des grands capitaux industriels privés et publics comme force motrice du développement régional, et les contraintes qui se posent aux pouvoirs publics pour assurer une véritable maîtrise étatique de cette force en dehors des grandes branches que l’État possède. Ainsi, malgré les intentions et les efforts concrets de l’État en matière d’aménagement, le développement économique tend à se polariser autour de quelques grands centres urbains.

The State and its Regions: An Assessment of Urban and Regional Policy in Mexico Under Three Six-Year Governments (1970-1985)

Mexico’s economic crisis is particularly severe today. There are very definite reasons for this fact. It is due, no doubt, to the international circumstances surrounding the fall in oil prices, but internal development policies of past decades, the « stabilized development » model in particular, must share the responsibility for this crisis. The article analyzes in some detail the evolution of Mexican State regional planning policies since 1970 under each of three successive six-year governments. The author shows the growing concern over planning issues in general and problems encountered in implementing economic and administrative decentralization policies in particular. While the importance of massive amounts of private and public industrial capital is acknowledged, public powers were strained in their efforts to assure State control of forces outside the reach of its apparatus. Thus in spite of the good intentions and concrete efforts of the State in the area of regional planning, economic development still tends to polarize around a few large urban centers.

 

III. Institutions, idéologies et changement social


Jacques Fisette

Des théories aux stratégies de lutte contre la pauvreté dans le Tiers monde : l’exemple de la Banque mondiale

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Les années 1970 sont généralement perçues comme une décennie de changements profonds marquant un tournant dans les politiques des organismes internationaux vis-à-vis de la lutte contre la pauvreté dans les pays en développement. Cette perception vient sans doute de l’importance que prennent les débats sur l’équité, la redistribution des richesses et la mise en place de programmes nouveaux axés sur la lutte contre la pauvreté en milieu rural et urbain. L’article tente de montrer que l’échec des attentes fondées sur la théorie du « trickle down » n’a pas mené à une véritable remise en cause des finalités des politiques ni des fondements intellectuels qui sous-tendent les actions pratiques. Ce sont essentiellement les instruments d’intervention qui ont pris une configuration nouvelle.

From Theory to Strategy in the Fight Against Poverty in the Third World: The Example of the World Bank

The 1970’s are generally perceived as a decade of profound change which marked a turning point in the policies of international organizations on the fight against poverty in developing nations. This perception undoubtedly arose out of the predominance of debates on equality, redistribution of wealth and the establishment of new programs to fight poverty in both rural and urban milieux. The article attempts to show that the failure of expectations based on the « trickle-down » theory did not lead to a real critical examination of either the end results of the policies or the intellectual grounds underlying actual projects. It was mainly the work instruments that took on a new form.

Patrick de Laubier

Religions et développement social

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Quel est l’impact du religieux sur les politiques sociales dans le monde actuel ? L’article montre d’abord comment cette influence peut se situer à différents niveaux et prendre des aspects forts variés, pour ensuite l’illustrer à partir de trois exemples contemporains, à savoir l’influence de Gandhi en Inde, celle de l’enseignement social de l’Église catholique depuis l’élection de Jean-Paul II et l’impact de l’islam dans les pays d’Afrique noire. Il conclut sur la faillite des idées forces du XIXe siècle encore présentes aujourd’hui, le positivisme et l’idéal socialiste, impuissantes à donner un sens à l’activité quotidienne.

Religion and Social Development

What is the impact of religion on social policy in the world of today? The article starts out by showing how this influence can exist on many levels and take highly varied forms and then goes on to illustrate this influence using three modern-day examples: the influence of Gandhi in India, the social teachings of the Catholic Church since the election of John-Paul II and the impact of Islam in Black African countries. The article concludes on the failure of the predominant ideas of the 19th century, still in existence today—positivism and the socialist ideal—and powerless to offer direction in daily life.

Gregory Baum

Théologie de la libération et marxisme

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L’auteur explique la signification du mouvement de la théologie de la libération et parle de ses origines et de son impact sur l’Église. La théologie de la libération est le produit de nouvelles expériences religieuses qui ont pris naissance parmi les chrétiens d’Amérique latine luttant pour la justice. Par la lecture et la pratique des Écritures, ils se sont aperçus que Dieu était du côté des pauvres, des opprimés et des proscrits : en un mot, de leur côté. Dans un deuxième temps, l’auteur examine le lien de la théologie de la libération avec le marxisme. Pour cela, il approfondit quatre thèmes qui sont partie intégrante de la théologie de la libération et qui ont des points communs avec la pensée marxiste : la critique de l’idéologie, la théorie de la dépendance, l’option préférentielle pour les pauvres et l’homme comme sujet de l’histoire. L’auteur conclut que la théologie de la libération s’est engagée dans un dialogue crucial avec le marxisme, qu’elle a enrichi par ce dialogue la compréhension des catégories bibliques et de la doctrine chrétienne, mais que son rapport au marxisme ne concerne que le domaine de l’analyse sociale; même là, ce rapport n’est que tangentiel.

Liberation Theology and Marxism

The author begins by explaining the meaning of the Liberation Theology movement, its origins and its impact on the Church. Liberation Theology is the product of new religious experiences undergone by Latin American Christians fighting for justice. Through reading and application of the Scriptures they realized that God is on the side of the poor, the oppressed and the outcast—in short, God is on their side. The author then examines the link between Liberation Theology and Marxism. To do this he develops four integral themes in Liberation Theology that have points in common with Marxism: the Critique of Ideology, Dependency Theory, the Preferential Option for the Poor and Man as the Subject of History. The author concludes that Liberation Theology has entered into a crucial dialogue with Marxism, that it has enriched, through this dialogue, the understanding of the biblical categories of Christian doctrine, but that its relationship to Marxism involves only the area of social analysis and even there the relationship is only tangential.

Denyse Therrien

Cinéma et Tiers monde : quel regard ?

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L’auteur de cet article interroge les pratiques cinématographiques en rapport avec le Tiers monde, en particulier dans le documentaire. Il s’agit d’abord de questionner l’intérêt de bon nombre de cinéastes pour des problèmes relatifs au Tiers monde et la volonté qui semble les animer de donner des pays concernés une « certaine image », parfois très différente et parfois même contradictoire d’un cinéaste à l’autre. Ce premier questionnement débouche sur le regard posé par ces cinéastes sur la ou les réalités vues et filmées mais peu souvent vécues par eux. Le fond de la question reste la fonction du documentaire, ainsi que les problèmes de diffusion et de réception. Pourquoi, comment et pour qui filmer le Tiers monde ?

Cine y Tercer Mundo: ¿Qué visión?

The author questions filmmaking practices where the Third World is the subject, especially in the case of the documentary. She starts out by examining the interest harbored by so many filmmakers for Third World problems and wonders about the motivation which seems to lead to « images » that are very different from one filmmaker to another. While her initial question focuses on the filmmaker’s view of realities seen and filmed but rarely experienced, the main point at issue is the purpose served by the documentary, and the problems of distribution and audience perception. Why, how and for whom is the Third World filmed?

 

Débat


Marcel Rafie

La crise des savoirs revisitée

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L’auteur revient sur le dossier monté par la Revue internationale d’action communautaire, dans son numéro 15/55 du printemps 1986, sur les « savoirs en crise ». Il en relève les thèmes les plus récurrents et tente de montrer que, malgré l’éclatement des formes de connaissance, malgré les explorations poussées dans les directions les plus diverses, ces thèmes renvoient à quelques traits fondamentaux qui dessinent une figure cohérente et partiellement… familière. La double occurrence actuelle de l’indéterminisme et du retour du sujet semble constituer un moment banal d’une histoire des sciences sociales qui n’a cessé d’être travaillée, depuis la fin du XIXe siècle, par le débat classique entre positivistes et humanistes. Et, de fait, nombre d’approches esquissées dans le dossier (compréhension, intersubjectivité, quête des significations vécues) renvoient à des thèmes inaugurés voilà plus d’un siècle par l’école historique allemande. Il est donc regrettable qu’on ne soit pas allé aux sources de l’herméneutique compréhensive : à ignorer l’histoire (des sciences), on prend le risque de bégayer ses concepts. Par ailleurs une dimension incontestablement nouvelle apparaît dans le paysage actuel des sciences sociales : les sciences naturelles ont perdu leurs prestiges, n’apparaissant plus ni comme modèle obligé ni comme repoussoir. L’occasion est d’autant plus propice à une collaboration sans complexe que des problèmes similaires se posent ici et là. N’est-ce pas le caractère effervescent, aléatoire et imprévisible de la socialité qui commande les approches par la description et le récit ? Et n’est-ce pas l’irréversible et l’aléatoire que tentent de penser certains paradigmes nouveaux en sciences naturelles, comme la thermodynamique des systèmes de non-équilibre ? Tels sont, parmi d’autres, quelques pistes et prolongements que pourrait éventuellement prendre un « Savoirs en crise II » que l’auteur appelle de ses voeux.

TTTTTeng

The author harks back to a subject featured in an earlier issue: the knowledge crisis (Revue internationale d’action communautaire, 15/55, Spring 1986). Returning to some of its most recurrent themes, he attempts to show that in spite of the explosion in forms of knowledge, in spite of extensive exploration in many directions these themes have certain basic features that create a coherent and… slightly familiar form.

The simultaneous occurrence of indeterminism and the return of the subject seems quite an ordinary event in a history of social sciences which since the end of the 19th century has been belabored by the incessant classic debate between Positivists and Humanists. And in fact, many of the approaches outlined in this area (comprehension, intersubjectivity, the search for experienced meaning) relate to themes generated more than a century ago by the German historical school. It is therefore regrettable that we did not look to the roots of comprehensive hermeneutics: In ignoring history (of the sciences) we risk faltering in the expression of its concepts. In other respects an incontestably new dimension appears on the landscape of social sciences. Natural science have lost their prestige, no longer obligatory as a model or seen as a reference point. The time is especially right for an open exchange since similar problems are cropping up on various points. Doesn’t the very effervescent, uncertain, unpredictable quality of socialness demand a descriptive, narrative approach? And isn’t it the uncertain and irreversible that some of the new natural science models such as the thermodynamics of non-equable systems are attempting to deal with? These, among others, are some of the directions and extensions that a « Knowledge Crisis II » could explore, and the author makes a strong appeal for work in this vein.

Gary Craig

L’action communautaire et l’État

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Cet article réalise une revue des principales influences qui ont marqué le développement de la théorie et de la pratique du travail communautaire au Royaume-Uni. L’auteur analyse le contexte politique dans lequel ont travaillé les animateurs communautaires et, plus particulièrement, l’évolution de leur relation avec l’État. Pour que le travail communautaire conduise au changement social, les animateurs communautaires doivent interpréter clairement la nature de l’État, les diverses manières dont les conflits sociaux se déroulent à travers lui et les voies offertes par leur appui et leur participation à l’action progressiste. En Grande-Bretagne, ces questions sont des enjeux majeurs dans la mesure où elles renvoient à l’évolution récente des relations entre le gouvernement central et les gouvernements locaux et aux conflits qui en découlent.

Community Work and the State

This article reviews the main influences marking the development of both the theory and practice of community work in the United Kingdom. The author analyzes the political context in which community animators have worked and, particularly, the relationship between these workers and the State.

In order for community work to lead to progressive social change, community animators must have a clear understanding of the nature of the State, how social conflicts have been handled through the State and the channels opened by their own support of and participation in progressive action. It Great Britain community work is in itself a major issue given recent changes in relations between the central government and local governments and the conflicts which have ensued.

 

Notes de lecture


Rodolphe De Koninck

Jean-Raphaël Chaponnière, La Puce et le riz. Croissance dans le Sud-Est asiatique, Paris, Armand Colin, 1985, 208 p.

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Pierre Hamel

Serge Latouche, Faut-Il refuser le développement ?, Paris, PUF, 1986

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