Savoirs en crise

Sous la direction de Jacques Fisette, Pierre Hamel, Gilbert Renaud, Céline Saint-Pierre et Ricardo Zúñiga

Flottements, incertitudes, désarroi, vide, piétinements, voilà des qualificatifs plutôt moroses mais néanmoins souvent utilisés pour traduire le sentiment qu’éprouvent les chercheurs des sciences sociales confrontés (…)

 

cover-LSP15

 
TABLE DES MATIÈRES

 

Jacques Fisette, Pierre Hamel, Gilbert Renaud, Céline Saint-Pierre et Ricardo Zúñiga

Présentation du numéro

Article complet

 

I. Les sciences sociales en crise


Didier Le Gall et Claude Martin

Crise et conversion dans le champ du savoir

Résumé / AbstractArticle complet

C’est de « l’intérieur » que les auteurs se proposent d’exposer, dans cet article, ce qui leur semble être en jeu dans cette crise que connaissent aujourd’hui les sciences sociales : à la fois comme chercheurs et comme témoins. La crise du savoir n’échappe pas au constat de l’épuisement d’un ordre de rationalité : épuisement des grandes théories à expliquer la réalité dans sa complexité; fin de l’hégémonie des approches quantitatives. Mais aussi, redécouverte des approches qualitatives et apparition de nouvelles forces de « connaître » incluant des registres tels que l’affect, l’imaginaire, la socialité, l’émergence de la pluralité des objets et de l’interdisciplinarité. Remise en question du statut du chercheur, en même temps que dévalorisation des diplômes en sciences sociales, accompagnent cette entrée dans l’incertitude, dans ce processus de « crise du savoir ». Mais aussi, création possible d’un espace de conversion d’où émergent une critique des champs de la science et de la pratique, de nouveaux « terrains d’aventure » et d’expérimentation, et une production de nouveaux regards sur le social.

Crisis and Conversion in the Field of Knowledge

On the basis of their experience as observers and researchers in the social sciences, the authors offer an « inside perspective » concerning the crisis which has shaken the foundations of contemporary social science. This crisis of knowledge clearly reveals the fatigue of a certain rational order as evidenced on the one hand by the failure of ambitious theoretical constructs to deal adequately with the complexity of reality and on the other, by the end of the hegemony exercised by quantitative approaches. At the same time, we are rediscovering the usefulness of more qualitative approaches and experimenting with new means of « knowing » which occur on the level of our emotions and imagination. Social existence, multiple levels of meaning and interdisciplinarity have come into a new focus. The status of the researcher is increasingly questioned and the value of his diplomas has dropped as we enter the realms of incertainty brought about by the knowledge crisis. A new space is being created for « conversion » which generates a critique of science and praxis together with new paths for exploration and experience and ultimately a new perspective on social phenomena.

Marc-Henri Soulet

Les sciences sociales en quête de scientificité : l’exemple des recherches sociales

Résumé / AbstractArticle complet

L’auteur analyse les formes actuelles de délimitation de la scientificité en sciences sociales, et la manière dont elles sont produites, en postulant que l’économie générale des rapports de raison y est supportée par des rapports de forces entre chercheurs, combinant positions et stratégies. L’auteur prend appui sur un champ particulier des sciences sociales, la recherche sociale, parce que celle-ci semble exacerber cette situation de flottement de l’orthodoxie scientifique et présager des voies de « recomposition » plus nettes.

The Social Sciences in Search of Scientific Status: The Example of Social Research

The author analyses the forms of definition of scientific status in the social sciences and the ways in which these forms are produced. He begins with the postulate that the economy of reason relations is built upon the force relations between researchers as expressed by the positions and strategies present in a particular field. The author examines the situation in a particular field of the social sciences, that of social research, because this field provides an eloquent example of the shifting criteria of scientific orthodoxy and seems to show promise for a clearer restructuring of the situation.

Georges Thill

Rationalité scientifique et imaginaire social

Résumé / AbstractArticle complet

Toute production et tout produit scientifiques supposent un rapport inéliminable entre une rigueur à prétention universelle et des conditions pratiques de possibilité, autant d’a priori rationnels et a-rationnels d’ordre épistémologique, institutionnel, sociologique, politique et culturel.

À une époque où un des soucis de nos sociétés démocratiques est de pouvoir garder, sinon prendre, le contrôle d’une part de leur destinée, avec l’essor des technologies nouvelles il importe de considérer les savoirs scientifiques et technologiques comme des institutions socio-historiques particulières. Mesures, quantifications et cohérences rationnelles s’articulent sur des questions de fond dont la pertinence sociale et culturelle échappe bien souvent à la rationalité instrumentale des savoirs scientifiques et technologiques établis.

L’article tente de montrer en quoi des pertinences fondamentales peuvent réinterroger des rationalités en place et, grâce à des pratiques d’interdisciplinarité effectives, inscrire des problématiques neuves dans des procès de développement global.

TTTTTeng

All scientific production assumes that there exists a necessary relationship between a universal scientific rigor and practical conditions. This assumption involves rational and non-rational postulates of an epistemological, institutional, sociological, political and cultural nature.

The development of new technologies has confronted contemporary democratic societies with a new challenge to their capacity to influence, if not control, their own futures. In this respect, it is essential that scientific and technological knowledge be considered as specific social and historical institutions. Means of measurement and quantificantion together with forms of rational coherency are elaborated in response to fundamental questions. The social and cultural relevance of these questions however, is often ignored by the instrumental rationality of established scientific and technical knowledge. This article attempts to show how these fundamental questions can make useful criticism of dominant forms of rationality and how a real interdisciplinary approach can provide fruitful new possibilities for our understanding of the process of global development.

 

II. Connaissance et action : de nouvelles incertitudes


Judith Innes de Neufville

Entre le savoir et le faire : vers un trait d’union

Résumé / AbstractArticle complet

Les postulats positivistes de base sur la nature de la connaissance scientifique limitent l’utilisation systématique des potentialités de l’information et de la connaissance par les planificateurs. L’auteur dénonce ces postulats et propose une conception de la connaissance et de son usage basée sur des prémisses nouvelles, et une approche différente de la réalité sociale et du rôle de chercheur scientifique. L’auteur suggère enfin dans cet article un modèle de pratique où les planificateurs lancent des débats, reformulent des questions et des objectifs, plutôt que de se replier dans un rôle d’analystes techniques à l’écart des débats publics et des problèmes politiques.

Knowledge and Action: Making the Link

The fundamental assumptions of positivism concerning the nature of scientific knowedge places severe limits on the potential for knowledge use. The author criticizes these assumptions and explores an alternative conception of knowledge based on different premices. This conception emphasizes a more phenomenological approach for dealing with social reality and involves a redefinition of the role of knowledge providers. The article outlines a model within which planners stimulate debate and reformulate questions and objectives rather than remaining aloof in their role as technical analysts, isolated from public debate and political problems.

Jacques Fisette

Les fondements pragmatiques de la planification

Résumé / AbstractArticle complet

L’action en planification a été traditionnellement présentée comme un substitut aux lois sociales qui, autrement, détermineraient l’évolution de la réalité sur laquelle portera l’action. Dans cette perspective, la connaissance scientifique de ces lois sociales s’avère être un enjeu déterminant du fondement de l’action en planification. L’auteur se propose ici de montrer comment les pratiques planificatrices, malgré un discours et des allures de scientificité, puisent leur fondement dans une diversité de champs de connaissances aux statuts cognitifs fort différents.

Pragmatic Foundations of Planning

The ultimate goal of planning has been traditionally seen in terms of its capacity to provide alternative solutions to situations which result from the unfettered operations of social laws. Scientific knowledge of these laws therefore is of the utmost importance for justifying planning. The author argues here however, that methods used in planning, in spite of their scientific aura, are in fact, grounded in many different fields of knowledge which vary considerably in cognitive status.

Pierre Hamel

Les pratiques planificatrices dans le contexte actuel : comment interpréter l’appel à la participation ?

Résumé / AbstractArticle complet

À partir des années 60, les pratiques planificatrices se sont développées en référence au modèle rationaliste qui fournissait certaines garanties opérationnelles et correspondait à une vision élitiste du politique. Or voilà que la crise de la fin des années 70 et du début des années 80 semble entraîner une redéfinition du rôle de l’État et, en même temps, des pratiques planificatrices. Qu’en est-il au juste : peut-on parler d’un nouveau paradigme de la planification ?

Après avoir défini la planification comme étant avant tout un processus politique, l’auteur présente rapidement quelques aspects du modèle rationaliste et de sa remise en question. Enfin est abordée la forme que prennent les pratiques planificatrices dans le contexte actuel en faisant appel, notamment, à la participation. De manière exploratoire, trois niveaux d’intervention sont rapidement examinés : 1) l’élaboration de politique, 2) la mise en place d’un cadre de gestion différent, 3) la réalisation d’interventions ponctuelles.

Planning in Today’s Societies: What Does Participation Mean?

Since the sixties, planning has developed within a framework of a rationalist model designed to provide operational parameters. This model corresponded to an elitist view of the political process. The crisis of the late seventies and early eighties has brought about a redefinition of the role of the State and consequently of planning. Where do we stand today? Can we speak of a new planning paradigm? After having defined planning as primarily a political process, the author briefly describes the main aspects of the rationalist model and its failures. He then goes on to discuss planning in the present day context and in particular as it relates to the theme of participation. Three levels of action are examined: (1) Policy making; (2) new management models, and (3) short term projects.

Luc Racine et Gilbert Renaud

De la crise des sciences sociales aux pratiques d’une socialité silencieuse

Résumé / AbstractArticle complet

Limites du causalisme, échec du positivisme et effondrement des grandes approches théoriques que furent le marxisme et le structuro-fonctionnalisme : autant de facettes de la présente « crise » épistémologique et éthique des sciences sociales. Dans une pareille situation, l’adoption d’un point de vue relativiste et acritique représente une solution plus qu’honorable. Cette démarche s’accompagne d’une prise en compte de l’importance du rapport à l’autre, et d’une perspective compréhensive plutôt qu’explicative. Une telle approche peut s’avérer féconde pour une éventuelle réorientation du travail social. En ce domaine, l’imaginaire du Progrès et de sa critique pourrait bientôt céder le pas à celui d’une socialité silencieuse et délinquante, à la fois créatrice et passionnée.

From the Crisis of the Social Sciences to the Praxis of a Silent Social Existence

The failures of causal explanations, positivism and ambitious theoretical approaches such as marxism and structural functionalism constitute different aspects of the same epistemological and ethical crisis of the social sciences. To adopt a relativistic, a-critical point of view in the present situation is perhaps the most honorable solution. This means that more attention should be paid to the importance of the relation to the « Other » and to a perspective which seeks understanding more than explanations. Such an approach holds promise for rethinking our approaches to social work. Perhaps the fantasm of Progress—and its mirror-image: the critique of Progress—will eventually be replaced by a delinquant and silent social existence which would be both creative and impassioned.

 

III. Savoirs scientifiques et pouvoirs


Dorothy Nelkin

Savoir scientifique, politiques gouvernementales et démocratie : survol des perspectives

Résumé / AbstractArticle complet

L’effet du savoir scientifique sur un ensemble de valeurs, définies de façon plutôt vague, que l’on désigne sous le nom de « démocratie », continue de susciter des passions et des analyses, comme en témoignent les revendications populaires en faveur d’une plus grande participation de la population aux processus de prises de décision relatives aux dossiers scientifiques. De telles revendications soulignent l’importance du débat politique dans des domaines qui furent jusqu’ici réservés à la recherche scientifique.

Cependant, un débat éclairé ne peut avoir lieu que dans la mesure où les participants ont une certaine compétence dans le domaine technique, ne serait-ce que pour pouvoir évaluer les « impératifs techniques » des choix réels qui se posent. Le savoir scientifique — tout comme la terre, la force de travail et le capital — constitue une ressource, voire une marchandise. La possibilité d’utiliser et de contrôler cette ressource a des conséquences importantes sur la distribution du pouvoir politique dans les sociétés démocratiques.

Scientific Knowledge, Public Policy and Democracy

The effect of scientific knowledge on the vaguely defined set of values known as « democracy » is a matter of persistent concern. This is reflected in populist demands for greater public participation in major policy choices. Such demands underscore the need of political dialogue in areas formerly in the domaine of expertise. Informed dialogue however, and meaningful negotiation over policy choices require competence to deal with difficult technical information—if only to prevent such choices from being masked as technical imperatives. Scientific knowledge, like land, labour and capital, is a resource—indeed a commodity—and the ability to manipulate and control this resource has profound implications for the distribution of political power in democratic societies.

Ricardo Zúñiga

La construction collective de significations : un projet de systématisation d’expériences

Résumé / AbstractArticle complet

Une crise des savoirs affaiblit l’emprise des paradigmes dominants, les rend moins contrôlants et plus tolérants à d’autres perspectives et à d’autres sources de connaissances dans la production des savoirs. C’est dans un tel cadre que l’article analyse une expérience chilienne, un projet collectif qui cherche à systématiser l’expérience d’une centaine de projets d’éducation populaire et d’action sociale, et à identifier l’effet de leur contribution à la construction des savoirs sur l’action culturelle. L’auteur analyse les problèmes epistémologiques soulevés par une telle entreprise, et les facteurs reliés à l’atteinte de ses buts.

The Collective Construction of Meanings: an Attempt at Systematization

An epistemological crisis has undermined dominant paradigms, making them less effective as means of control and more tolerant of other perspectives and other sources of knowledge. With this context in mind, the author analyses a project in Chili which sought to systematize the collective experience of over a hundred adult education and social action initiatives. The focus of this project was to identify the contribution made by these initiatives to the construction of new knowledge concerning cultural action. The author analyses the epistemological problems involved and the factors which contribute to the success or failure of such an attempt.

Olivier Corpet, Madeleine Hersent et Jean-Louis Laville

Le savoir sans privilèges

Résumé / AbstractArticle complet

S’inscrivant dans une perspective de recherche-action, les auteurs relatent une expérience menée par un collectif d’intervention — le Centre de Recherche et d’Information sur la Démocratie et l’Autonomie — auprès d’un centre communautaire pour jeunes dans la banlieue sud de Paris. Le mandat du collectif d’intervention était double : aider à la création d’emplois et amener les participants du centre à y voir plus clair sur le quant à leurs pratiques et leur mode d’organisation.

Cette expérience conduit les auteurs à s’interroger à la fois de manière rétrospective et prospective sur les stratégies de réappropriation du savoir par les acteurs sociaux eux-mêmes. S’il est possible d’élaborer de nouvelles formes de gestion collective qui vont de pair avec un partage du savoir et des compétences, ceci ne peut se réaliser qu’à la condition d’établir une démarcation entre celles-ci et les « illusions progressistes dominantes ».

Knowledge Without Privilege

The authors describe a research-action project of the Research and Infromation Center on Democracy and Autonomy which was undertaken in conjunction with a Youth Center in the southern suburbs of Paris. The mandate of the Research and Information Center had two main objectives: (1) to help the participants in the Youth Center to clarify group strategies and structures. On the basis of their involvement in this project, the authors raise questions concerning past experiences and possibilities for the ruture in regards to the ussue of social control of knowledge production. It may be possible to define new forms of collective management which encourage sharing of knowledge and expertise but this can only be achieved if certain « progressive » illusions which pas for truth are questioned.

Monique Laigneau

Un nouveau champ d intervention : « la Culture Scientifique, Technique et Industrielle »

Résumé / AbstractArticle complet

Depuis 1982, est née en France une politique de développement de la Culture Scientifique, Technique et Industrielle. L’enjeu de cette démarche est avant tout économique : essayer de se sortir de la crise. Pour mobiliser les populations, il était d’une part nécessaire de mémoriser les savoir-faire traditionnels valorisant le capital culturel en voie de disparition de milliers de travailleurs, et d’autre part de mettre en oeuvre des projets favorisant l’acculturation à la modernité, c’est-à-dire l’apprentissage des nouvelles technologies.

Une techno-culturello-structure s’est mise en place à travers un certain nombre de réalisations, lesquelles posent des problèmes quant au partage du savoir et aux processus enclenchés pour une réelle démocratisation des connaissances.

Cependant, ce qui paraît le plus important c’est l’impulsion d’une expérimentation sociale et culturelle authentiquement démocratique. Mais peut-être n’est-ce là qu’une mode conjoncturelle ?

A New Field for Action: « Scientific, Technical and Industrial Culture »

In 1982, the French government adopted a policy of development for scientific, technical and industrial culture. The main objective was economic: to combat the effects of the recession. In order to win active public support, it was necessary, first of all, to record traditional forms of practical knowledge and to recognize the contribution of a cultural capital possessed by thousands of workers which is now threatened with extinction. Secondly, initiatives had to be taken which would encourage acculturation to modernism—a kind of literacy programme for new technologies. A technical cultural structure came into being as these efforts took form which raised the issues of sharing knowledge and the ways in which a real democratization of knowledge could be achieved. The most important achievement however, lies in the authentically democratic social and cultural expermination which took place. But perhaps this was only a passing phase?

 

IV. L’éclatement de modes de connaissance


Guy Ménard

Note irrévérencieuse… : — quoique épistémologique! — sur l’ethno-musicologie, la socialité, l’inquisition, la forme et, de manière générale, les sciences sociales

Résumé / AbstractArticle complet

« Pourquoi des poètes en ce temps de détresse épistémologique des sciences sociales ? » Telle pourrait être, paraphrasant Hölderlin, l’interrogation-amorce de cet article qui propose quelques pistes de réflexions en ce sens à partir du spectacle-performance de l’ethnomusicologue et artiste italienne Giovanna Marini. Celle-ci, depuis quelques années maintenant, et sur plusieurs scènes d’Europe et d’Amérique, se transforme en cantastorie, en raconteuse-chanteuse, qui tente de faire revivre, à travers le récit et la musique, le quotidien des petites gens de l’Italie « profonde » que sa « pratique de terrain » lui a appris à connaître. À travers l’« exemple » de G. Marini, l’article aborde un certain nombre de thèmes au coeur de la pratique et du discours des sciences humaines : la socialité, l’interprétation, la formalisation. Il interroge la violence qu’exerce souvent sur le réel une entreprise scientifique en bonne partie née de l’Inquisition. Les sciences sociales, suggère-t-il, peuvent être autre chose que des « sciences auxiliaires de la police » — à condition de se faire complices du clin d’oeil du poète, comme en écho à ce « rire de Dieu » dont parlait Kundera…

An Irreverent Note

« Why a poet in these times of epistemological distress in the social sciences? »… After Holderlin, we may wish to begin our reflexion with this question. This article shares some of the author’s impressions of the performance given by the italian ethno-musicologist and artist Giovanna Marini. G. Marini is a cantastorie, a story-singer, who has presented her work for some years now in both Europe and America. Her stories and music recreate the daily life of ordinary people in Italy which she discovered through her « field work ». The « example » of Marini leads the author to question certain themes which characterize the rhetoric and practice of the social sciences: social existence; interpretation, and formalization. He examines the scientific enterprize as a form of violence on reality, an enterprize which was born with the Inquisition. The social sciences, he suggests, can be something other than sciences of repression if they are willing to be seduced by the poet’s wink and to listen what Kundera calls « the laughter of God ».

Alain Médam

Des grilles et des vies

Résumé / AbstractArticle complet

Pourquoi cette volonté de réduire les objets qui existent dans la société, aux grilles d’analyse conceptuelle qu’on est amené, à leur propos, à élaborer ? Très vite ce n’est plus l’objet — proliférant, vivant, ambigu — qui désigne la théorie pertinente mais la grille se pensant omnisciente qui prétend désigner ce qui est digne du titre d’« objet ». Ce n’est plus le monde, autrement dit, qui suscite la nécessité de la carte mais l’empire de la carte qui délimite le monde à considérer. Ce renversement entre la pensée et le réel est dû au fait que le penseur veut expliquer de haut son objet, et ceci d’autant plus qu’il s’y sent impliqué. Il y est juge et partie. L’explication, en ce sens, est un coup de force exercé sur l’objet afin de s’expliquer à tout prix hors de lui. Le désir de neutralité soutient cet effort mais il est de plus en plus illusoire. N’est-il pas préférable, dans ces conditions, d’expliciter plutôt qu’expliquer, en admettant et en révélant l’implication dans laquelle on se trouve, quoi qu’on fasse ? En acceptant sa position toute relative et subjective ? Peut-être… Mais l’explication, elle aussi, a ses limites et ses contraintes de sorte qu’il faudrait, à la fois, pouvoir expliquer et expliciter, pouvoir s’expliquer et s’impliquer.

Analytical Frameworks and Life

Why do we tend to reduce social objects to the dimensions of the analytical frameworks we have worked out for them? Too often the object—alive, growing and ambiguous—no longer feeds theoretical reflexion. On the contrary, it is the theoretical framework which claims to define what constitutes a proper object. Metaphorically, we can say that it is no longer the world which makes maps necessary but rather the map which identifies the world to be explored. This inversion between thought and reality is due, in part, to the fact that the thinker wants to explain his object « from the outside »—all the more so because he feels himself involved. He is both judge and accused. The « explanation » can thus be seen as a form of violence exercised upon an object to « get outside » of it. The pretension of neutrality is meant to lend credence to this operation but the illusory nature of this neutrality is more and more apparent. Would it not be preferable then, to seek to make explicit rather than to seek to explain and to admit one’s involvement. Shouldn’t we accept the fact that all positions are relative and subjective? Perhaps… but to make explicit is not everything; here too, limits and constraints are involved. An effort should be made both to make explicit and to explain, to involve oneself and to rise above one’s own situation.

Michel Maffesoli

L’hypothèse de la centralité souterraine

Résumé / AbstractArticle complet

Une des caractéristiques de la postmodernité est certainement la loi du secret. Cette thématique du secret constitue une manière privilégiée de comprendre le jeu social qui se donne à voir, notamment, dans l’éclosion des petites tribus actuelles. Partant de cette loi du secret qui cimente le groupe et permet la résistance vis-à-vis des pouvoirs extérieurs, l’auteur cherche à montrer la fécondité de cette hypothèse d’une centralité souterraine pour la compréhension de phénomènes sociaux actuels.

The Underground Centricity Hypothesis

One of the characteristics of postmodernism is most certainly the law of secrecy. This theme of secrecy provides a promising avenue of exploration of the social game as witnessed, for example, in the development of little « tribes ». The law of secrecy encourages group cohesion and stimulates group resistance to outside powers. With this in mind, the author argues that the underground centricity hypothesis can make a useful contribution to our understanding of contemporary social phenomena.

 

Notes de lecture


Patrice Noisette

Jean-François Laé, Numa Murard, L’argent des pauvres, Paris, Éditions du Seuil, 1985

N/A Résumé / Abstract Article complet

Maria-Teresa Cao

Samuel H. Taylor et Robert W. Roberts (Eds.), Theory and Practice of Community Social Work, New York, Columbia University Press, 1985, 442 p.

N/A Résumé / Abstract Article complet

Béatrice Sokoloff

Michel Serres, Les cinq sens, Paris, Grasset, 1985

N/A Résumé / Abstract Article complet