La prévention, entre le contrôle et l’autogestion

Gilbert Renaud

Depuis bon nombre d’années, la prévention est à l’ordre du jour, pour ne pas dire qu’elle est au programme de plusieurs États. Certes, l’objectif et les moyens de l’action préventive se sont déplacés en cours de route (et ce, plus particulièrement dans la situation de crise que traversent nos sociétés) (…)

 

cover-LSP11

 
TABLE DES MATIÈRES

 

Gilbert Renaud

Présentation du numéro

Article complet

 


I. La prévention : un travail sur le social


 

1. Les avatars de la prévention

 

La prévention : un travail sur le social

N/A Résumé / Abstract Article complet

Charles Tousignant et Nora Morales

City slum

Résumé / AbstractArticle complet

Depuis plus de dix ans qu’elle est connue des services sociaux, la famille Grouillant est considérée par les institutions comme « un milieu criminogène ». En fait, il y a eu au cours de ces dix dernières années, de nombreuses interventions auprès des Grouillant. Toutes ont plus ou moins échoué.

Le dossier Grouillant se présente sous forme d’une volumineuse liasse de huit pouces de documents, d’évaluations, de lettres, de notes, etc.

Cette écriture brute reflète la quotidienneté de l’exercice du contrôle social par les institutions. Or dans toute leur authenticité, ces documents plaident plutôt pour la famille Grouillant que pour la pratique du travail social. C’est un travail social judiciarisé qui fonctionne sur le mode du secret, à travers des documents confidentiels, à travers le huis clos de réunions entre intervenants d’où sont totalement exclus les principaux concernés : les Grouillant.

Dans la mesure où le contrôle social qui caractérise ce type de travail social plus que tout autre s’exerce en permanence sur la quotidienneté, il est essentiel de le prendre sur le vif, de le laisser discourir dans toute sa vérité nue.

C’est ce que propose cet article qui, dans un deuxième acte, nous permet de rencontrer les Grouillant dans leur vie de tous les jours.

City Slum

The « Grouillant » family has been tagged as « criminally dangerous » by the social service agencies involved with this family over the last ten years. All attempts at remedial action have met with little success as is evidenced by the eight inch thick file of letters, case reports and studies on this family.

The authentic documents in this file reveal the raw reality of social control exercised by the social service network. On the balance, one can not help feeling that more of a case can be made for the Grouillant family than for social work practice.

More than anything else, what becomes apparent is that social work practice has become a para-judicial system which functions on the basis of confidential documents and meetings behind closed doors. The principal accused—the Grouillant family—are totally excluded from the process.

To the extent that the social control inherent in this type of social work is constantly present in the daily life of this family, it is essential to reveal these documents as they were really written in order to see the naked truth. This is the object of the first part of the article while the second part introduces us to the daily life of the Grouillant family.

Camil Bouchard

Prétendre prévenir

Résumé / AbstractArticle complet

La notion de prévention, bien que séduisante, comporte son lot d’ambiguïtés. Directement rattachée au modèle médical de la (psycho) pathologie, les diverses formes de prévention apparaissent finalement comme un même effort de redressement posé à des moments différents. Identifier prévention primaire à promotion ne fait, d’autre part, qu’entretenir la confusion et maintient une référence fautive à un modèle médical absent des opérations de développement communautaire.

Cette réflexion précède une seconde partie où l’on retrouve la description d’une recherche concernant la problématique de l’abus et de la négligence envers les enfants. Les différents niveaux d’intervention associés à la démarche de recherche tiennent tantôt de l’intervention précoce et tardive, et tantôt d’une approche de promotion du développement de l’enfant et de sa communauté. C’est finalement un double modèle interactif qui se dégage de cette exploration : intervention précoce et tardive promotion, individus-communauté.

The goal of prevention

The idea of prevention, while attractive, is plagued by fundamental ambiguities. To the extent that the various types of prevention are conceived of in terms of a medical model of (psycho)-pathology, they tend to be seen as different steps in an overall process of remedial action. To identify primary prevention as development only serves to maintain this confusion and keeps intact the reference to a medical model which really has no place in a community development project.

With this in mind, the author explains a research project on the question of child abuse and neglect. The different levels of intervention used in this research involve both early and late intervention on the one hand and a developmental approach to the child and his or her community. The final result is a two pronged interactive model which attemps to integrate early and late intervention with an individual/community approach.

Léonel Bernard et André Lapierre

Loi 24 : Délinquance juvénile et pratiques préventives

Résumé / AbstractArticle complet

Les auteurs élaborent ici une réflexion sur le rôle de la déjudiciarisation dans l’instauration de pratiques préventives, à la suite de la promulgation de la Loi québécoise sur la protection de la jeunesse (loi 24). À partir d’une analyse de quelques programmes dits préventifs, ils mettent en évidence l’aspect fractionnaire de ces programmes (centrés soit sur la cible, soit sur l’acteur) et ils démontrent que ces programmes ne s’inscrivent pas dans une politique globale de bien-être social. En ce qui touche les pratiques relatives à la jeunesse, les auteurs montrent qu’elles n’ont pas subi de changement significatif à la suite de l’adoption de la loi 24. Cette loi n’a fait que consacrer des modèles de pratique déjà existants sans réussir à leur donner une réelle dimension de prévention. Il apparaît ainsi que le discours préventif se limite à l’effort d’implication de la communauté dans la gestion de la délinquance juvénile.

Bill 24: Juvenile delinquancy and the practice of prevention

The authors discuss the issue of dejudiciarization as it has been put into practice in the case of the Youth Protection Act (Bill 24) in Québec. On the basis of an analysis of several so-called prevention programmes, they argue that the sectorial nature of these programmes (which deal with specific areas or « clients ») prevent them from contributing to an overall policy of social welfare. In fact, youth protection action has remained substantially unchanged since the adoption of this act. It would appear that this law has served more to confirm already existing modes of intervention than to contribute in any real way to prevention. On the whole, the theme of prevention seems to be limited to an attempt to involve the community in the management of the problem of juvenile delinquancy.

Gilbert Renaud

Les « progrès » de la prévention

Résumé / AbstractArticle complet

La prévention est entrée dans les moeurs étatiques et elle s’harmonise avec le chant technocratique de la rationalisation, de la planification, de la programmation et de la participation communautaire. À travers ce dispositif s’opère la modernisation de la société québécoise qui accentue sa capacité d’intervention sur elle-même. Ce faisant, la prévention devient un enjeu pour des acteurs sociaux en lutte autour du contrôle du système ainsi constitué.

La prévention procède ainsi de la modernisation technocratique qui ouvre la voie à la construction d’un « social » où s’organise, à travers des rapports sociaux de domination, le développement. Mais, contradiction et paradoxe : ce qui se donne sous le couvert d’une modernisation, d’un progrès rendant possible un fonctionnement social plus rationnel dont les ramifications étendent désormais le champ d’action de nos sociétés, ouvre aussi la voie d’une mort sociale. En effet, parce qu’elle relève du dispositif étatico-rationnel de domestication des passions humaines et de gestion sociale, la prévention nourrit une destruction des régulations spontanées de la vie communautaire. Il apparaît ainsi qu’elle s’inscrit dans un double registre : elle contribue à l’édification d’un « social-étatique » dont le progrès dévore le social organique.

The « progress » of prevention

Prevention has become an accepted objective for state action when it is harmonized with the technocratic goals of « rationalization », planning, programming and community participation. As such it is seen as part of the process of modernization of Quebec society as it seeks to increase its capacity to act upon itself. At the same time, this means that prevention becomes an issue for the social groups involved in a struggle for the control of this key area.

Prevention thus becomes part of the process of technocratic modernization and as such, can be seen as an area for social development structured by the social relations of domination. There is a contradiction and a paradox here however. What appears on the one hand to be an attempt to modernize—to bring about progress and a more rational use of resources through an extension of the field of intervention, also contributes to the destruction of the vitality of social existence. To the extent that prevention policy is part of an overall « rationalization » of society by the state, it seeks to destroy the spontaneous operation of community life. In this sense, prevention policy contributes to the development of rational state control of social existence at the cost of the organic nature of daily life.

 

2. Vers de nouvelles stratégies d’intervention

 

Nasser Baccouche

Une nouvelle stratégie de connaissance et d’action

Résumé / AbstractArticle complet

Avec la division du travail intellectuel, on assiste à la montée des spécialisations ainsi qu’à une dissociation de plus en plus marquée entre la pensée et l’action. Le travail social n’échappe pas à cette logique technocratique d’efficacité qui invalide toute démarche analytique en rupture avec les méthodes traditionnelles du savoir. Pourtant, une nouvelle appréhension du réel et, par conséquent, de nouvelles alternatives d’intervention ne peuvent surgir que de la rupture radicale avec des traditions de connaissance et d’action correspondant au renforcement de la « raison d’État ».

Towards a new strategy for knowledge and action in social work

The increasing division of intellectual labour has brought about a series of new specializations and an ever greater separation between theory and practice. The field of social work is no exception to this rule laid down by the demands of technocratic efficiency and any attemps at analysis outside this framework is increasingly difficult. And yet, a new understanding of reality and consequently, new approaches for action can only be achieved if there is a radical break with the traditions of analysis and action which legitimize state action in this area.

Michel Autès et Dominique Duprez

Éléments théoriques sur l’intervention du sociologue dans l’espace local

Résumé / AbstractArticle complet

Partie d’un objet portant sur la cohabitation de groupes ethniques différents dans un même espace d’habitat social, la recherche montre comment l’espace local se constitue d’une multiplicité de rapports sociaux, entre groupes d’âge, entre fractions de classe, entre ethnies. Les analyses classiques qui insistent sur les stratégies sociales des classes ou des acteurs sont impuissantes à rendre compte de cette complexité de l’espace local où le conjoncturel rend invisibles les logiques souterraines de construction de l’espace et des rapports sociaux. Le cadre bâti, le peuplement, les équipements, l’environnement, l’histoire du groupe locatif, le type de liaison ou de préoccupation du pouvoir local par rapport à lui ou leur absence, produisent des contextes locaux qui ont leur problématique et leur complexité propres, lesquelles, cependant, ne peuvent être comprises que resituées dans des contextes plus vastes. La recherche prend donc comme objet cette production du local afin d’en démontrer les mécanismes.

Mais la particularité de l’objet se double d’une particularité de la stratégie de recherche. En effet, à une recherche classique qui découpe et analyse la réalité pour en rendre compte, s’ajoute une démarche d’intervention qui vise à modifier les éléments de cette réalité, à peser sur cette réalité. Ainsi, dans les quartiers, on verra les sociologues organiser la concertation entre les habitants et avec les institutions pour aboutir, ici à un conseil d’habitants, là à une démarche avec des jeunes du quartier pour obtenir un local d’animation et une structure d’hébergement.

Some theoretical considerations on the role of sociologists in the community

This article on a research project concerning a multi-ethnic community in a city housing project shows how the community is structured by a host of social relations—between age groups, social classes and ethnic groups. The traditional approaches which emphasize the strategies of various classes and actors have proven to be unable to explain the complexity of a local community when the importance of the specific context tends to obscure the more general social causes underlying the situation. The architecture, the physical installations and the way they are used, the environment, the history of the tenants who have lived there and their relations with the city all tend to make each situation unique and need to be understood both in their own right and in a more general theoretical framework. This research seeks to investigate the process of creation of a « community ».

The specifity of the object of research necessitates a specific research strategy. In addition to the more traditional modes of analysis which break down reality into analytical categories, the approach here involves action which seeks to modify this reality. The sociologists have become involved in opening lines of communication amongst the residents and between them and the local authorities. Results have included the creation of a Residents’ Council and a youth organization seeking recreational as well as housing facilities.

 

II. La prévention mise en tension


Daniel Dind, Bernard Francq, Françoise Goffinet, Pierre-Yves Troutot et Michel Vuille

La prévention mise en tension

N/A Résumé / Abstract Article complet

 

1. Rapport au savoir : comptes et mécomptes de la prévention

 

Robert Maier

Modèles de développement et régimes de prévention

Résumé / AbstractArticle complet

Cet article analyse les savoirs — implicites ou non — qui sont à l’oeuvre dans les dispositifs de prévention. Ces savoirs constituent des modèles de développement. Trois types de modèles sont définis et explicités : un modèle atomiste, un modèle cybernétique et un modèle auto-organisateur de développement. Parallèlement à ces modèles, trois grandes catégories de dispositifs de prévention sont apparus : un régime additif, un régime régulatif et un régime autonomiste de prévention. Tout en repérant l’articulation des savoirs et des techniques, l’auteur montre les limitations et les contradictions des différents régimes de prévention.

Development models and prevention programmes

This article analyses the types of knowledge which, more or less implicitly, underlie prevention programmes. A development model is inherent in each of these types of knowledge. Three models are defined and explained: an atomistic model, a cybernetic model and a self-organizing model of development. Each of these models has a specific type of approach to prevention: a cumulative approach, a regulatory approach and an autonomous approach. In the context of the analysis of the relations between types of knowlege and prevention programmes, the author discusses the limitations and contradictions of these different approaches.

Martial Gottraux et Patricia Roux

Quand Zorglub s’en va-t-aux champs : représentations des fléaux sociaux et politique de prévention

Résumé / AbstractArticle complet

Comme toute autre pratique, la prévention se fonde sur une connaissance des effets attendus à la suite d’une ou plusieurs actions. Si les débats sur la prévention tournent autour de la validité des connaissances prétendant légitimer l’action, il reste que le spécialiste de la prévention est loin de détenir l’exclusivité de la validation des actions préventives; d’autre part, les pratiques de prévention ne sont pas souvent et même rarement en accord avec les recommandations ou légitimations des experts. Les auteurs, se plaçant « du point de vue de l’expert » et cherchant à savoir d’où proviennent les représentations de la réalité et comment ces représentations pèsent sur les décisions prises en matière de prévention, constatent à partir de quelques exemples tirés de la réalité helvétique, la déception des experts par rapport à l’usage politique de la prévention ou par rapport aux représentations populaires des « fléaux sociaux ». Présentant un bref aperçu des principaux concepts de psychologie sociale ou de sociologie de la connaissance indispensable pour cerner la problématisation populaire du fléau social, ce qui revient à comprendre pourquoi les gens craignent certaines réalités — par exemple, la drogue — et en valorisent d’autres, les auteurs de l’article dégagent l’enjeu politique que recèle la fonction de préservation de l’ordre symbolique rempli par la problématisation des fléaux sociaux. Cet enjeu politique renvoie au retour de l’expert sur le terrain où se déterminent les représentations sociales. Se référant au « modèle italien », moins aux pratiques sociales mises en oeuvre qu’aux conceptions qui sont à leur origine, l’analyse dégage les tentatives où la prévention est susceptible de diminuer les « fléaux sociaux » en agissant sur les facteurs qui les produisent aussi bien dans leur réalité que dans les représentations qui leur sont sous-jacentes, en faisant de cette lutte l’affaire de la population en tant que sujet historique.

Prevention and perceptions of reality

Prevention policy, like any other policy, is based on our knowledge of the consequences of one or more actions. Discussion on prevention is generally concerned with the validity of knowledge on which prevention policy is based but the specialist on prevention is far from being able to stake an exclusive claim on the validity of preventive actions. Furthermore, the daily reality of prevention is often a far cry from the recommendations of the experts. The authors look at the situation « from the point of view of the experts » and try to understand their vision of reality and how these perceptions influence decision making on prevention. On the basis of an analysis of certain experiences in Switzerland, the authors have found that the experts are generally disappointed both with the political uses to which prevention policy is often put and also with popular conceptions concerning social problems.

After a brief discussion of various concepts used in social psychology and the sociology of knowledge which are necessary to understand popular conceptions of social problems—why people fear certain realities like drugs for example and value others—the authors try to show how studies on social problems fulfill an essentially political function by reinforcing the existing symbolic order. This political function is important when we try to understand the expert’s perception of reality in the field. A discussion of the « Italian model » and its underlying theoretical framework points the way to an approach which can deal effectively with social problems by acting on the factors that cause them, as much in reality as in our perceptions of these realities.

 

2. Les luttes pour la santé : l’État anticipe-t-il ou non ?

 

Philippe Lehmann et Yolande Dormond

Promotion de la santé en milieu urbain : le Centre de prévention de Nyon

Résumé / AbstractArticle complet

Le Centre de Nyon (Suisse romande) est le produit d’un programme de recherche scientifique appliquée sur la prévention des maladies cardio-vasculaires. L’analyse des aspects les plus marquants, les conditions de cette expérimentation, l’évaluation qui en a été faite, les développements qu’elle a suscités ailleurs en Suisse romande permettent de montrer combien cette expérience associe une expérimentation scientifique, un projet d’animation en éducation communautaire, un contact étroit avec une clientèle toujours plus nombreuse et des projets politiques.

Si le centre de Nyon devient progressivement un modèle de référence de l’idée d’une prévention dans la communauté, encore s’agit-il de s’interroger sur les pratiques de prévention au regard de deux modèles de référence : l’étude des modes de vie et des cultures au quotidien et le modèle de la politique de santé. Il résulte de cet examen que le centre de prévention est caractérisé par une recherche de gain individuel de bien-être et de liberté — un « égoïsme de la santé » — qui, s’il ne cherche pas à faire de la santé le bien privilégié d’une solidarité sociale, joue un rôle de valorisation, y compris des individus les moins privilégiés.

Health development in an urban setting: the prevention center of Nyon

The Nyon Center (in French-speaking Switzerland) is part of a programme of scientific research on the prevention of cardiovascular problems. The salient features of this programme, the research setting and the evaluations that have been done together with the experimentation it has stimulated elsewhere all tend to show how this programme has succeeded in combining scientific research, community education and follow-up with social considerations.

Since the Nyon Center is in the process of becoming a point of reference for prevention policy in the community, it is useful to discuss its action in relation to two models of prevention: 1) the study of life styles and culture; 2) health policy. The authors conclude that the Center seeks to encourage a greater individual welfare and freedom—a kind of egoism of health. While this approach does not stress the collective dimensions of health it does help people, including the more disadvantaged sectors of the population, to look after their own health better.

Jean-Claude Paye et Nicoletta Mascilli

Théorie des besoins, luttes pour la santé et expériences de médecine critique dans la région de Naples

Résumé / AbstractArticle complet

Rompant avec une approche en termes de déviance et de normalité, les auteurs privilégient d’emblée une approche basée sur les besoins de la classe ouvrière. Se référant aux travaux d’A. Heller sur la théorie des besoins et passant en revue les problèmes qu’elle soulève, ils soulignent combien ces travaux ont trouvé un écho important en Italie, le concept de besoin s’avérant indispensable pour étudier la nouvelle composition de la classe ouvrière.

L’apport du « movimento » italien a, par ailleurs, été déterminant au niveau des luttes en usine mais aussi sur le territoire : si l’Italie est exemplaire, c’est qu’elle a été le seul pays européen où l’on puisse parler de l’existence d’une autonomie ouvrière par rapport à la gestion patronale. De plus, il n’y a pas eu de politique de prévention, l’autonomie de l’action ouvrière ayant réduit la marge de manoeuvre de l’État. La prévention apparaît ainsi comme anticipation du pouvoir par rapport à l’expression des besoins de la classe ouvrière. C’est en fonction de cet axe d’analyse que les luttes pour la santé et l’expérience du Centre de médecine sociale de Giugliano — dans la région de Naples — sont examinées. Si la situation napolitaine a offert un terrain idéal pour favoriser la prise de conscience radicale de la santé impliquant la liaison entre besoins nécessaires et besoins radicaux, l’expérience de Giugliano pose le problème central des rapports entre une équipe médico-sociale et les classes populaires, entre des principes d’intervention et l’émergence des besoins radicaux. En situant l’expérience de Naples dans le contexte de la loi 180 (réforme asilaire), l’article souligne combien cette loi marque la reprise de l’initiative de l’État au niveau de l’ensemble du territoire. Bien qu’ayant la capacité de poser le besoin de santé comme besoin social et comme enjeu d’un rapport de forces entre divers niveaux de lutte et le pouvoir institutionnel, le mouvement italien de luttes pour la santé n’a toutefois pas eu la capacité de résoudre la contradiction en faveur des besoins populaires.

The theory of need: struggles for health and radical health models in the Naples region

The authors reject an approach in terms of deviance and normality in favour of an approach based on the needs of the working class. Using the work done by A. Heller on the theory of need and the problems she discusses, the article describes the effect that this author has had in Italy. The concept of need is essential if one is to be able to understand the new characteristics of the working class.

The contribution of the Italian « movimiento » has also been important for struggles in factories as well as in the community. If Italy constitutes in some ways an exception, it is because it is the only European country where one can speak of working class autonomy in relation to state and private management. Furthermore, no prevention policy has been adopted largely because working class autonomy has reduced manoeuvering room for the state. In this sense, the authors argue that prevention policy can be seen as a kind of anticipation of power rather than as an expression of the needs of the working class.

It is in this context that the struggles for health and the experience of the Center for Social Medicine of Guigliano (near Naples) are discussed.

 

3. La prévention : comment s’en débarrasser… comment elle ressurgit

 

André Pick

De la prévention à l’aide sociale : réflexions à partir de la situation au sein de la Communauté française de Belgique

Résumé / AbstractArticle complet

Démystifier la prévention comme « nouvelle pratique sociale » en montrant qu’elle fait partie des appareils conceptuels qui, utilisés depuis de nombreuses années et bien avant la « crise », se révèlent chargés d’ambiguïté, telle est la préoccupation première de ce texte. À partir de l’exemple de la politique de protection de la jeunesse adoptée dans un contexte marqué par un consensus social se référant à un système de valeurs implicites qui n’était mis en cause que par des minorités marginales, l’idée de prévention a pu apparaître séduisante et opérationnelle. L’éclatement de l’homogénéité de ce consensus social a placé les acteurs sociaux se réclamant de la prévention devant une double impasse qui détermine l’abandon de l’approche préventive dès lors que l’identification des risques à prévenir ne peut faire l’objet d’un large consensus social.

L’aide sociale paraît plus adéquate aujourd’hui à rencontrer les problèmes que les jeunes posent dans leur recherche d’une insertion autonome et solidaire; celle-ci se fonde non plus sur une initiative sociale normalisatrice mais sur la légitimité d’un droit à l’aide dès lors qu’un problème est vécu par le jeune dans des conditions qui écrasent sa capacité d’autonomie, de responsabilité et de développement personnel. L’aide sociale suppose alors un travail interrogatif sur les principes et les conditions d’une médiation sociale fondant une logique d’intervention et de négociation. En rejetant la position d’une alliance inconditionnelle avec les « clients », la conception d’une médiation sociale reposant sur un équilibre relationnel permet aux travailleurs sociaux comme aux clients une réelle maîtrise de leurs démarches, l’objectif étant de promouvoir la capacité des jeunes à « traiter » leur environnement social plutôt qu’à le subir.

L’aide sociale conçue en fonction de ces principes constitue alors un aspect d’une politique globale de la jeunesse qui ne peut être traité ou organisé en champ clos, séparé de l’ensemble des mesures qui concourent à l’insertion sociale, professionnelle, culturelle et politique des jeunes dans la société. Se pose alors le problème de savoir, en considérant la « demande » des jeunes et l’offre de services privés et publics, comment l’aide sociale peut se constituer comme pratique ne pouvant être réservée à la « compétence » de quelques institutions spécifiques mais résultant de l’ensemble des intervenants dans ce processus d’insertion.

From prevention to social assistance

The first objective of this article is to demystify prevention as « new social practice » by showing how it is related to traditional conceptual frameworks which were in vogue long before the present economic and social crisis. On the basis of an analysis of prevention policy for youth, the author suggests that the idea of prevention was attractive and operational because a certain social concensus existed concerning the important values of society. The breakdown of this concensus has placed the practitioners of prevention in a difficult situation.

After discussing this situation in some detail, the author suggests that a social assistance approach would appear to be more apt to meet the problems that youth encounters in its attempt to find its own collective place in society. This approach is not oriented towards « normalization » but rather towards the idea of a right to obtain assistance when one is in a situation which blocks all chances for personal development. The author outlines the principles upon which a policy of social assistance should be conceived and discusses the problem of how such a policy could become a priority of all involved rather than a specific programme to be implemented by « competent » institutions.

Marie-Louise Carels et Gentile Manni

Prévention et petite enfance : trois scénarios

Résumé / AbstractArticle complet

Dans la conjoncture socio-politique qui caractérise la Communauté française de Belgique (mise en question des fondements de la sécurité sociale, diminution de l’emploi, encouragement du retour de la femme au foyer), va-t-on combler les places disponibles en crèche par l’introduction de « cas » des services sociaux (enfants de familles très pauvres, enfants battus ou « négligés »…) ? Dans cette perspective, la crèche pourra-t-elle continuer sa mission éducative et assurer son rôle auprès de l’enfant tout en considérant les parents comme responsables ? Ou bien la crèche deviendra-t-elle un lieu de dépistage, de guidance, d’observation des enfants et des familles ? Délimitant trois scénarios possibles de politique préventive à l’endroit de la petite enfance, l’article montre qu’avec l’entrée en scène des spécialistes (délégués par les centres de guidance et autres), avec les demandes de « surveillance » des enfants, la crèche risque de basculer de son rôle de prévention primaire à un rôle de prévention secondaire, centré sur le dépistage et le repérage de risques dont les effets sont l’étiquetage et la marginalisation précoce. Il reste néanmoins possible qu’à certaines conditions — financières, éducatives, culturelles — se constitue une alternative aux scénarios précédents : les crèches s’intégreraient dans un développement des services de base destinés à toute la population dans une perspective de réinsertion sociale, à l’instar de ce qui se passe en France ou en Italie.

Prevention and early childhood

In the present context in French-speaking Belgium (characterized by an attack on social security programmes, by shrinking job possibilities and by measures designed to encourage women to remain home) the question arises whether available places in day-care centers will be filled by social work « cases » (i.e. children from severely underpriviliged families or victims of child abuse and neglect). If this is to be the case, will it be possible for day-care centers to continue to fulfill their educational role in relation to children while at the same time recognizing the primary role of the parents? Or is day-care going to become a place for screening, guiding and observing problem children and families. The authors outline three possible scenarios concerning prevention and early childhood and show how the specialists which are coming into the picture (sent by social work agencies) are tending to transform the role of day-care from one of primary prevention to one of secondary prevention. The authors suggest that under the right circumstances—financial, educational and cultural—a third scenario can be envisaged in which day-care would be integrated into an overall programme of basic services offered on an universal basis in much the same way as is already the case in France and Italy.

Willibrord de Graaf

La prévention comme mégalomanie

Résumé / AbstractArticle complet

Au Pays-Bas, la prévention a pris — dans les années 70 — une tournure mégalomaniaque. La conjonction des intérêts de l’État et de groupes progressistes a permis de développer une conception de la prévention en termes plus de « changement » qu’en termes d’« adaptation ». Cette coalition entre l’État-providence et les groupes progressistes fut cependant provisoire et limita la portée des tentatives de démocratisation et de participation qui y étaient à l’oeuvre. La reconnaissance insuffisante de ces limites a fait que les activités de prévention ont, en réalité, davantage contribué à une extension du système de soins et d’assistance qu’à la création de groupes autonomes.

Les développements qui se sont produits dans le domaine du chômage des jeunes montrent clairement combien la prévention est liée aux limites des rapports économiques et sociaux existants. La dislocation de la coalition temporaire État-groupes progressistes implique aussi que la prévention soit à nouveau nettement organisée comme moyen de contrôle et de mobilisation des individus en vue du respect des normes. Une telle politique s’adresse donc aux groupes les plus « vulnérables », c’est-à-dire aux jeunes qui, du fait de leur faible niveau de formation et des possibilités limitées de travail, sont en position dominée sur le marché de l’emploi.

The megalomania of prevention

Prevention took on a megalomaniacal character in the Netherlands during the seventies. The temporary convergence of interests between the state and progressive groups allowed for prevention policy to be conceived of in terms of « change » rather than « adaptation ». This coalition between the welfare state and progressive groups was short-lived however, and resulted in only limited attempts at democratization and participation. Insufficient awareness of the limitations involved meant that prevention policy ended up by reinforcing the social service system rather than encouraging the creation of autonomous community groups.

The recent developments in the field of youth unemployment have shown clearly the degree to which prevention policy is limited by existing social and economic relations. The breakdown of the coalition between the state and progressive groups has also meant that prevention is once again seen in terms of control and conformity to norms. In this sense, it is aimed first and foremost at the most « vulnerable » groups like youth, which because of limited training and the present job shortages, puts them in a disadvantageous situation in the labour market.

 

4. Le socialisme et la prévention : l’expérience française

 

François Dubet et Adil Jazouli

Une nouvelle politique de Prévention ? « Le cas de l’opération Été 82 »

Résumé / AbstractArticle complet

Été 81… Quelques mois après le succès de la gauche aux élections présidentielles, dans quelques grands ensembles de la banlieue lyonnaise, des jeunes d’origine maghrébine pour la plupart, volent des voitures et les brûlent. Le pouvoir socialiste découvre que des révoltes sociales violentes à partir de centres d’habitat paupérisés peuvent se développer. Après une première réponse — répressive — aux attentes d’une opinion publique largement perméable aux thèmes autoritaires et sécuritaires, le gouvernement va tenter de trouver une réponse préventive nouvelle en préparant une opération visant à empêcher la reproduction des événements violents qui avaient caractérisé l’été 81. En retraçant la genèse de cette opération, les auteurs soulignent le caractère hétérogène des réponses élaborées par le pouvoir politique : éloignement des délinquants, vacances pour les plus pauvres et animation de quartiers. Quatre enjeux en déterminent la portée : la capacité de répondre aux craintes de l’opinion publique mais aussi aux besoins de la population fortement paupérisée vivant dans les grands ensembles; les capacités de l’appareil administratif et ministériel à se coordonner; l’apparition d’une nouvelle forme de travail social, l’inefficacité des politiques antérieures de prévention de la jeunesse ayant été démontrée.

C’est par rapport à ces quatre enjeux que l’évaluation de l’opération menée pendant l’été 82 permet de mettre à jour qu’au-delà du caractère spectaculaire de certaines activités, celle-ci a permis de montrer à l’opinion publique que le gouvernement était capable d’apporter une réponse à la délinquance : il n’y eut tout simplement pas d’« été chaud » en 1982. Si la mobilisation de l’appareil administratif et des ressources associatives a été remarquablement rapide et efficace, certaines résistances quant à l’orientation de l’opération se sont manifestées, principalement chez les travailleurs sociaux. C’est que justement l’élargissement des partenaires — animateurs issus des cités, policiers, militaires — associés au déroulement de l’opération a déstabilisé les formes traditionnelles du travail social.

A new policy of prevention?—A look at « Operation Summer ’82 »

Summer 1981: A few months after the victory of the Left in the French elections, trouble broke out in some of the housing districts in low income suburbs of Lyon. The Socialists discovered the real dangers of violence in these areas. Their first reaction was repressive and met with widespread public approval but this initial response was followed up with an attempt to develop a policy to prevent a recurrence of the troubles of 1981. The authors describe the various approaches adopted by the authorities: moving the most troublesome délinquants out of the area, providing vacations for the most disadvantaged youths, encouraging community activities, etc… The main constraints on government action are discussed.

On the whole, the operation was a success and the summer of 1982 was not as « hot » as in 1981. A working relationship between government agencies and community groups was rapidly established. The only significant criticism of the project came from social workers whose traditional forms of intervention were called into question. The authors examine this point in some detail.

Dominique Duprez

De la mise à l’écart éducative à la rééducation par le travail : le cas des Opérations Été-jeunes 83 en France

Résumé / AbstractArticle complet

Si l’Opération Été 82 a été marquée par trois logiques : mise à l’écart des jeunes délinquants des cités populaires durant l’été, intervention directe de l’État pour développer des nouvelles formes de travail social, redéfinition provisoire des politiques de prévention de la jeunesse, la poursuite de ce type d’opération en 83 a fait apparaître une orientation plus centrée sur des activités d’animation liées au travail et un retour en force du travail social.

Si la soudaineté de la mise en place de l’Opération Été 82 avait permis le développement d’un néo-travail social plus souple, à logique militante, en 83 la logique de concertation entre travailleurs sociaux et administrateurs de l’aide sociale réinstaure des processus au sujet desquels on peut se demander en quoi ils ne sont pas seulement défensifs. Quant aux animateurs issus des cités populaires qui s’étaient vu reconnaître un rôle important dans les activités d’animation de quartier en 82, leur professionnalisation constitue une source de conflits à l’intérieur du travail social tout en étant porteuse d’ambiguïté : occupant une position dominante dans leur milieu d’origine et une position subalterne par rapport aux autres catégories d’encadrement, ils se retrouvent à gérer des contradictions à la charnière des rapports sociaux.

From school drop-outs to job training: a look at « Operation Summer 1983 » in France

« Operation Summer ’82 » had three main characteristics: 1) getting the kids out of the housing project during the summer vacation, 2) the use of direct state intervention with a view towards developing new approaches in social work, and 3) adopting a temporary redefinition of prevention policy for youth. « Operation Summer ’83 », on the other hand, placed more of an emphasis on job training programmes and a return to more conventional approaches to social work.

« Operation Summer ’82 » was more of an ad hoc and creative affair which involved a large degree of flexibility but by 1983, closer formal co-operation between social workers and government agencies led to a more traditional defensive approach to prevention. One of the more interesting developments to come out of the 1982 experience was the hiring of some of the disadvantaged youth as community organizers for their own areas. The authors examine some of the contradictions and tensions that this created in 1983.

Bernard Francq et Françoise Goffinet

Au-delà de la prévention : une pratique politique de rectification permanente : association de recherche et de promotion en éducation populaire (ARPEP)

Résumé / AbstractArticle complet

L’Association de recherche et de promotion en éducation populaire, située à Lille-Sud, travaille depuis 1974 dans un quartier à forte composante de population immigrée. Ayant eu une histoire singulière qui, de la mise en place d’un club de prévention à l’organisation de stages de préformation, a été marquée par des processus de rectification permanente, l’Association a développé des modes d’intervention centrés sur le développement des formes de solidarité active et d’auto-organisation des jeunes maghrébins.

Avec l’arrivée de la gauche au pouvoir, le travail de prévention basé sur la libre adhésion s’est trouvé dépassé par une politique de regroupement forcé, parfois concurrentiel, des partenaires. L’enjeu politique pour l’Association est constitué par la nécessité de réunir des partenaires en un réseau capable d’être porteur de projets globaux d’animation ou de production économique.

Beyond prevention: a political praxis of continuing self-correction
Research and Development Group for Popular Education


This group, located in Lille (northern France) has been active since 1974 in a largely immigrant community. From the time it began by setting up a drop-in center until its more recent initiatives in the area of job training, it has developed an interesting self-correction process which encourages active solidarity and autonomous organization of immigrant youths.

When the Socialists came to power, it was no longer possible to continue prevention work with youths on a totally voluntary basis and the group has sought to create a social network capable of organizing its own projects—both in terms of recreational activities and in terms of job creation.

 

5. Le travail social préventif : un travail sans fin ?

 

Didier Lapeyronnie

Les aides financières et le travail social

Résumé / AbstractArticle complet

L’évolution de l’action préventive menée par le travail social doit être comprise en termes de crise et de mutation. Ce qui apparaît d’emblée est un mécanisme de crise au sens où les transformations subies par le système de l’aide sociale sont considérés comme menaçant son existence et l’identité sociale de ses acteurs. Le système de l’aide sociale est alors déréglé, ses normes de fonctionnement ne peuvent supporter les changements sans être modifiées. L’action préventive est alors sacrifiée au profit de l’aide financière directe et le travail social est vidé de son sens, étant submergé par des tâches administratives.

Cette crise doit être comprise à l’intérieur d’une mutation plus générale. Il y a mutation au sens où un modèle d’action en remplace un autre et en ce qu’elle est la conséquence d’un double phénomène : changement de la nature de la demande d’aide sociale d’une part, évolution parallèle des modèles d’action administrative d’autre part. La conjugaison de ces deux phénomènes provoque une évolution double de l’utilisation des aides financières : d’un côté, elles constituent l’essentiel du travail des assistantes sociales avec, pour conséquence, un effacement du travail relationnel; d’un autre côté, les aides financières sont séparées du travail social proprement dit, ce dernier tendant à devenir plus polyvalent.

Dans le premier cas, la prévention, conçue comme action devant éviter la dégradation de situations familiales par un « traitement » psychologique, est remplacée par une aide directe, fondée sur la compétence technique. Dans le second cas, la prévention ne se définit plus par des catégories générales mais obéit à des objectifs particuliers, caractérisés par leur spécificité. La recherche consacrée aux politiques sociales et au travail social devra prendre acte de ces transformations si elle veut être non plus interprétative mais évaluative et analytique.

Financial aid and social work

The evolution of prevention policy as implemented by social welfare agencies should be seen in terms of crisis and change. The crisis is evident in the sense that the changes which have occurred in the social welfare sector are perceived as threatening by the actors involved. In this context, prevention is often sacrificed to the benefit of direct social assistance. Social work is made meaningless as it disappears under the avalanche of bureaucratic paperwork.

This crisis should be understood within a more general context of change. There is a change in the sense that one model of action is replacing another and in the sense that this change is, in itself part of a twin development: a change in the nature of requests for social assistance on the one hand and a parallel evolution of administrative action on the other. The combination of these two changes leads to two different uses of financial assistance. First, financial aid applications are swallowing up the major part of the job load of social workers which reduces the time available for therapeutic intervention. Second, financial aid is increasingly divorced from social work as such. The latter tends to become more diverse and flexible.

In the first case, prevention which was initially conceived of as a mean to avoid the deterioration of family situations through therapeutic intervention is progressively replaced by direct financial aid based on technical criteria. In the second case, prevention is no longer defined in terms of general categories but rather become tributary to specific partial objectives.

Research in the area of social policy and social work should study these developments further if the hope is to be able to evaluate and analyse reality and not simply to describe it.

Michel Autès

Échouer, c’est réussir (à propos de la prévention et de quelques autres paradoxes)

Résumé / AbstractArticle complet

La prévention est un malentendu… Il existe plusieurs clefs pour éprouver celui-ci : d’abord, il n’y a de communication que dans le malentendu et le travail social est inscrit totalement dans cette dimension; ensuite, le malentendu que génère la prévention sanitaire quant à la distinction entre logique des soins et logique préventive est incontournable. Ces deux clefs permettent de mettre en perspective le problème de la prévention sociale en prenant comme exemple la genèse et la logique institutionnelle des clubs de prévention en France.

Trois pistes sont alors successivement envisagées : les contradictions de la prévention qui en font une entreprise impossible, ou au moins interminable; une interrogation sur le sens de cette entreprise marquée d’un tel sceau; enfin, reprenant l’interrogation de Michel Foucault sur la prison, l’auteur se demande à quoi peut bien servir l’échec de la prévention.

À travers ses multiples discours sur l’anormalité et l’inadaptation, la prévention se révèle être inefficace pour ceux à qui elle s’adresse mais terriblement efficace pour les autres puisqu’elle délivre à l’ensemble du corps social un message inversé sur la normalité. Là, la prévention excelle : elle n’échoue pas à prévenir l’inadaptation, elle réussit au contraire à la produire comme ensemble de significations légitimes sur des comportements stigmatisés.

To fail is to succeed

Prevention is a misunderstanding… This is easy to show: first of all, communication is only possible on the basis of a misunderstandig and social work is entirely caught up in this dilemma. Secondly, the fundamental misunderstanding concerning prevention in the field of health (curative and preventive approaches) is unsurmountable. These two keys to misunderstandig can help us gain a better perspective on the problems of prevention in the « drop-in centers » in France.

Three lines of thought are pursued in this article: 1) the author discusses the contradictions that make prevention impossible or at least interminable; 2) he then raises the question as to the meaning of pursuing such an impossible policy, and 3) in much the same way as Michel Foucault concerning prisons, the author investigates the function of « failure » as it applies to prevention.

The emphasis on anormality and mal-adaptation has been of little therapeutic use for those for whom it was developed but it is terribly effective for the rest of the population because it is a mirror-image of what is held to be normal. This is where prevention is effective. It is unable to prevent mal-adaptation but is successful in producing it through a system of legitimate significations concerning stigmatized behaviour.

 

Notes de lecture


Frédéric Lesemann

Henri Lamoureux, Robert Mayer, Jean Panet-Raymond, L’intervention communautaire, Éditions Saint-Martin, Montréal, 1984, 237 pages

Association pour la diffusion de la recherche sur l’action culturelle, Le petit Robert de l’animation, A.D.R.A.C., 3, rue Paul Dupuy, 75015 Paris, octobre 1983, 44 pages

N/A Résumé / Abstract Article complet

Guy Ménard

Michel Maffesoli, L’Ombre de Dionysos. Contribution à une sociologie de l’orgie, Paris, Méridien/Anthropos (Sociologies au quotidien), 1982, 212 p.

N/A Résumé / Abstract Article complet

Pierre Hamel

Dorval Brunelle, Socialisme, étatisme et démocratie, Éditions Saint-Martin, Montréal, 1983, 175 pages

N/A Résumé / Abstract Article complet