Lien social et Politiques en lutte

 

La revue Lien social et Politiques est une revue francophone, internationale, dont le comité de rédaction est organisé en deux sous-comités, québécois et français. La revue est financée grâce au soutien du Conseil de recherche en sciences humaines du Canada et au Fonds de recherche sur la société et la culture du Québec. Elle bénéficie du travail d’une adjointe à l’édition à l’Institut national de recherche scientifique (INRS, Montréal), éditeur de la revue, et dont un membre du corps professoral en assure la direction. Comme dans toute revue, les membres du comité de rédaction contribuent de manière non rémunérée à la définition des thématiques des numéros bisannuels, à l’édition scientifique des articles et des numéros, et à la diffusion de ceux-ci.

Lien social et Politiques diffuse en langue française les travaux de chercheur.es permettant d’analyser les politiques sociales ou publiques contemporaines et leurs retentissements sur les organisations sociales, les groupes sociaux ou plus étroitement sur les vies de nos contemporains. Elle contribue ainsi au dialogue scientifique entre les disciplines et entre les communautés de recherche, de part et d’autre de l’Atlantique. La revue ménage une part importante de ses numéros aux travaux de jeunes chercheurs et chercheuses. À titre d’exemple, 15 des 19 auteur.es du numéro 83 « Redessiner les contours de l’État : la mise en œuvre des politiques migratoires », pour lesquel.les le type de statut a pu être identifié ont un contrat précaire dans l’ESR ou sont sans contrat.

Dans cette perspective, les membres du comité de rédaction appréhendent avec une vive inquiétude les conséquences probables de la loi de programmation pluriannuelle de la recherche prévue par le gouvernement français de M. Édouard Philippe sur la production scientifique.

En effet, la promotion d’une recherche par projets, limités dans le temps, et obéissant à des intérêts externes aux intérêts scientifiques (privés, ou déterminés par des impératifs d’action publique), réduira l’étendue et la diversité des questionnements scientifiques, alors même que la logique scientifique est de défricher de nouveaux champs de connaissance. Elle entravera l’indépendance de la recherche, en la soumettant à des exigences de rentabilité et d’applicabilité de court terme.

La remise en question du statut des chercheur.es et enseignant.es-chercheur.es qui entraînera l’accroissement des tâches et des temps d’enseignement et de gestion pédagogique, de gestion administrative des diplômes comme d’administration des projets et opérations de recherche, réduira les possibilités de dédier le temps nécessaire à une édition scientifique rigoureuse, à l’évaluation des productions scientifiques des collègues, qui sont les conditions mêmes de l’existence et de la qualité des revues.

Les membres du comité français ont décidé de suspendre leur contribution à la revue et l’ensemble de la revue se déclare en lutte, mobilisée contre le projet de loi de programmation pluriannuelle de la recherche en France, et solidaire des mobilisations initiées par le collectif Revues en lutte.

Publié le 25 février 2020